Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Il faut sauver Babylon AD  (Monocritiques explosives) posté le lundi 26 octobre 2009 13:29

<!-- /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"Times New Roman";} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} -->

Babylon AD est un cas typique : LE film de 2008 qu’il fallait absolument détester, de la même manière que Waterworld était le film à descendre en 1995.

Pourquoi ?

Parce que la production ne s’est pas déroulée comme il fallait, parce que le film était produit par la Fox-scissorhands, parce que son réalisateur lui-même le reniait, et parce qu’il fallait se trouver un bon bouc émissaire pour l’année en cours.

J’attendais ce film avec impatience : un film d’anticipation réalisé par Kassovitz avec ce bon gros bourrin de Vin Diesel dedans, ça promettait de faire des étincelles. Quelles que soient les rumeurs qui couraient sur le film, résistant au reniement de Kassovitz, je suis allé le voir. Après tout, les producteurs n’ont pas toujours le mauvais rôle, dans le montage. La version longue de l’Alien3 de Fincher, même si elle ne correspond pas plan pour plan avec la vision de Fincher au départ, est plutôt maladroite et ennuyeuse : je préfère la version du studio !

Et bien au bout du compte, lorsque le générique de fin s’est mis à défiler, la première chose que je me suis exclamé, c’est quelque chose comme « mais il est pas mal du tout, ce film ! Qu’est-ce qu’ils ont tous à le pourrir, comme ça !? »

Parce que finalement, Babylon AD est un bon petit film d’anticipation bourrin comme j’aimerais bien en voir plus souvent…

Evidemment, il vient après le premier grand classique du 21e Siècle, les fils de l’homme, et sur un sujet similaire se fait lamentablement écraser.

Evidemment, la fin est un peu confuse

Evidemment, avant de tourner, Kassovitz se la pétait peut-être un peu trop avec son super film d’anticipation qui allait renouveler la grammaire cinématographique…

Mais Vin Diesel n’a jamais été meilleur que dans ce film !

Les autres interprètes sont super bien dirigés !

La réalisation est d’une souplesse que j’aimerais tellement trouver chez les autres réalisateurs français !

Et surtout, si on en croit les monstrueux problèmes de production qu’ont rencontré les artisans oeuvrant sur ce film (une star souvent en retard de plusieurs heures sur le plateau, des producteurs exécutifs qui ne faisaient pas leur boulot, des décors notés comme « prêts » sur le planning et qui s’avéraient n’être même pas commencés en arrivant sur place, et pour finir les avocats de la Fox sur le râble pendant toute la durée du film), je trouve incroyable que Kassovitz ait été capable de rendre une copie qui reste agréable à regarder.

Je l’ai revu à sa sortie en DVD, et force est de constater que le film résiste bien à une seconde vision. C’est un film estampillé bourrin qui se reverra volontiers comme une bonne série B pendant encore longtemps !

Babylon AD souffre du même syndrôme que Waterworld en son temps : son réalisateur le renie (Kevin Reynolds s’était fait virer du tournage pour être remplacé par Costner, qui avait tourné des scènes additionnelles, ce qui l’avait conduit à renier le film), le tournage a été chaotique et largement relayé par la presse, et on avait déjà vu le chef-d’œuvre définitif du genre des années auparavant (Mad Max en l’occurrence).

Alors évidemment, Babylon AD ne sera jamais LE chef-d’œuvre crânement annoncé par son auteur pendant la période de pré-production. Mais le chef-d’œuvre sur ce sujet, on l’avait eu trois ans avant avec les fils de l’homme. Tout ce qu’il restait à faire, ce sont de petit succédanés sous forme de série B, qui exploitent le filon tout en essayant d’offrir un bon moment au spectateur.

Babylon AD m’a offert ça, je ne lui en demande pas plus. Comme Waterworld en 1995.

lien permanent

Une vraie bonne director's cut: les larmes du soleil  (Monocritiques explosives) posté le lundi 26 octobre 2009 08:58

Il y a quelques temps, je trifouillais dans les bacs de l'un de mes magasins de DVD préférés à la recherche d'une perle rare, quand je suis tombé en profonde hésitation devant la director's cut des larmes du soleil.

j'avais vu la version cinéma au moment de sa sortie, et le moins que l'on puisse en dire, c'est que je m'étais quand même bien fait chier devant un tel amoncellement de clichés sur la guerre humanitaire à l'américaine. La performance des acteurs principaux (Willis et Bellucci) était rien moins que caricaturale, et aucun des personnages secondaires n'avait assez d'espace pour exister. Rien dans le souvenir que j'avais du film les larmes du soleil ne pouvait moins m'encourager à acquérir la version longue de ce film, ormis l'idée de rallonger ma torture d'une bonne vingtaine de minutes.

Et pourtant, j'ai hésité. Longtemps. La faute à Ridley Scott et Oliver Stone. Ces deux réalisateurs ont en effet le point commun d'avoir commis respectivement Kingdom of Heaven et Alexandre, dont les versions courtes sortie au cinéma n'avaient rien de convaincant et souffraient des mêmes problèmes narratifs que cette version conchiée des larmes du soleil: action partout, personnages transparents et récit expédié. Or, leurs versions longues se sont avérées être de véritables chefs-d'oeuvre. Et je ne mâche pas mes mots: Alexandre et Kingdom of heaven ne doivent être vus qu'en version longue. Ils n'ont été pensé qu'au format épique, et cette ampleur ne pouvait pas se développer sur 1h45. Le doute m'assiegeait donc: à la lumière des versions longues de ces deux chefs-d'oeuvres, était-il possible que les larmes du soleil bénéficient réellement des 18 minutes additionnelles promises sur la jaquettes? Antoine Fuqua n'a pas la trempe d'un Scott ou d'un Stone... Au final, vu le prix assez faible du DVD, j'ai décidé de donner sa chance au bidule.

Bien m'en a pris! Car la version longue des larmes du soleil comble tous les vides qui rendaient ce film chiant dans sa version ciné. Une fois n'est pas coutume, la director's cut des larmes du soleil n'est pas une de ces sempiternelles versions longues foutages de gueule comme les éditeurs ont maintenant coutume de nous en chier régulièrement, mais un film réellement amplifié par les scènes qui lui ont été ajoutées. Pas d'emphase cependant: les larmes du soleil n'est pas un chef-d'oeuvre incontournable comme l'est Kingdom of heaven (encore qu'à l'échelle de la filmo de son réalisateur, c'est effectivement un chef d'oeuvre).

La première chose qui saute aux yeux, c'est que le film prend le temps de développer ses situations, contrairement à la version courte qui en supprimait certaines pour aller plus vite, ce qui, paradoxalement, paraissait ralentir le film. En développant toutes sortes de situations nouvelles, l'histoire étoffe les personnages secondaires restés en berne dans la version courte, et développe un peu plus les personnages principaux, qui étaient jusque là réduits à leur portion congrue. Ainsi, bien que plus long de 20 minutes, le film cesse d'être chiant. De même, le propos du film (grosso-modo la rédemption d'une machine de guerre au contact d'une jolie humanitaire, qui lui fait prendre conscience des injustices découlant des affrontements militaires en afrique) qui était atrocement schématique dans la version courte, s'étoffe un peu, bien qu'il reste un poil caricatural on a moins de mal à l'accepter dans le contexte politique international du moment.

Au final, la version longue des larmes du soleil fait partie de ces director's cut qu'il faut réellement chérir, parce qu'elles apporte réellemnent quelque chose de neuf. Pour tout dire, après l'avoir vu, je me suis pris à penser qu'Antoine Fuqua était peut-être réellement un bon réalisateur, et que sa version longue du roi arthur méritait peut-être un visionnage.

...et ben non. Les larmes du soleil restera un one-shot dans la carrière du cinéaste. C'est mieux que rien!

Pour l'anecdote, on peut repérer les scènes ajoutées dans la version longue du film car elles ne sont pas étalonnées tout à fait pareil que les scènes originaires de la version courte. (s'agissant de la version DVD. Je ne sais rien au sujet de la version Blue-Ray)

 

lien permanent

Petit méchoui de critiques  (Hecatombe d'articles) posté le vendredi 13 mars 2009 22:35

[endif]-->

Rêves (Akira Kurosawa, 1990)

Une fois n’est pas coutume, les sketches les plus chiants de ce film en huit parties sont montés en premier ! Je trouve les films à sketches généralement assez ennuyeux, souvent parce que les films sont de qualité inégale. Rêves, soit-il de Kurosawa, et produit par Scorsese, Lucas et Coppola, n’échappe pas à la règle.

Kurosawa fait partie de cette génération qui a connu le monde avant que qu’il ne soit définitivement sali par les activités humaines. Il fait partie des derniers tenants d’un héritage séculaire, et avec quelques sketches de ce film, il établit une opposition entre l’ancien monde et le nouveau. Et il le conçoit avec pessimisme.

Mais de tous les « rêves » c’est définitivement « les corbeaux » qui a le plus retenu mon attention. Montrant un peintre amateur visitant une salle consacrée à Van Gogh, l’homme s’imagine entrer dans la peinture et retrouver Van Gogh (Martin Scorsese) en pleine fièvre créatrice. Les couleurs et les décors ont été retravaillés de manière à donner l’aspect expressionniste des peintures de Van Gogh, jusqu’à ce que le personnage, dans une sorte d’illumination, saisisse la méthode du peintre mythique. Il traverse alors des décors qui ne sont autre que les étapes successives de la création de l’œuvre, jusqu’à aboutir à la peinture elle-même. En quelques petites minutes, parvient à croquer la beauté, le désespoir, l’urgence et la folie qui imprègnent l’œuvre du peintre, jusqu’à une dernière image qui fait surgir l’émotion par sa simplicité : un coup de chapeau littéral, de maître à maître.

Rêves n’est à mon avis pas un bon film. Les idées étaient là mais Kurosawa n’avait visiblement plus la force de les illustrer.  Mais rien que pour « les corbeaux », il mérite d’être vu, au moins une fois dans sa vie.

Au bout de la nuit (David Ayer, 2008)

David Ayer fait partie de ces réalisateurs moyens pour lesquels j’ai systématiquement du mal à trouver ce qui cloche dans leurs films. Bad Times était un film pas mal, mais pas transcendant non plus, entièrement porté par l’interprétation exceptionnelle de Christian Bale. Ce deuxième film du scénariste de Training Day est également un film pas mal, mais il manque de quelque chose pour en faire un film dont on se souviendra.

99F (Jan Kounen, 2007)

Jan Kounen a beau se défendre à corps perdu de ne pas avoir craché dans la soupe en faisant ce film (il a réalisé un nombre incalculable de publicités), c’est quand même l’impression qui domine à la fin du visionnage. Comme d’habitude, le réalisateur tombe dans des excès formels que la fin très caricaturale du scénario n’aident pas à crédibiliser. Kounen fait partie avec Michael Bay de ce club très fermé de réalisateurs dont la volonté d’en faire trop exprès annihile systématiquement la provocation qu’ils espéraient  mettre dans l'exagération. Néanmoins, ce film fait du bien à ceux qui, comme moi, hurlent à la mort devant le cynisme et le mépris de la publicité télévisée pour le spectateur.

Fido (Andrew Currie, 2006)

Fido est une excellent surprise. Les critiques à sa sortie étaient plutôt inégales, ce qui m’a conduit à ne pas aller le voir, à tort, comme souvent. L’humour noir affleure à tous les coins de plan de cette histoire de famille dysfonctionnelle qu’un zombie de compagnie vient sortir de son quotidien ennuyeux. Fido est l’exact contraire de 99F, chroniqué un peu plus haut : la provocation est partout, mais jamais appuyée par des effets de caméra ou des aberrations scénaristiques sensées être provocatrices. Le film tient son récit dans les rails, et les traits d’humours sont toujours imprégnées par la comparaison que l’on fait entre notre société actuelle, et celle décrite dans le film : la peur de la mort, la vie éternelle, le culte des apparences, la famille, le racisme, le conformisme, les préjugés, tous les sujets sont abordés en filigrane par le film. Selon si vous saisissez ou non la mise en abyme, vous rirez… ou pas.

C’est ce qui explique les critiques variables à la sortie du film, et c’est aussi tout ce qui en fait la valeur.

Rocco et ses frères (Luchino Visconti, 1960)

Grande fresque sur l’émigration sud-nord des Italiens pauvres de l’après guerre, Rocco… décrit les destinées disparates des cinq fils d’une mamma Italienne envahissante. Je ne saurai dire pourquoi j’ai aimé ce film, pour une fois… la capacité qu’a Visconti de mener en parallèle les destinées de 4 de ces frères est évidemment exemplaire, et élève le film au-delà de la simple tranche de vie familiale pour en faire une parabole de l’Italie de l’après guerre. Pour ceux qui n’imaginent pas qu’Annie Girardot ait pu être sexy une fois dans sa vie, il faut la voir dans ce film : elle y est lumineuse.

Kung fu Panda (Mark Osborne, John Stevenson, 2008)

Un film pas mal du tout, finalement. Je craignais un peu le film pour enfants idiots, mais les scènes de baston sont absolument bluffantes de virtuosité et l'animation des personnages d'une vérité confondante. Le seul problème reste le scénario, qui est bien trop calqué sur tous les films de "sauveurs révélés à eux-même et réalisant leur destinée" que l'on a pu voir récemment. Il est donc difficile de se passionner pour les aventures de ce panda adepte de kung-fu, les surprises scénaristiques n'étant pas légion. Ceci dit, une grande partie de l'intérêt de ce genre de film réside dans les petits détails, et là, par contre, l'équipe en a trouvé de quoi remplir tout le métrage! Les mimiques, les traits d'humour pas trop lourdauds, les personnages typés (bien que sous-utilisés pour certains), et les décors d'une beauté réellement stupéfiante suffisent pour nous faire passer un bon moment. Bastons comprises, bien sûr...

lien permanent

Commando haut de plafond  (Analyses devastatrices) posté le mercredi 11 février 2009 21:56

cet article a été originellement écrit dans le cadre des "points d'actu" du portail de la bibliothèque de la Part-Dieu. Vous pouvez le retrouver ici.

<!-- /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-fareast-font-family:"Times New Roman";} @page Section1 {size:612.0pt 792.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:36.0pt; mso-footer-margin:36.0pt; mso-paper-source:0;} div.Section1 {page:Section1;} -->

Commando fait partie d’une trilogie occulte de films d’action abstraits, aux côtés de Ronin (John Frankenheimer, 1998) et ses ex-espions en lutte pour récupérer une valise-mac guffin au contenu à jamais inconnu et de Speed (Jan de Bont, 1994), qui décline jusqu’à l’absurde la recette du « toujours plus » typique de ce genre de cinéma. Le film avec Schwarzenegger utilise avec aplomb tous les clichés les plus rebattus que l’on peut trouver dans le film de genre « action ».

Un genre naît lorsque l’adjectif qui le définissait en tant que sous-genre devient un substantif à part entière. C’est à l’action à proprement parler, donc à la matérialisation esthétique de l’acte de violence que l’on a commencé à s’intéresser à partir du premier Rambo (Ted Kotcheff, 1982). Pour pouvoir donner corps –ou prétexte- à la présence d’un acte de violence, les scénaristes trouvent des situations-types qui deviennent rapidement des codes, voire des clichés du genre : la prise en otage d’un être cher, la profession du personnage principal (flic ou ex-militaire), le bad guy sans pitié. A partir d’un canevas quasi abstrait, on tresse une histoire qui permet d’injecter régulièrement des poursuites en véhicule(s), des combats au corps à corps et des échanges de coups de feu.

Avant de naître véritablement, le cinéma d’action a été annoncé par une série de films qui mettaient petit à petit en avant les ingrédients constitutifs du genre. Le héros aux caractéristiques christiques notamment, a émergé dès le début des années 70 avec la série des Inspecteur Harry. En 1975, Rollerball, un film de sport futuriste, fait de l’action violente la première cause de mythification de son personnage principal. Cette préhistoire du genre s’achève en 1982 avec Rambo, au titre original prémonitoire (First blood), qui à travers l’histoire d’un vétéran du Vietnam traumatisé rejeté par sa communauté et qui prend les armes pour se défendre, fait le lien entre les films sociaux des années 70 et les pop-corn movies des années 80.

Pendant sa période historique, le cinéma d’action décline tous les postulats scénaristiques possibles pouvant donner lieu à une confrontation armée ou musclée. Parmi les sommets du genre, on compte nombre de films de John McTiernan, (Predator, Die Hard 1 & 3) et la plupart des films de James Cameron. Mais la machine commence à tourner à vide à la fin des années 80. Quelques bons films du genre sortent épisodiquement jusqu’au milieu des années 90, date de la fin de la période historique du cinéma d’action classique. La plupart des films d’action qui sortent dans les années qui suivent sont des parodies (Alarme fatale, Gene Quintano, 1993), des fourre-tout comédie-action (Demolition man, Marco Brambilla, 1994) ou des films dont les réalisateurs n’assument pas jusqu’au bout le genre dans lequel ils sont censés oeuvrer (Dommage collatéral Andrew Davis, 2002, Le Chacal, Fred Zinnemann, 1998).

 

Commando, qui a vu le jour en 1985, se situe dans la période à proprement parler historique du genre. Les recettes typiques y sont encore utilisées avec naïveté, parce que le genre est encore tout récent, et le public pas encore lassé de voir qu’une prise d’otage puisse être prétexte à tout un film.

Car dès le début du film, le personnage principal, ancien militaire à la retraite incarné par Schwarzenegger, voit sa fille unique –qu’il élevait seul– kidnappée par un groupuscule terroriste. Les ravisseurs lui donnent onze heures pour renverser (seul aussi) le pouvoir dans une petite république d’Amérique du Sud, sans quoi sa fille mourra. Evidemment, dès les premières minutes du compte à rebours, le héros prend un tout autre chemin et décide d’utiliser le temps imparti pour remonter la piste des terroristes et les descendre un par un en utilisant le maximum d’armes et de méthodes de tuerie différentes.

            Ce n’est pas par hasard si le héros s’appelle « Matrix » : il y a dans ce film un condensé presque exhaustif de tout ce qui se verra dans le cinéma d’action de la décennie à venir : outre les recettes de base citées plus haut, on y trouve le bras droit du méchant-très-costaud-très-méchant-très-difficile-à-battre-au-cours-d’un-homérique-combat-final, l’escalade progressive de la puissance des armes utilisées, et la jeune femme-prétexte à une pseudo romance, expédiée parce que l’intérêt réel du film est dans l’action. Mais surtout, le personnage principal, Arnold Schwarzenegger, du haut de ses presque deux mètres et lourd de ses deux cent kilos de barbaque, incarne comme le dit si justement John McTiernan, « le personnage de comic-book ultime ». Avec lui, pas besoin d’artifices, on sent qu’on est dans une dimension parallèle. Il y a quelque chose d’irréaliste à sa présence dans un film. En cela, il aide le spectateur à faire reculer un peu plus la limite de sa suspension d’incrédulité… et le film, aussi irréaliste soit-il, devient acceptable. Matrix saute donc d’un 747 au décollage pour atterrir sans casse dans un marais, soulève un type d’un bras, remet d’aplomb une Porsche retournée en discutant avec l’héroïne, et utilise à un moment où à un autre toute arme ou tout type de véhicule disponible sur le marché. Commando est donc un film-somme, une matrice servant de modèle à tous les films d’action à venir.

 

            De nos jours, le genre a été battu en brèche, tous les schémas structurels utilisés dans les années 80 jusqu’au milieu des années 90 sont usés jusqu’à la corde. Ils ont été exploités sous toutes les déclinaisons possibles et se sont asséchés. Le dernier grand film d’action de la période historique du genre est Die Hard 3 (une journée en enfer), de John McTiernan, en 1995.

            La résurrection du cinéma d’action nous vient par le réalisme ; tendance initiée par la trilogie  Jason Bourne (avec Matt Damon) depuis le début du millénaire. Les critères de ces films ont changé, probablement un peu guidés par le traumatisme post-11 septembre. Mise en scène proche du documentaire, armes et actions restant dans les limites du réalisme et de la faisabilité, romances creusées entre le héros et l’éventuelle héroïne. Tout l’inverse d’un James Bond, étalon millénaire du cinéma d’action, qui a pris du plomb dans l’aile et s’adapte à cette nouvelle vague en devenant lui-même plus réaliste avec le Casino Royale de Martin Campbell (2006).

Au regard de cette nouvelle vague, où les actes de violences sont toujours plus ou moins justifiés, on prend plus facilement la mesure de l’aspect finalement extrêmement provocateur du cinéma d’action des années 80. La somme hallucinante de meurtres commis, qui provoquaient l’ire des bien-pensants dans les années 90 et qui a entraîné –en partie- la chute du genre était effectivement gratuite. Schwarzenegger brisait des nuques à tire-larigot et balançait des types dans les falaises en faisant de petites blagues. Toute une époque ! Après quinze ans de politiquement correct institutionnalisé, on peut se dire que l’on ne verra probablement plus personne oser une chose pareille. Commando, comme les films d’action des années 80, fait maintenant partie de l’histoire du cinéma.

 

Le cinéma d’action a fait l’objet d’un mépris constant depuis sa création. Même les films les plus actuels du genre, comme la trilogie Bourne, sont considérés avec condescendance par la critique comme par l’intelligentsia. Les spectateurs eux-même ont tendance à en parler comme d’un plaisir coupable. Peu de livres ont été écrits sur le sujet. « Le cinéma américain des années 80 », d’Olivier-René Veillon, édité en 1988 ne fait par exemple pas mention une seule fois à un film du genre ! En fait de cinéma des années 80, il parle surtout de la fin de carrière de cinéastes dont les œuvres majeures sont sorties dans les années 70 (à l’exception de Spielberg).

Pendant longtemps, on a considéré que les années 80 avaient été un no man’s land artistique au cinéma. Pourtant, le genre « action » y a été inventé. Du moins, comme le Western a acquis ses lettres de noblesse dans les années 30, le cinéma d’action y a acquis les siennes pendant ces années-là.

Avec « le cinéma des années Reagan », recueil de textes paru en 2007, des universitaires se penchent enfin sur le genre. Ils évoquent la carrière de ses acteurs majeurs, Stallone et Schwarzenegger, et, comme l’on pouvait s’y attendre, leurs films majeurs : Die Hard, Predator, la saga des Rocky. Même si l’angle d’analyse reste un peu frileux (on y parle beaucoup sociologie, contexte historique et économique) et donne un peu trop le sentiment de chercher à se légitimer, on ne peut qu’être profondément reconnaissant à ce livre d’exister. Certaines analyses sont très pertinentes (la nouvelle donne du film d’action de Florent Tréguer, p85, qui décortique toute la nouveauté des premières collaborations entre John McTiernan et Joel Silver), d’autres assez cocasses, même si très intéressantes (le corps bodybuildé au cinéma : magie et anthropologie, de Laurent Kasprowicz et Francis Hippolyte, p193). Le chapitre consacré aux « enjeux de la réception et des publics » est par contre bien plus étrange. Dans les textes qui le composent, les auteurs trahissent un peu leur mépris latent pour le genre. En analysant quel type de public aime ce genre de film et les raisons qui le poussent à l’aimer, ils prennent clairement leurs distances et posent un regard purement anthropologique sur le spectateur de films d’action… comme s’il venait d’une autre planète, et en viennent carrément à la transcription d’un micro-trottoir ! Ceci dit, on y trouve quelques perles comme celle qui suit, p287 : « Comment Stallone fait-il pour ramasser autant de fric avec des films si nuls ? Peut-être qu’ils ne le sont pas, (…) tout simplement ! ».

Sans aller jusque là, on peut reconnaître quelques mérites au genre, comme ceux évoqués plus haut au sujet du film qui nous préoccupe, Commando. A quand une série de livres écrits par une personne respectant le cinéma d’action pour ce qu’il est ?

lien permanent

Largo Winch: une illustration comme une autre de la pauvreté imaginaire du cinéma populaire français  (Monocritiques explosives) posté le mercredi 24 décembre 2008 09:52

Le manque de moyens (surtout en comparaison des budget colossaux des films américains) est un prétexte pratique pour justifier le désintérêt total de la plupart des productions populaires françaises en comparaison avec celles d’Hollywood. Largo Winch (LW), le dernier fleuron des fières productions hexagonales, fait partie des exemples les plus criants de l’échec du poids d’un budget devant l’absence d’idées d’un scénario. 

Comme James Bond, comme XIII (mini-série en passe de devenir culte et en cours de production-diffusion sur canal +), comme beaucoup de films d’actions contemporains, le Largo Winch de Jérôme Salle lorgne avec ostentation vers la saga des Bourne. Normal, c’est la mode en ce moment, c’est ce qui marche le mieux, c’est la hype du moment. Ça a beau m’énerver un peu, étant un grand fan des Bourne, je n’ai rien contre l’idée d’en voir un autre, même s’il n’est pas de sang pur. J’ai par exemple adoré voir Quantum of Solace, même si les similitudes avec the Bourne Ultimatum y étaient tellement criardes que ça en devenait presque honteux. 

Je ne cracherai jamais sur l’idée de voir un nouveau Bourne, c’est sûr. Mais faut pas pousser non plus : Jérôme Salle n’est pas Marc Forster, et il est encore moins Paul Greengrass. C’est le mec qui n’a qu’un pauvre Anthony Zimmer à son actif, autrement dit pas grand-chose d’intéressant filmiquement. Dans la grande tradition des faiseurs-suiveurs, il se contente de reproduire les gimmicks scénaristiques et de mise en scène de ses œuvres de référence, sans être capable d’y introduire une âme. Le résultat est malheureusement abyssalement vide. 

En premier lieu, LW reprend le concept de la recherche d’identité si chère à Bourne. D’aucuns avanceront que c’est une quête que l’on trouve déjà dans la BD et les bouquins, à l’origine du personnage. Mais Van Hamme, l’auteur des deux, n’a jamais caché son obsession pour la saga des Bourne, qui sous-tend l’ensemble de son œuvre (action, secrets, recherche d’identité, jolies pépées, que l’on retrouve dans LW et dans XIII). Alors, même si le pompage de l’idée est indirect, cela reste du pompage. 

En second lieu, Salle a décidé de « faire du Bourne », autrement dit sortir sa caméra à l’épaule et la secouer allègrement pendant que les acteurs se foutent sur la gueule, et de s’arranger au montage après. A priori, si on se contente de regarder superficiellement les épisodes de Bourne, c’est effectivement comme ça que ça fonctionne. Mais en fait, ô surprise : NON ! C’est un peu plus finaud que ça ! Liman, puis Greengrass, ont travaillé dans une seule et même direction : rendre l’action viscérale. Faire en sorte que la caméra ne sache jamais à l’avance ce qui va se dérouler devant elle de manière à devoir chercher son cadre dans des conditions de pur reportage. Développer (et c’est bien là le plus difficile dans ce genre de film) toutes les étapes de la construction des prémisses de l’action avant qu’elle n’éclate, plutôt que de se contenter de placer des ellipses bien pratiques pour s’éviter trop de complications… une démarche qui paraît simple lorsque c’est un roi de la mise en scène comme Greengrass qui est aux commandes, mais qui n’est pas si facile à reproduire lorsqu’on est un simple tâcheron. Pour résumer, Salle n’a retenu qu’une chose de la mise en scène des Bourne : la caméra à l’épaule.  Il filme donc ses combats comme il aurait filmé n’importe quel autre combat, sans chercher à créer la sensation d’inattendu, sans créer d’urgence, sans prendre la peine ni le temps de construire en détail son action. Mais attention : il REMUE LA CAMERA ! Alors on est content. On ne comprend pas la moitié de ce qui se passe quand Largo se bat, c’est illisible, et tout ça sans autre but que « donner la pêche » à des images somme toute très classiques. Excusez si je m’ennuie devant un truc pareil. 

La troisième erreur fondamentale des créateurs de LW sur ce film est le casting. Le casting, le casting, le casting. Oui, Tomer Sisley il est beau, oui, Tomer Sisley il a du charisme, oui, Tomer Sisley il était super bien pendant sa minute et demie de présence à l’écran dans Truands (ça reste d’ailleurs plus ou moins mon unique souvenir de ce très mauvais film). Mais Tomer Sisley, quelqu’un l’a-t-il remarqué, NE SAIT PAS JOUER ! Il ne sait même pas marcher sur une plage sans avoir l’air de se la péter, c’est pathétique ! Regarder ce pauvre simili acteur rouler des mécaniques en essayant de se donner l’air modeste pendant deux heures a vraiment été l’épreuve la plus difficile à supporter au visionnage de Largo Winch. Les créateurs du film se vantent partout d’avoir trouvé un acteur qui ne corresponde pas physiquement au personnage de la BD, mais qui correspond intrinsèquement au personnage, et bla-bla-bla, mais ils ont oublié de vérifier si leur bonhomme était capable de porter un film entier sur ses épaules. Dommage, quand même ! 

Largo Winch, je dois l’avouer, n’est pas une déception, puisque je n’en attendais rien. C’est un héros qui ne m’a jamais intéressé, je trouvais la BD ennuyeuse, la série TV indigente, et je n’ai jamais lu les romans. Je me disais même que de transformer un concept aussi chiant en film d’action pourrait éventuellement ajouter quelques ingrédients intéressants à une recette profondément ennuyeuse. J’avais tort, ça reste profondément chiant. D’autant que suivre pendant deux heures les tribulations d’un personnage qui cherche à retrouver les traces de ses milliards perdus a quelque chose d’indécent dans le contexte économique actuel. (Ceci dit, je trouvais déjà ça indécent dans la BD, bien avant la crise). 

Ne nous faisons pas d’illusions, les financiers n’ont probablement accepté de lâcher le pognon pour LW qu’à cause des grosses similitudes que la note d’intention entretient avec un certain Bourne au succès cinématographique stratosphérique. Le résultat est faux, mal joué, et profondément idiot. Ça me rappelle les multiples tentatives de « faire du Tarantino » qui se sont multipliées dans les années 90, qui se sont toutes soldées par de cuisants échecs : les films n’avaient pas une once de l’âme de l’original, et en plus ils étaient mal foutus. 

C’est le triste sort que partage avec eux ce Largo Winch.

lien permanent