Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Raaaaaahmbo!  (Carnages critiques trilogiques) posté le lundi 11 février 2008 23:00

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1-Un nouvel espoir critique (27 janvier 2008)

Rambo 4 (la bande annonce ici) est sorti ce week-end aux USA, et sortira le mois prochain dans notre contrée. La bande annonce qui nous a été offerte en pâture il y a déjà quelques mois fait baver, mais avec prudence. Ça a l’air de barouder, de se bricoler des armes, et surtout de tuer à tour de bras... tout ce qu’on peut attendre d’un opus ramboesque, youpi donc. Mais il y a une mise en place de l’intrigue, qui risque, si elle prend trop de place, de gâcher complètement l’aspect viscéral du film.

First Blood coupait très court dans les scènes d’exposition ; juste assez pour mettre le spectateur dans l’ambiance, puis le protagoniste commençait à se battre pour pratiquement ne plus s’arrêter avant la fin du film.

Je crains un peu que pour justifier la boucherie qui, semble-t-il, jonche le métrage sur toute sa longueur, Stallone (pour la première fois réalisateur d’un film de la franchise) se laisse aller à une série de scènes d’expositions lentes et hors contexte. Reconnaissez que comme accroche, on fait difficilement plus politiquement correct que l’histoire d’une mission humanitaire prise en otage par des méchants birmans, qu’un Rambo retiré des massacres viendra sauver couteau à la main…

Au bout du compte, c’est le genre de film qui devient suspect lorsque l’on en justifie la violence. Au pire, si la violence est gratuite, on peut se planquer derrière l’aspect bande dessinée du film.

Mais nous verrons bien. Je place de grands espoirs dans ce film ; après tout, Stallone n’a-t-il pas été capable de boucler miraculeusement sa saga des Rocky ? Je n’en attends pas autant de ce film, car le personnage de Rambo est quand même bien moins complexe humainement que ne l’est Rocky. J’espère cependant un peu de panache…et des tripes à l'air!

Et puis l’affiche est superbe !

 

2-l'attaque de la critique (11 février 2008)

Y’a pas à dire, Stallone est impressionnant. Pas seulement parce qu’il a les plus grandes paluches du monde (Brigitte Nielsen a du croire qu’elle se prenait des tonneaux dans la gueule quand il lui mettait des claques), mais parce qu’il est l’essence même de l’Amérique, "dans ce qu’elle a de pire et de meilleur" (dixit Christophe Chabert du petit bulletin). Sa carrière aura épousé les  pics et les vallées du genre « action », les périodes fastes et celles en creux, et il est dorénavant un mythe américain. Qui mieux que lui illustre les mythes fondateurs et clichés des Etats-Unis dont on nous rebat les oreilles à longueur de films bien pensants, comme celui du rêve américain,  du self-made man ou celui de la seconde chance ?

Même Schwarzenegger couvre un panel moins large de ces mythes. Stallone a connu les bas les plus bas et les hauts les plus hauts que l’on puisse imaginer dans une carrière cinématographique ; on l’aura porté aux nues et roulé dans la boue, on l’aura couvert de pognon de manière indécente ou on lui aura refusé pendant quinze ans le financement de certains de ses projets. Le dernier en date, John Rambo, n’était attendu par personne, sauf par quelques exécutifs hollywoodiens nostalgiques, croyant possible de refaire de Stallone une machine à rapporter des ronds, à l’ancienne.

Mais Sly en a vu des vertes et des pas mûres depuis 15 ans, et il a bien compris que les années 80 étaient bel et bien terminées depuis un bail. Qu’on le veuille ou non, seuls les nostalgiques ou les férus d’histoire du ciné se rappellent de la glorieuse carrière de Rambo. Tout ce qui va le plus au cinéma de nos jours aux états unis, pantalon serré et crête star ac’ sur le crâne, est né après le règne de la machine de guerre ramboesque. Et le film d’action à l’ancienne ne l’intéressera pas à priori. Comme pour Rocky, Stallone a donc fait profil bas : il a choisi de prendre en compte l’âge et l’histoire de son héros, et de la faire aboutir à quelque chose qui donne un sens à l’ensemble.

Rocky était l’illustration du rêve américain, dans son scénario et dans sa fabrication, puisque Stallone vivait en réalité ce que son alter ego traversait dans chacun de ses films : découverte, confirmation, égocentrisme, mégalomanie, retour de bâton, rédemption, résurrection, succession. Le tout en faisant un portrait de l’idéologie sociale et économique de son pays qui évolue au gré des époques. Rambo faisait un portrait de la conception de sa politique extérieure par les américains : elle passait de consciente à complètement aveuglée par la propagande manichéenne reaganienne, pour redevenir finalement tristement consciente de la géopolitique mondiale. A travers son personnage torturé, guerrier triomphant mais jamais victorieux sur un plan purement personnel, l’Amérique exhibait ses cicatrices. Le 4e Rambo remet les pendules à l’heure et fait de la guerre un enjeu humain pour son héros. Sa vie entière aura été un déchaînement de violence, il aura besoin de se justifier tout ça à pour faire la paix avec lui-même.

 

Et pour donner du sens à tout ça, il va sombrer dans le pire déchaînement de violence jamais vu depuis le soldat Ryan, il y a déjà dix ans.

Je disais dans le nouvel espoir critique que je craignais une introduction gnangnan et lente pour justifier toute cette violence. John Rambo commence en effet assez lentement, et les missionnaires sont effectivement gnangnan… mais c’est finalement une force du film. C’est en faisant contraster cet état d’esprit non violent et moraliste chrétien des missionnaires avec le cynisme et l’ultra sauvagerie de la guerre appliquée par Rambo que le film prend tout son sens. De même, le fort contraste de rythme entre le début et la fin joue en la faveur du film, donc mes craintes étaient infondées, et j’en suis bien content. J’ai eu droit à un festival d’explosion de barbaque, une démonstration de mépris pour la vie humaine assez réjouissante. Le politiquement correct en matière de violence n’a pas droit de cité dans ce film, et c’est sa plus grande qualité. Stallone clame partout que c’est un choix destiné à dégoûter le spectateur « de toutes les guerres », histoire de justifier la boucherie auprès tous les censeurs élevés au biberon politiquement correct des funestes années 90. Mais le vrai geek qui voit ce film sait pourquoi les têtes et les membres sautent dans des gerbes de sang : c’est la définition nihiliste du héros d’action américain à l’ancienne qui nous est montrée là : torturé, en recherche de sa rédemption, et dont la compétence la plus visible est dans l’application de la violence la plus crue. Martin Riggs, John McLane, Jason Bourne, John Rambo, Snake Plissken, tous des nihilistes, du moins au départ, au moment où a commencé leur mythe. L’aspect graphique de la violence ne fait que nous renvoyer au bordel qui règne dans son crâne et à la rage qui l’anime.

 Je défends ce film, mais il n’est pas pour autant exempt de défauts. La plupart des rôles secondaires sont inexistants et la nuance n’est pas la principale caractéristique du film. L’utilisation de la voix off notamment, qui en jetait dans la bande annonce, frise le ridicule dans le film. Sans parler d’un flash-back central jouant maladroitement le raccord avec le reste de la saga… Mais voyons les choses avec un peu de recul : ce dernier opus est de toute façon bien plus nuancé, et sa mise en scène bien plus efficace que celle des deux précédentes séquelles.

Donc, vous voulez savoir si le film tient ses promesses ? Oh oui ! Si le film a des défauts ? Oh oui ! Si j’ai eu l’œil humide à l’écoute du thème musical ou à la vision du plan final ? Oh oui ! Est-ce que ce film vaut la peine d’être vu en salle ? Mille fois oui ! Même en VF si, comme dans ma ville, qui n’est pourtant pas un trou perdu, il est impossible de le voir en VOST ? Vouivouivoui ! offrez vous ce plaisir rétrograde, parce que comme le dit Stallone en interview, « c’est la dernière fois qu’on fait un film de cette manière ».

 
Rambo a créé le cinéma d’action, et avec ce film Stallone clôt son propre cycle dans le genre, comme Eastwood avait clôt successivement sa carrière dans le western avec « impitoyable » et dans le polar avec « créance de sang ». Mais il y a quelque chose d’émouvant à voir ce personnage tirer sa révérence : avec lui, c’est toute une époque qui se termine !

Mine de rien, Stallone aura eu un parcours exceptionnel dans le cinéma américain. On se souviendra de lui non pas à cause d’un ou deux films supérieurs aux dizaines de purges auxquelles il a participé, mais parce qu’il a vécu les tressautements idéologiques de son pays de manière plus intime que n’importe quel autres acteur, et il les a littéralement retranscrits sur l’écran à chaque étape de ses deux sagas fétiche.

La plupart de mes films préférés sont des lectures plus ou moins directes de la condition humaine : Stalker, Sunshine, La ligne rouge, 2001…, la trilogie Matrix… désormais, il y aura une carrière dans le lot : la double saga Rocky / Rambo, avec ses qualités et ses défauts. Plus qu’être intéressante au niveau cinématographique, la carrière de Stallone vue à travers ces deux sagas fait de lui une illustration « live » de la condition humaine... à l'échelle américaine.

 

Rendez-vous dans six mois pour la troisième partie de cette critique trilogique, « le retour de la critique ». Nous verrons si, en revoyant le film en vidéo, je conserve la même opinion sur lui... débarrassé de la nostalgie et de la surprise de la découverte.

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Tous les commentaires de l'article:
Raaaaaahmbo!

  • Emile

    mar 29 jan 2008 18:19

    Même si c'est nauséabon, ce sera toujours plus honnète (parceque à priori très violent et vulgaire GLOUPS) que 80% des franchises d'actions actuelles.
    ..et même pas que d'action d'ailleurs.