Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

The legend of speed  (Hecatombe d'articles) posté le samedi 02 février 2008 14:59

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J’ai revu Entretien avec un vampire il y a quelque jour. Ça reste un très bon film, baroque, à l’univers incroyablement fouillé, des costumes et des décors hyper authentiques et une interprétation au cordeau. Au sortir du film, j’ai toujours, et c’est une performance de la part du réalisateur, l’impression d’avoir passé quelques centaines d’années en compagnie des personnages. Ces derniers temps, beaucoup de gens critiquent cette mode des vampires gothiques, sexuellement ambigus dans les années 90 (La reine des damnés,Vampire$, Bram Stoker’s Dracula, Un Vampire à Brooklyn…). Mais les quelques dernières tentatives de faire des vampires de simples monstres assoiffés de sang ne se sont pas soldées par de grands chefs-d’œuvre cinématographiques (30 jours de nuit). 

Mais ce n’est pas à cause des qualités du film que j’écris ce papier. Ni à cause de ses défauts d’ailleurs. Mais parce qu’il illustre assez bien l’évolution de la perception de l’image chez le spectateur en quelques années. En revoyant le film, je me suis rendu compte à quel point le montage de certains moments du film, qui me paraissaient fulgurants les premières fois où j’ai vu le film sont devenus poussifs 14 ans plus tard. Il s’agit d’une simple question de perception de la vitesse. Et on se rend compte qu’on s’habitue progressivement au montage rapide des scènes d’action, au point que ce qui paraissait rapide il y a des années ne l’est plus maintenant. C’est extrêmement visible dans plusieurs moments de l’histoire. Le moment où Louis (Brad Pitt), enragé de découvrir qu’il doit boire du sang humain soulève Lestat (Tom Cruise) et le pousse sur plusieurs dizaines de mètres contre un arbre était réellement fulgurant en 1994. De nos jours, on voit bien que Cruise est suspendu à des câbles, et les plans sont légèrement trop longs pour donner la même impression de violence qu'il y a 14 ans. Il y a aussi cette scène où les vampires de Paris emmènent Louis au fond des catacombes pour l’enterrer vivant : toute la violence, la vitesse, l’impressionnante rapidité de ce moment est devenue monnaie courante maintenant. La scène de la vengeance de Louis, où il découpe d’autres vampires à la faux me donnait l’impression que certains plans étaient quasi subliminaux, et malgré tout parfaitement perceptibles. Au bout du compte, ce sont des plans plus courts que la moyenne, mais loin d’être subliminaux… et pour finir, le moment à la fin du film où Pitt soulève Christian Slater et le colle au plafond. Au lieu d’être instantané comme je l’ai perçu à chaque vision du film dans les années 90, le plan où il le soulève est plutôt lent au regard des standards actuels.

Je suis au regret de dire que ce vieillissement du montage est valable y compris pour des films mythiques : le premier Die Hard, avec tout le respect que je lui dois, paraît bien plus lent aujourd’hui qu’au moment de sa sortie. Terminator 2, par contre n’a absolument pas vieilli depuis 1991. Chaque coupe semble être la seule et unique coupe possible, le rythme trouvé reste parfait, 15 ans après. Une performance intemporelle.

Ceci dit, l’impression de vitesse ne s’est jamais démentie non plus dans le montage des films de Michael Bay. C’est bien le seul réalisateur dont les films ont toujours l’air aussi syncopés depuis les années 90. Pas parce qu’ils sont géniaux, mais parce qu’ils ne respectent souvent pas les règles fondamentales du placement dans l’espace. Alors les scènes ne sont pas fluides, et étant filmées n’importe comment, on a toujours une impression kaléidoscopique. 2, 5, ou 13 ans après la sortie de Bad Boys, on a toujours mal à la tête en le voyant !

Un mythe circule au sujet du Rollerball de John McTiernan (2001), selon lequel le premier montage fourni jouait sur cette surenchère permanente dans la vitesse et le nombre de plans, puisqu’il a la réputation d’avoir « 11000 plans, soit cinq fois plus que du Michael Bay », selon le Mad Movies n°137. Les producteurs ont apparemment pris peur et imposé au réalisateur de faire un montage plus calme. La version que nous avons pu voir, qui sera la seule version que nous verrons jamais, était en 2001 absolument vertigineuse… mais j’ai pu la revoir récemment, et il m’a semblé qu’elle était déjà moins rapide qu’avant. Notre perception évolue. Imaginez l'effet que Rollerball pourrait faire à vos grands-parents qui ont vus leurs premiers films pendant la seconde guerre mondiale!

La question qui me taraude est: comment sera le montage d'un film d'action dans 25 ans, pour peu que le cinéma existe encore?  Il ne reste plus qu'à vivre assez longtemps pour le voir!

 

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Tous les commentaires de l'article:
The legend of speed

  • elbereth

    ven 14 mar 2008 13:03

    Entretien avec un Vampire reste pour moi LE film de vampire qui, pour une fois, nous présente (comme tu le dis) ces créatures sous un nouvel angle que des assoiffés de l'aorte ! Sans être une parodie, il y a du mythe là-dedans, et du coup, c'est vraiment très très bien.

    En ce qui concerne la vitesse, il est vrai que notre perception change, avec le temps, et l'habitude.
    Maintenant, pour ce qu'il en sera dans 25 ans... de la vitesse, toujours plus de vitesse qui va vite, à nous en donner le tournis le pense... En revanche, il ne faut pas oublier que parfois, on peut faire de très bonne chose en prenant son temps.