1-Un nouvel espoir
critique (19 février
2008)
Jumper (la bande annonce ici) a un gros paquet de handicaps à surmonter. Le premier d’entre eux étant sa star, Hayden Christensen, qui se traîne une réputation d’acteur de merde depuis qu’il a fait la plus récente trilogie Star wars. Pourtant, il n’y est pas si mauvais. Le gamin de l’épisode 1 était suprêmement mauvais, et Hayden Christensen n’était franchement pas très à l’aise dans l’épisode 2, Ok. Mais dans le troisième, il était très bien : torturé, puissant, égotique, parfait. Et puis il est très bon dans « Père et flic », même si le film n’est pas terrible. Je pense qu’on lui fait porter une partie du chapeau de la soi-disant trahison de Lucas vis-à-vis des fans de la première (et surestimée) trilogie. L’autre handicap majeur du film est son réalisateur. Il n’a pas fait une seule merde jusqu’à présent, vous me direz ? Peut-être, mais il a la réputation de travailler dans le chaos artistique le plus total, et il viendra bien un moment où le résultat s’en ressentira. La mémoire dans la peau et Mr et mrs smith s’en sont bien tirés, mais qui dit que Jumper n’est pas le premier faux pas de Doug Liman, que tout le monde, apparemment, attend ? Les critiques américaines sont assez unanimes sur la qualité du film : « belles scènes d’action, mais pas l’ombre d’un scénario, et Christensen joue comme un cageot ». Ok. Jusque là, où est la différence avec un Rambo ? Et pourtant, la critique a plutôt encensé le dernier opus de Stallone.
En tout cas, s’il y a action, baston, explosions, c’est un film destiné à être chroniqué dans ce blog… Personnellement, j’attends du film un plaisir du dépaysement, au sens fantastique du terme. Le fantastique n’est autre que l’irruption du surnaturel dans la vie quotidienne. Et la bande annonce est plutôt prolixe en images de ce genre : ancrées dans une réalité quotidienne (les choix d’étalonnage et de filmage rappellent ceux que Liman avaient déjà employé avec le succès que l’on sait sur « la mémoire dans la peau », et les effets spéciaux ne cherchent visiblement pas à prendre toute la place dans les plans et dans l’histoire.
Je suis franchement curieux de voir ce film, qui sort demain. Gamin, j’ai rêvé de téléportation après avoir lu une nouvelle de Stephen King sur le thème qui m’avait terrorisé. C'est bizarre que personne n'ait réellement fait un blockbuster sur ce thème avant... quoi de plus concept que cette idée?
2-
l’attaque de la critique (22 février
2008)
Alors, quid de jumper ?
Et ben c’est pas si mal. C’est pas si bien non plus, mais c’est un film agréable à voir.
Christensen joue mieux qu’un cageot, même si parfois un cageot exprimerait certaines émotions de manière plus efficace. On sent la technique pointer dans son interprétation. Gamin, il était spontané, il vivait son rôle plutôt que de le jouer, et maintenant… et ben il plaque des techniques persos, des recettes, à chaque émotion qu’il doit exprimer. Ça n’est pas très spontané, c’est parfois efficace, c’est parfois très mauvais. Je dirais qu’il vaut bien un Orlando Bloom. Le vrai cageot de ce film, c’est Rachel Bilson, mais nous y reviendrons plus tard.
Quid des choix esthétiques de Liman ? Ce réal m’impressionne. Sa manière de filmer est un pompage éhonté de ce qu’a inventé McTiernan sur son Die Hard3 : filmage à l’épaule, mais pas trop mouvementé, couleurs désaturées mais sans trop d’exagération… on est pile à mi-chemin entre le style raide mais hautement esthétique du cinéma hollywoodien, et l’immense souplesse parfois un peu inconfortable du cinéma documentaire. Et ce depuis au moins « la mémoire dans la peau » (je n’ai pas vu ses deux premiers films). Liman a trouvé la recette miracle, et l’applique à chacun de ces films sans dévier. Encore une fois, je dois reconnaître que c’est un style hautement efficace. Ainsi, le réalisateur promène sans gêne sa caméra dans tout un tas de pays différents, non pas reconstitués en studio, mais filmés « on location ». Le dépaysement est donc véritable.
Mais c’est aussi dans cette idée du dépaysement que tient tout le problème de ce film, ou plutôt dans la variante que l’on était en droit d’attendre : le fantastique. Prendre le temps de décrire une vie tout ce qu’il y a de quotidien et y ajouter une touche de surnaturel, voilà qui dépayse un max. Et ça marche bien, au début, lorsqu’on voit ce gamin qui se découvre des superpouvoirs qu’il ne maîtrise pas. On se dit que s’il s’habitue si vite à l’idée, c’est qu’il s’est toujours douté qu’il en avait la capacité, et on oublie. Là où le bât blesse, c’est quand la petite amie intervient…
Rachel bilson n’a pas l’air particulièrement estomaquée de voir que son copain est capable de se téléporter. Pour sa décharge, Bilson a probablement trop cru sa mère qui lui répétait certainement tous les jours qu’elle était une immense actrice. Mais sa mère est un cageot, et les cageots ne font pas des commodes Louis XIV. Bref, elle joue super mal. Ok. Mais il y a aussi un problème de réalisation de la scène : Liman ne cherche pas plus que ça à montrer qu’elle est dépassée par les évènements. Alors si la téléportation n’est pas particulièrement surprenante, qu’est-ce qui va rendre le film surprenant ? Généralement, et même si c’est un cliché, le plaisir du spectateur passe par l’avance qu’il a sur les personnages secondaires, qui découvrent l’aspect fantastique du film. Ils sont le relais de notre incrédulité, et nous aident à accepter le postulat fantastique de l’histoire. Le principal problème de ce film, c’est que le postulat est un peu mollement rejeté, puis mollement accepté.
Ceci dit, nous ne sommes pas dans Xmen. Liman cherche à faire de son personnage un type normal qui se découvre des super pouvoirs, un peu à la Incassable de Shymalan, mais perdu dans une tempête de scènes d’action. Et les scènes d’action sont réussies, c’est sûr. On a pu voir des mutants se téléporter dans Xmen, mais ils faisaient plus ou moins partie du paysage (même dans l’opus n°2, le diable n’est que secondaire, voire tertiaire à l’histoire). Exploiter toutes les possibilités de ce pouvoir dans le cadre d’un film qui lui est entièrement consacré, c’est la bonne idée de Jumper.
D’autant que ce super pouvoir est très représentatif de l’évolution actuelle de notre perception du monde : pouvoir être instantanément partout, de manière de plus en plus fidèle, vivre les choses de manière morcelées, ne faire qu’une exploitation facile de ce pouvoir d’ubiquité… il y a un tas de pistes de réflexion intéressantes disséminées dans le film. Toutes ne sont pas exploitées, mais ont le mérite de maintenir éveillé l’esprit d’analyse.
Le moment qui m’a le plus marqué dans le film se trouve dans la séquence romaine. La jeune fille, qui rêvait de parcourir le monde et qui s’est retrouvée coincée dans son patelin est émerveillée de pouvoir réaliser son rêve. Elle est avide de tout voir, mais Christensen ne s’y intéresse pas : tout voir et ne plus rien voir au bout du compte, c’est la rançon de l’opulence… et comme tout le monde, il en reste de toute façon aux clichés de chaque destination : le colisée, le sphinx, Big Ben. Au fond, il en reste à l’aspect superficiel du monde, comme il reste à l’aspect superficiel de son pouvoir.
D’autant que le personnage est bâti sur un canevas à priori intéressant : il fuit ses problèmes, sa lâcheté, il se fuit lui-même. Son super pouvoir est une sorte d’extension à sa personnalité, mais à part quelques pistes de réflexion à ce sujet qui nous sont données en pâture au début du métrage, on n’entend plus parler de cette problématique. C’est dommage, parce que ça aurait pu donner un superbe film, profond et divertissant. Malheureusement, le film ne nous livre que le divertissement.
Le strict minimum, mais c’est mieux que rien !

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