Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Indy cristallisé  (Carnages critiques trilogiques) posté le vendredi 23 mai 2008 22:23

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ATTENTION CET ARTICLE EST REMPLI DE SPOILERS – QUICONQUE TIENT A VOIR LE FILM SANS TROP EN CONNAÎTRE LES DETAILS DEVRAIT ATTENDRE D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE S’Y PLONGER

1) Un nouvel espoir critique (24 février 2008)

 Indiana Jones ! Cette fois c’est vrai, ce n’est plus une rumeur, on ne peut plus en douter : un quatrième film est en post-production ! La preuve : des bouts du prochain Indiana Jones sont diffusés sur le net en guise de teaser ! Quiconque, comme moi, a grandi avec le docteur Jones sait ce que ça signifie. Star Wars, c’était bien, d’accord, mais le héros, le vrai, l’unique, le seul, le chapeauté, c’était Indy. Faire un nouvel Indy après 20 ans, c’était quand même osé. Ceci dit, Stallone a fait la même chose avec ses deux héros fétiche, et il a super bien réussi. Donc pourquoi pas ? Harrison Ford presque grabataire à 65 balais qui fait des cascades encore plus virtuoses qu’au moment de sa splendeur dans les années 80 ? M’en fous, je prends ! Et la première bande annonce est terrible à ce niveau. Je ne l’ai vue qu’une fois, c’était un pauvre screener tremblant, filmé en biais sur un écran lointain, mais ce que j’y ai vu a suffi pour me rassurer. Ça va être une bombe ! Des machineries encore plus tordues que dans « les aventuriers… » des méchants encore plus machiavéliques et typés que dans « …le temple maudit », des cascades épiques, et des relations entre les personnages aussi fouillées que dans « …la dernière croisade » ? Voilà mon espoir. Sera-t-il exaucé ou Indy sera-t-il la seconde victime cristallisée par le revival 80’s après John McLane ? Nous le saurons le 21 mai. Ce qui est sûr, c’est que je ne verrai plus une seule bande annonce avant la sortie du film. Pour une fois, je veux me garder l’émerveillement de la surprise.

La bande-annonce ici!

2) L’attaque de la critique (23 mai 2008)

ATTENTION SPOILERS SUR TOUT LE RESTE DE L'ARTICLE!!!

Décidément, plus on tente de faire revivre les vieilles icônes 80’s, plus on se rend compte qu’elles font partie d’un passé révolu… finalement, parmi tous ces n°4 qui déferlent depuis quelques temps, seul Rambo s’en sera sorti avec les honneurs (en attendant le cinquième, qui risque du coup de devenir une purge sans nom, déplaçant le problème de quelques années).

Si j’ai l’air désespéré après ma séance d’Indy 4, c’est parce que j’ai le sentiment que Spielberg n’a plus tellement le cœur à l’ouvrage. Plusieurs fois pendant le film, il semble en effet être complètement à cours d’idées pour mettre en scène ses personnages. C’est une première pour le metteur en scène, et c’est triste que cela lui arrive pendant le tournage du nouvel Indiana Jones. A moins que ce ne soit le symptôme d’un changement radical d’état d’esprit, celui d’un homme passé au stade mature de sa créativité pendant les années 90, et qui ne peut plus totalement revenir en arrière, et régresser au stade d’entertainer génial - et peut-être un peu creux - qu’il était pendant les années 80. Il l’a dit lui-même en interview, il lui a fallu se replonger dans l’état d’esprit qui le guidait lorsqu’il faisait les premiers Indy dans les années 80 pour effectuer ce tournage. Autrement dit, il n’était plus impliqué corps et âme dans l’aventure, mais il était dans la distance.

Et cela se sent, assez souvent dans le film, malheureusement.

Les premières critiques ont stigmatisé beaucoup de choses sur Indy 4, et bien que j’ai essayé d’en lire le minimum, j’ai eu vent du rejet par certains de la thématique « années 50 », du nœud de l’intrigue reposant sur des extraterrestres, du trop plein d’action, ou au contraire pour d’autres du trop peu d’action. J’étais prêt pour tout, je m’attendais à tout, et de toutes façons, concernant Indy, j’étais plus où moins prêt à accepter toutes les aberrations scénaristiques possibles sans ciller. Mais je ne m’attendais pas, surtout de la part de Spielberg, à ce que le problème vienne de la réalisation.

Comme je le disais, au bout du compte, je n’ai rien contre la thématique années 50. Bien au contraire : Indy a vieilli, il a bourlingué dans tous les sens, et il est maintenant un vieux monsieur avec un passé écrasant. L’ambiance parano des années de guerre froide est dépeinte plutôt malicieusement, et ça rend un peu nostalgique de voir ce bon vieil archéologue n’être plus qu’un pion jetable dans la société américaine.

Par ailleurs, que l’intrigue tourne autour d’une relique extraterrestre en a choqué plus d’un, mais je l’accepte aussi bien volontiers, car l’intrication recherches archéologiques / découverte des extraterrestres est suffisamment bien amenée pour la rendre crédible dans le contexte de l’histoire.

Il y a aussi ce petit côté « Indiana Jones et sa petite famille partent à l’aventure » qui crispe pas mal de gens, ce que je comprends car on y perd beaucoup de l’aspect héroïque pur du personnage, mais qui ne me pose pas plus de problème que ça.

Ce qui me gêne beaucoup dans ce film par contre, c’est que la suspension d’incrédulité, qui a toujours été violemment mise à contribution par les précédents opus, est complètement mise à mal, et cela plusieurs fois, dans ce dernier film. Je suis peut-être pointilleux, mais l’épisode du frigo qui vole, rebondit mille fois et permet à Indy de survivre à l’explosion nucléaire m’a vraiment refroidi au début du film.

Puis vint la fin de cette séquence en voitures – sur laquelle je reviendrai plus tard – où Marion, qui conduit, choisit volontairement et contre l’avis d’Indy, de balancer le véhicule du haut d’une falaise directement sur un arbre, qui se courbe sous le poids de l’engin et les dépose délicatement dans l’eau. Ce moment, comme l’épisode du frigo, m’a choqué. Tout bêtement parce que j’ai beau accepter des milliards de choses fantaisistes dans un film comme celui-là, je ne crois pas une seconde que Marion puisse poser volontairement sa voiture sur un arbre. A la limite, si ça avait été involontaire…

Ajoutons aussi ce moment où Mutt, poussé en dehors du véhicule pendant la poursuite en bagnole, se retrouve instantanément à jouer à la perfection au tarzan, au point d’arriver, volontairement, à finir sa course sur le véhicule des méchants et de sauver ses amis in extremis. C’est trop facile, ça sonne faux. Ils ont vraiment l’air d’avoir bâclé ce moment…

Quiconque lit ce papier sans être fan d’Indiana Jones doit me croire fou de pinailler sur des chose pareilles, mais la saga était parfaite de ce point de vue depuis le début : il n’y avait jusqu’alors jamais eu de faute de goût de ce genre. Et c’est décevant d’en voir plusieurs dans le numéro 4.

L’autre grande déception, c’est que pour la première fois aussi, on s’ennuie un peu pendant certaines scènes. Notamment durant ces longs couloirs dialogués dans les sous-sol du cimetière où Indy et Mutt trouvent le crâne de cristal. Toutes ces explications plan-plan, qu’est-ce que c’est chiant ! Et on enchaîne immédiatement sur les scènes où Indy est attaché à une chaise, et où trois ou quatre personnages défilent les uns après les autres pour pratiquement expliquer leur fonction dans l’histoire ! Quelle platitude ! Spielberg, même dans ses pires films, n’a absolument jamais commis ce genre d’erreur de débutant.

Mais on connaît aussi Spielberg pour sa capacité à utiliser les effets spéciaux avec une habileté qui frise le génie, et nous étions en droit d’attendre de lui de nouvelles prouesses dans ce nouvel Indy. Loin s’en faut, encore ! Si tout va bien sur le début du film, les effets se dégradent petit à petit, et deviennent carrément ridicules à plusieurs reprises durant la poursuite en voiture. Comme traditionnellement, il arrive tout un tas de trucs les plus surréaliste aux personnages, et c’est souvent enlevé et marrant, mais il y a quantité de plans dans cette scène dont les surimpressions en arrière-plan sont carrément ri-di-cules ! Ces effets sont moins biens foutus que ceux qui furent utilisés pour la poursuite en wagon de la fin du temple maudit en 84, c’est dire ! Et c’est triste. Et ne parlons pas des scènes finales, totalement réalisées sur fond vert, à tel point qu’on se croirait dans l’un des nouveaux épidodes de Star Wars, voire parfois (horreur !) dans le Van Helsing de Stephen Sommers.

Ce film a des défauts, donc. C’est indéniable, c’est pas si grave pour certains, mais c’est le premier de la saga à en accuser d’aussi visibles, et ça fait franchement mal à la fibre du fan…

Ceci dit, Shia Laboeuf - Mutt Williams incarne un rebelle en carton assez génial, et c’est dommage qu’il soit réduit à faire tapisserie sur toute la fin du film.

Les scènes de début, dans l’entrepôt et tous les efforts faits pour décrire le changement radical d’ambiance dû à la guerre froide, sont très savoureuses… si seulement l’épisode du frigo avait été plus finement amené !

Et pour finir, le personnage d’Irina Spalko, la méchante principale, est très creux, ce qui est plutôt triste pour un film de cette trempe.

J’arrête là ma diatribe. Mon article n’est qu’une liste des défauts que j’ai pu relever au fil du visionnage… et le film n'est pas une purge, loin de là! C'est un film enlevé, bourré de péripéties, qui respecte son credo consistant à rendre hommage aux serials des années 40 jusque dans son utilisation foireuse des effets spéciaux, avec de vraies fulgurances de réalisation (tout le début en est bourré, et la série d'énigmes à résoudre à la toute fin est assez bonne également). Mais il déboulonne aussi mon mythe Spielberg, et ça, ça fait un peu mal.

Spielberg est devenu un réalisateur dont le film le plus commercial de ces dernières années est un film de science fiction pessimiste, radical et métaphorique (la guerre des mondes)… revenir soudainement à une forme de cinéma uniquement vouée à l’entertainment a visiblement été un exercice difficile, et la réadaptation ne s’est pas faite sans mal. Le plus grand mérite de Spielberg jusqu’à ce jour a été de parvenir, grâce au génie de sa mise en scène, à donner une assise réaliste à toutes les situations les plus insensées que l’on puisse imaginer. A ce jeu, même dans ses films les plus faibles, comme Always ou Hook, il restait un maître absolu. Pour la toute première fois de sa carrière, dans Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, il échoue dans ce domaine.

Spielberg aurait il perdu la main, comme certains se le demandent ?

J’espère que non. Mais pour la toute première fois à son sujet, j’ai peur pour la suite.

L’article est négatif, la déception est là, il a bien fallu que j’analyse d’où elle venait, mais je ne peux pas m’empêcher de l’aimer quand même, ce film. Car c’est un Indiana Jones, quoi qu’on en dise ! Il est juste moins parfait que les trois autres.

Nous verrons si je change d’opinion en revoyant le film en vidéo. Rendez-vous dans six mois pour la revanche de la critique !

 

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