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Doomsmax 1997 - This is the end of a cycle!!!  (Carnages critiques trilogiques) posté le mercredi 09 avril 2008 13:55

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1- Un nouvel espoir critique (6 mars 2008)

Dans le cinéma d’action, il y a des monuments absolument indétrônables. New York 1997 et Mad Max 2 en font partie. Que dire alors d’un film qui se revendique comme ouvertement influencé par ces deux films au point que l’on en retrouve sans aucune ambiguïté toute l’essence dans la bande annonce ? La première chose, c’est qu’il faut du courage et être un peu fou pour s’attaquer à de tels piliers de la cinéphilie geek, et la deuxième, que les influences sont sacrément bien choisies !

Un sentiment mélangé, donc, comme celui que j’ai ressenti en voyant la bande annonce de Doomsday. C’est grandiose de voir un film rendre hommage de manière aussi ouverte et décomplexée à Escape from New York et The Road Warrior. On n’avait pas vu ça depuis les Bis Italien des années 80. Mais c’est terriblement risqué aussi. Oh, je sais, ce n’est pas un remake (du moins ça n’en a pas l’air, et ce n’est pas revendiqué comme tel), mais il y a quand même de bonnes chances que l’on ne voit plus que l’influence et plus du tout le film, pour peu qu’il tente d’être un peu original.

En tout cas, Rhona Mitra a l’air bien plus burnée que cette pauvre Angelina Jolie dans les deux Tomb Raider de triste mémoire (donnez ce genre de film à faire à des réalisateurs réellement efficaces, et vous verrez le résultat !), et les Keupons (comme dirait Emilien sur son site hautement intéressant, Desert-cult, à voir ici), les punks pour les vieux cons comme moi, ont l’air au moins aussi sauvages que dans Mad Max2 !

N’espérons pas de ce film une histoire à se retourner le cerveau tellement-elle-est-bien-amenée-et-tellement-elle-est-trop-originale, mais plutôt une ambiance bien posée, un peu glauque et inquiétante, qui ferait éclater par contraste toutes les scènes d’actions… dont on espère qu’elles seront bien troussées. Neil Marshall, le réal, nous a offert précédemment Dog Soldier, un film de loups-garous assez ridicule (les attaques du monstre n’étaient constituées que d’inserts et de gros plans), puis the Descent (que certains déclarent de manière un peu emphatique être « le meilleur film d’horreur de ces dix dernières années »). En ce qui concerne The descent, je dois reconnaître l’habileté narrative et technique, et la réelle angoisse diffusée par les deux premiers tiers du film. Cela laisse d’ailleurs augurer du meilleur quant à l’ambiance de Doomsday. Par contre, dans le dernier tiers, l’attaque des monstres est hystérique, et n’exploite pas la peur du noir et les promesses du début du film. Dommage, mais c'est un film très intéressant quand même. Marshall apprend à chacun de ses films, alors nous sommes en droit de nous dire que Doomsday a des chances d’être un monument geek. Ou une grosse merde. Parce que desert-cult a quand-même bien raison de craindre que le film se transforme en grosse pub pour une marque de bagnole, comme ce fut le cas pour feu I, robot...

 

2-L’attaque de la critique (9 avril 2008)

Dans un article qui n’avait pas grand chose à voir avec Doomsday, je supposait que ce film serait intéressant s’il n’était pas uniquement un « hommage à », mais qu’il se contentait d’être « inspiré de ». Après l’avoir vu une première fois, il est difficile de dire ce qu’est  exactement ce film : une folie, un caprice, un « fantasme sur pellicule », comme disait Mad Movies le mois dernier ? C’est un raout cinématographique, un authentique mélange entre New York 1997, Mad Max2 et Braveheart, avec quelques pincées d’Aliens, Highlander, 28 jours/semaines plus tard, Indiana Jones et tout un tas de films cultes eighties. Un mélange totalement revendiqué, car absolument jamais dissimulé, au point qu’il ressemble à un collage : un peu de tel film ici, un peu de celui-là par là, et puis tiens, un peu de ç’ui-là par ici. Au bout du compte, Doomsday est tout simplement un OVNI cinématographique, tour à tour jouissif et énervant, avec d’indéniables habiletés narratives et quelques grosses lacunes filmiques.

Mais avant tout, Doomsday est une œuvre cryptique, un mausolée signant la fin de la boucle, celle que le geek biberonné aux œuvres déviantes des eighties a toujours redoutée. Celle du cycle de vie du film d’action.

C’est bien simple : TOUTES les scènes de Doomsday sont tirées d’un autre film. Neil Marshall fait preuve d’une véritable sincérité en fabriquant son film de cette manière, car paradoxalement, personne ne peut lui reprocher de faire du plagiat : son film n’est qu’une longue déclaration d’amour à un cinéma révolu. Avec une grande dextérité scénaristique, il opère des transitions entre les univers et les films sans que cela ne fasse jamais obstacle à sa narration ni au rythme de l’œuvre, ni –et c’est une performance, à la cohérence de la diégèse. Et pourtant, certaines transitions n’étaient pas de tout repos. Par exemple, lorsqu’au début du film le commando entre dans le laboratoire de Kane, on est en plein revival d’Aliens : le décor désaffecté, la menace hors champ, le commando surarmé. Lorsque le commando se fait attaquer, on est dans la scène de New York 1997 où les crazies surgissent dans un magasin, obligeant Plissken à fuir par l’arrière de l’immeuble. Plus loin, les protagonistes traversent une montagne grâce à un tunnel, et se retrouvent en pleine forêt. De là, le film devient médiéval, et les allusions à Braveheart, Excalibur, et même Highlander pleuvent régulièrement.

Evidemment, tout ça manque un peu de personnalité, mais contrairement aux apparences, Doomsday n’est pas moins dépourvu d’âme qu’un Die Hard 4. Il en est même bien plus chargé, car à travers le puzzle pointe tout l’amour que Marshall porte aux films dont il s’inspire. Ce qui n’est pas toujours le cas du film de Len Wiseman.

Armé de son budget moyen, de son talent moyen et de ses décors moyennement conformes à ceux des films originaux, Neil Marshall fait dans l’hommage humble, mais systématique. Non seulement il reprend en entier des scènes cultes d’autres films, mais il transpose aussi les moments forts de ces scènes. Avec ses moyens plus réduits, tant en budget qu’en talent, qu’un Carpenter, Miller, Cameron, ou Gibson, il fait quand même preuve d’inventivité pour maintenir la sensation de familiarité jusque dans ces moments forts. Ainsi, dans Mad Max 2, lors de la poursuite finale, le camion fait demi-tour pour semer la confusion parmi ses poursuivants ? Et bien dans la poursuite finale de Doomsday, Eden Sinclair fait une simple marche arrière « rentre dedans » qui a le même résultat.Plissken doit se battre contre un colosse dans une arène dans New York 1997 ? Sinclair le fera également, dans un château écossais. Elle se battra contre un gigantesque chevalier en armure, qui convoque à la fois le Master Blaster de Mad Max 3, les chevaliers d’Excalibur, et même... (j’y ai pensé plusieurs fois !) le duel surréaliste de Sacré Graal à base de membres coupés.

De même, Marshall pose régulièrement des repères, reconnaissables entre mille, le genre de petits détails qui rendent l’univers particulièrement familier aux malades comme moi, qui ont vu Mad Max 2 et New York 1997 des dizaines de fois. Les épaves de voitures qui obligent les poursuivants à zigzaguer, les types attachés les bras en croix à des véhicules, les punks,  le chef des punks dans un pick-up trafiqué, etc. Si je me souviens bien, on nous gratifie même d’un raccord trompeur entre le chef punk énervé et l’ouverture d’un coffret dans lequel se trouve une arme de collection et quelques balles, nous faisant croire à un revival supplémentaire de The road warrior, mais au bout du compte, l’arme n’est même pas dans l’enceinte de Glasgow, mais à Londres. C’est le premier ministre qui s’apprête à se suicider.  L’héroïne en justaucorps, son attitude badass et silencieuse, le fait qu’elle soit borgne, qu’elle se fasse systématiquement emprisonner et humilier pour avancer dans son enquête, les éclairages de toutes les scènes du début, certains plans sur les murs d’enceinte de la zone interdite, le leitmotiv de la clope,  le fait qu’elle reste plantée les bras croisés en attendant le « bras armé de Kane » (le chevalier colossal), et surtout-surtout-surtout, la musique, qui parfois nous plonge extrêmement profondément dans l’ambiance de Escape from New York (New York 1997).

Le sentiment de familiarité est ainsi permanent. Une impression constante de déjà-vu, mais… en différent.

Difficile de dire comment Marshall est parvenu à se livrer sans casse à ce tour d’alchimiste. Nous faire sourire, voire exulter, devant ce que, dans un autre film et venant d’un autre réalisateur, on aurait pris pour du plagiat. Une seule explication : il est sur la même longueur d’onde que nous autres, geeks des eighties !

L’expérience est donc ultime, dans ce sens où on nous permet de revisiter nos films préférés confortablement installés dans les oripeaux d’un nouveau film ; ultime aussi parce que l’on ne peut pas ressentir autre chose que le plaisir du revécu -donc la nostalgie, dans un univers à ce point balisé par des codes hérités d’autres films. On est tourné vers le passé et le souvenir,  jamais vers l’avenir et l’attente. Difficile à ce moment là de créer un suspense, car on sait comment chaque séquence va se terminer, à peine a-t-elle commencé. Forcément, on la connaît déjà ! Vous me direz, dans n’importe quel film d’action standard, le plaisir ne vient pas de l’histoire -qui est toujours la même- mais du talent de conteur et les petites nuances dans le déroulement imprimées par le réalisateur. Et, évidemment, la manière dont est filmée l’action : sa puissance, son inventivité, sa lisibilité.

Et c’est là que le bât blesse. Car les qualités de Marshall en tant que réalisateur virtuose sont encore à prouver. Et il faut dire qu’il se frotte à des films dont les réalisateurs étaient au faîte de leur carrière au moment où ils les ont réalisé (autant Carpenter que Miller ou Gibson). Et c’est loin d’être le cas de Marshall. Il y a toujours quelque chose de poussif dans les scènes transposées de Doomsday. Des lourdeurs, comme ces punchlines placées parce qu’il fallait en mettre, ces scènes d’action réalisées dans la joie de revivre de grands moments de cinéphilie mais sans se préoccuper de leur esthétisme ou de leur lisibilité…

Ce doit être un défaut de Marshall : il a les yeux plus grands que le ventre. Déjà, dans The descent, il gérait de main de maître une ambiance claustrophobe extrême pendant les deux premiers tiers du film, pour la faire lamentablement échouer dans le dernier tiers en se vautrant dans la surenchère. Au lieu de rester modeste et de ne confronter ses héroïnes qu’à un monstre ou deux, il choisissait d’en mettre tout un tas, qu’il était incapable de gérer. Son sens de l’espace devenait brouillon, le film sombrait dans le massacre, et n’était sauvé que par son dernier plan hallucinant. Marshall reproduit la même erreur sur Doomsday : il en fait trop, et ne maîtrise plus sa matière. A force de vouloir rendre hommage à tous les films qui ont bercé son enfance, il finit par avoir trop de choses à faire, et bâcle le boulot. Les poursuites en voiture sont surdécoupées au point que les empoignades en deviennent totalement illisibles, les bastons sont incompréhensibles. Et surtout, les personnages, nombreux, ne sont définis qu’à partir des traits dominants des héros mythiques dont ils sont inspirés (Sinclair, qui joue les rebelles de manière un peu forcée, ne manifeste ses sentiments qu’une seule fois pendant sa mission : quand le chef du commando se fait tuer devant elle, comme Plissken le rebelle ne manifestait un sentiment qu’une seule fois dans son film, lors du sacrifice de Maggie). Peu de place est accordée à une créativité nouvelle. Est-ce pour cela qu’on se souvient si bien de l’œil amovible de l’héroïne ? Parce que c’est la seule idée un tant soit peu originale du film ? Possible.

Doomsday est un musée. On parcourt ce film comme l’on se promènerait dans les allées d’un établissement commémorant la « grande époque des eighties ». Les vieux de la vieille, qui  ont vu ces films au cinéma, poussent régulièrement des « oh » et des « ah ! » joyeux et empreints de nostalgie. Le film d’action à l’ancienne est bien mort, comme je le redoutais. Doomsday est son enterrement grand luxe.

 

Le film de Marshall marque aussi une étape importante dans l’ère de la fanboy attitude. Cette tendance, née au début des années 90 avec Tarantino, a dominé le cinéma jusqu’à aujourd’hui. Elle est symptomatique d’une génération élevée à la vidéo, qui pouvait revoir mille fois un film qu’elle adorait, contrairement à la génération précédente qui devait patiemment attendre un passage à la télé ou une ressortie cinéma. Les fanboys des années 80 sont devenus grands, et lorsqu’ils ont commencé à faire des films, ils ont eu tendance à régurgiter avec grand plaisir les monuments de leur cinéphilie. Tarantino est arrivé en 92 avec son Reservoir Dogs aux relents de film noir et de polar HongKongais hardcore, et a été le premier d’une longue série de réalisateurs à construire sa carrière sur l’hommage aux films de son enfance. Rodriguez, Soderbergh, les frères Waschowski et d’autres, font partie de ce courant esthétique qui dominera la dernière décennie du XXe Siècle, et qui s’applique à faire dans la citation des classiques. Soderbergh et Clooney pousseront le bouchon jusqu’à faire des films « à la manière de » (The good german), qui cherche à copier jusque dans le jeu désincarné des acteurs et l’ambiance des films des années 40-50, Leatherheads (Jeux de dupes – à sortir) celle des screwball comedies de la même époque.

Parallèlement à cette vague de films-hommages et d’auteurs-fanboys s’est développé un style de film plus outré mais très représentatif d’une époque qui regarde surtout derrière elle en matière de cinéma : le spoof movie (initié par les ZAZ : y’a-t-il un flic…, y’a-t-il un pilotehot spot 1 & 2), qui a dominé sans faiblir le marché du rire jusqu’à il y a peu. On a ainsi eu droit à une myriade de Scary movies faisant allusion à Scream, aux films d’ado et aux succès récents (Matrix, etc.), à Big movie, Date movie, Sexy movie, jusqu’aux récents Meet the spartans (spartatouille) et Superhero movie. Les deux derniers films n’ayant pas obtenu le succès escompté, on peut penser que la tendance est peut-être en train de s’inverser.

Logiquement s’est développée aussi la vague du remake. De rares et risibles au début, ils sont progressivement devenus courants, et sont maintenant totalement rentrés dans les mœurs, au point que la majorité des gros films américains sortant actuellement sont des remakes. Si au début, ces remakes étaient la plupart du temps fait par Hollywood parce que les américains ne supportaient pas les doublages et se refusaient à voir les originaux en VOST, ce prétexte foireux a fait place à la véritable raison commerciale : un remake avec des yankees dedans, ça fait recette partout, même dans le pays du film original ! Le banco total !  Le sommet de cette vague de remakes a été atteint par Gus Van Sant en 1998 avec Psycho, remake plan pour plan de Psychose, avec quelques inserts et la couleur en plus.

Et c’est à un Autrichien, Michael Haneke, que revient l'honneur de pousser cette année le principe du remake jusqu’à l’absurde avec Funny games US, remake plan pour plan, sans la moindre différence avec l’original sinon les acteurs de son film de 1997. Un film sensé s’adresser directement aux personnes auxquelles le film original était adressé, sans succès : les américains.

Est-ce une coïncidence si cette année sortent Funny Game US, les premiers spoof movies échouant au box office, le premier échec cuisant de Tarantino (Boulevard de la mort – Death Proof), et Doomsday ? La tendance à faire dans l’hommage systématique est-elle en train de disparaître ? Les spectateurs commencent-ils à réclamer des histoires originales, sans aucun appui visible sur leurs ancêtres ?

Dans son article « Désirs de grandeur » (Les cahiers du cinéma n°632), Stéphane Delorme constatait l’échec de la nouvelle génération de cinéaste américains pour s’imposer artistiquement en rappelant que « les mêmes noms apparus dans les années 1960 et 1970 continuaient de dominer la scène ». Tant par la qualité de leurs films que dans les hommages permanents dont ils font l’objet dans les films de la génération suivante. L’échec était cuisant dans l’incapacité de la génération 1990 à s’affirmer en tant qu’artistes inventeur de formes (« ce cinéma de copiste, hyper-référencé, produit au pire des opus dévitalisés, au mieux les gestes jouissifs de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez »). Au final,  « l’attirance pour le pastiche se fait mortifère ». L’article dérive ensuite vers la mauvaise foi lorsque les Cahiers… se félicitent de ne pas avoir soutenu même les bons films de cette génération « excepté Tarantino », parce que le résultat est là : « peu de recul sur l’Histoire et l’histoire des formes. Des astuces de mise en scène mais beaucoup d’épate (…) au pire, ils étaient traités de petits malins, au mieux de faiseurs brillants, ce qui est toujours un peu méchant ».

Cette extraordinaire preuve de mauvaise foi mise à part, il faut reconnaître que depuis presque 20 ans, le cinéma Hollywoodien n’existe qu’à travers l’hommage et la référence à ses prédécesseurs.

On peut imaginer que par son jusqu’auboutisme,  Doomsday est le point d’orgue de cette tendance héritée des années 90, et qu’en ce sens, il clôt symboliquement le cycle.

C’est l’ultime film de fan. Le pivot vers quelque chose de nouveau.

Peut-être.

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Tous les commentaires de l'article:
Doomsmax 1997 - This is the end of a cycle!!!

  • jonathanplacide mailto

    mar 11 mar 2008 17:48

    Très hâte de voir le film....en divx surement vu que maintenant, les cinémas ont décidés de ne plus passer de cinéma de genre interdit aux moins de 16 ans. Une sortie dans 5 salles pour toute la France ?

  • tomtom

    mar 11 mar 2008 12:39

    eh bien ça doit etre curieux comme mélange !