Georges Lucas déclarait récemment dans « Vanity Fair » au sujet du quatrième Indiana Jones que « les fans allaient de toute façon éreinter le film », parce qu’ils « se sont fait leur propre film », et forcément, celui qu’ils verront ne correspondra pas à celui qu’ils fantasment. Résultat, il se fera dépecer. Beaucoup de sites internet et de journaux de cinéma ont repris cette citation, pour en faire une illustration revancharde de la soi-disante trahison du maître vis-à-vis de ses fans. N’est-ce pas Lucas qui a trahi ses fans en modifiant sa première trilogie, et, bouse suprême, en faisant une deuxième trilogie ?
Il faut voir tout ce qu’il a dû endurer, le George. Par exemple, les titres de chaque film de la deuxième trilogie ont été amplement critiqués pour leur kitsch malvenu… m’enfin c’est vrai, la première trilogie, c’était du sérieux au moins !
Franchement, qui ose dire que « la guerre des étoiles », « l’empire contre-attaque » ou « le retour du Jedi » ne sont pas des titres ringards ?
De même, les épisodes 1, 2 et 3 (les plus récents) ont été critiqués parce qu’ils utilisaient à outrance les effets spéciaux numériques… en opposition avec les « charmants effets spéciaux de plateau datés de la première trilogie »… Or, la première trilogie a utilisé autant qu’elle pouvait l’informatique ; Lucas l’aurait encore plus utilisée s’il avait pu ; mais les techniques n’étaient pas encore suffisamment au point pour rendre certains effets satisfaisants.
Autres critiques : les scénarios de la trilogie la plus récente sont nazes. Par pitié, revoyez la première trilogie sans y mettre vos souvenirs d’enfants, et constatez : il n’y a pas la moindre maturité dans aucun des trois films, même si le deuxième est un peu plus grave que les autres, tout est policé de manière à ce qu’un gosse de trois ans puisse bien tout comprendre, les arcs dramatiques des personnages sont ridiculement prévisibles, et les scènes de liesse à la fin du 4 et du 6 sont mièvres à souhait et tombent comme des cheveux sur la soupe.
Je me suis refait récemment les 6 épisodes à la suite, dans l’ordre chronologique, y compris les « clone wars » en dessin animé, et il n’y a pas à dire… à part l’épisode 1, qui est un peu ridicule, et en cela se rapproche beaucoup du Retour du Jedi, l’attaque des clones et la revanche du sith sont de petits chefs d’œuvre de noirceur shakespearienne. Tous les personnages sont bien plus creusés qu’aucun de ceux qui apparaissent dans la trilogie initiale. En fait, il faudra bien le reconnaître un jour, les épisodes 4,5 et 6 ne deviennent profond que grâce aux épisodes 1,2,3.
Plus j’y pense et plus je me dis que cette espèce de cabale lancée par les geeks de star wars contre Lucas n’est rien d’autre qu’une nouvelle forme de snobisme : le snobisme geek.
Star wars n’est pas le seul film à être victime de ce genre d’excès idiot.
On se souvient en 1993 que des américains ont MANIFESTE (????) pour protester contre l’emploi de Tom Cruise en Lestat dans « Interview avec un Vampire »… (Encore à ce jour, le rôle de Lestat reste l’un des plus marquants de la carrière de Cruise). Y z’avaient rien d’autre à foutre, ce jour là ?
D’autres films sont constamment victimes de ce snobisme, qui devient énervant à la longue.
Terminator 3 en fait les frais à chaque fois, par exemple. Toute personne y faisant allusion n’oublie jamais de rappeler que c’est une merde ! Une merde ? Pour qui ? Pour le geek qui a bouffé du terminator 1 et 2 toute sa vie, et qui, à l’annonce de la sortie du n°3, a décidé qu’il détesterait le film parce que James Cameron n’est pas impliqué dans sa fabrication ? Por favor ! Ce film est une réussite ! Il fallait des couilles gigantesques pour s’attaquer à une telle mythologie, surtout vu le niveau de perfection des deux premiers films, et il fallait un talent fou pour parvenir au moins à faire un film correct. Et le film est plus que correct : on a droit à des scènes de destruction massive extrêmement bien filmées, un Schwarzie en grande forme pour son dernier baroud d’honneur, quelques idées formidables, comme un Terminator réduit à sa simple fonction d’outil de survie, sa reprogrammation par la terminatrix et le conflit intérieur qui s’ensuit… et des effets spéciaux qui ne sont pas en reste… une réussite, dans son genre. Pas l’immense merde que trop de gens s’époumonent à répéter chaque fois qu’ils le peuvent. Je suis un accroc de Terminator. Terminator 2 est le film qui a déclenché chez moi la passion du cinéma, je le considère comme un monument, je considère que 15 ans après, il n’a absolument pas pris une ride, que l’utilisation des effets spéciaux n’a pas vieilli… que tout y est énorme : la lumière, le montage, le scénario… c’est un film indépassable ! Mais j’ai beau être fou des deux premiers, j’ai adoré Terminator 3 quand même. Jonathan Mostow a modestement repris la mythologie et la technologie à son compte pour nous offrir un grand spectacle dans la lignée des deux premiers. Il a joué l’humilité et n’a pas cherché à renouveler la saga, au risque de se ramasser comme un bleu. Le résultat est un film honnête, hyprabourrin, et même parfois amusant. Il a ses défauts, comme la plupart des films, mais les chefs-d’œuvre ne courent pas les rues non plus. Même James Cameron ne fait pas qu’aligner les chefs-d’œuvre, il n’y a qu’à voir True Lies. Toute cette cabale automatique au sujet de T3, c’est du snobisme geek aussi.
De même que celui qui écrase systématiquement Xmen3. « Brett Ratner l’a réalisé, donc c’est une merde ». Voilà ce que tout geek semble penser. Ok, je ne suis pas fan de Ratner non plus. Ce n’est pas un génie de la mise en scène, et son Dragon rouge est une vaste pantalonnade. Mais son Xmen 3 est une réussite, désolé. Et pas seulement par rapport aux autres films qu’il a réalisé. Il soutient très bien la comparaison avec les deux premiers. Je dirais même qu’il le surpasse dans les scènes d’action pure : chaque fois que Wolverine s’énerve et se met à massacrer, on comprend ce qui se passe. L’espace est très bien circonscrit, et les scènes très agréables à voir. Dans le Xmen n°2, désolé, mais lors de l’attaque de l’école, lorsque Wolverine se jette sur les troupes d’élite pour sauver Rogue, Iceman et Pyro, on ne peut interpréter ce qui se passe qu'après coup : la scène est en soi illisible. Evidemment, les personnages de X3 ne sont pas creusés. Mais on les a creusé pendant deux films entiers ! Le troisième film n’est qu’une grande confrontation, comme dans toutes les trilogies. Beaucoup trop de personnages importants se font trucider ? Qui dit que c’est la faute de Ratner ? Il n’est arrivé sur le projet qu’au dernier moment ! Ça m’étonnerait qu’il ait pu mettre son grain de sel dans des choses aussi importantes que celles-là. Le personnage d’Angel est traité de manière superficielle ? Je suis d’accord, mais pourquoi personne n’a reproché à Bryan Singer son traitement plus que superficiel de Colossus, qu’on voit en tout et pour tout 20 secondes dans l’opus n°2 ? Snobisme geek.
Et il y a d’autres films qui en souffrent : Alien 4, par exemple, en prend toujours beaucoup pour son grade, pour un film de cette qualité. Et même s’il n’est pas toujours parfaitement raccord avec les trois premiers films, arrêtons de l’accuser de trahison comme des pauvres idiots que nous sommes !
Entendons nous bien : je ne prends pas à tout prix la défense de Brett Ratner. C’est un réalisateur médiocre, et il le restera. Mais il faut reconnaître qu’il a fait un bon film avec Xmen3. De même, je ne critique pas Bryan Singer. Ses deux premiers Xmen sont de petits chefs-d’œuvre, avec leurs menus défauts, comme toute sa filmographie d’ailleurs (ahem, sauf peut-être Superman returns, qui n’est, disons gentiment, pas très bon…)
C’est devenu une tradition chez le geek snob : il faut détester certains films, quitte à ne pas voir la vérité en face. Dommage. J’ai parfois l’impression qu’Internet favorise beaucoup la diffusion de la doxa, cette fameuse opinion de la foule au sens le plus péjoratif du terme, c'est-à-dire l’opinion de gens qui parlent sans réfléchir et se montent la tête contre n’importe quoi, histoire d’apaiser leurs frustrations. Comme ça naissent les bouc-émissaires. Len Wiseman (Die Hard 4) et Bret Rattner en sont de gros. Dès qu’ils sont attachés à un projet relevant de l’univers geek, ça se met à hurler partout. Pourtant, il y a des réalisateurs équivalents, j’ai nommé Stephen Sommers (la momie 1 & 2), voire pires (Rob Cohen, auteur des vomitifs xXx, fast and furious, daylight), et j’en passe. Qui trouvent toujours des films pour geek à faire dans leur coin! S’il faut taper sur quelqu’un, tapons sur les producteurs qui osent donner les rênes de films très attendus à des mecs sans personnalités… et c’est ce qui risque bien d’arriver avec les prochains reboot de Conan et New York 1997…



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