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Angles cathartiques (Monocritiques explosives) posté le mardi 25 mars 2008 20:30

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Blog de hoke : Plein la gueule (Anthologie du film bourrin), Angles cathartiques

Angles d’attaque est un cas vraiment intéressant. Sa structure, consistant à nous montrer le même évènement (un attentat contre le président des Etats-Unis à Alicante – en Espagne) sous plusieurs angles n’est pas toute nouvelle, mais efficace. Comme à l’époque de Basic, les exécutifs hollywoodiens ont sûrement eu l’impression d’inventer une nouvelle forme de narration, sans savoir que ça existait depuis Rashomon, c'est-à-dire 1950 (Voir à ce sujet l’interview sarcastique de John McTiernan dans les bonus de Basic). Ainsi, nous pouvons revoir pendant les trois quarts du film la même scène, ressassée encore et encore. Ce procédé narratif est intellectuellement stimulant, puisque nous sommes en permanence en recherche d’indices qui pourraient ajouter à notre compréhension de l’événement. Mais il est spectatoriellement très frustrant (les spectateurs autour de moi avaient les réactions de plus en plus agacées et bruyantes à chaque retour en arrière). Mais c’était pour mieux nous en faire apprécier le final…

Le film suit alternativement les points de vue d’une réalisatrice TV, d’un policier espagnol, d’un touriste américain, du terroriste en chef, du président des Etats-Unis, d’un de ses gardes du corps, etc. A chaque fois, nous apprenons de nouveaux petits détails sur la mise en place de l’attentat, ce qui ne fait qu’augmenter notre sympathie pour Dennis Quaid, présenté comme un héros dès le début de l’histoire. Car nous prenons conscience en même temps que lui de l’aspect extrêmement tentaculaire de l’organisation de l’attentat, tout en ne parvenant pas plus que lui à en saisir l’ensemble.

Or, à chaque nouveau point de vue adopté, on accompagne un nouveau personnage. Passé la distanciation initiale (un nouveau personnage, il faut s’y habituer), on finit toujours par en arriver à épouser totalement son point de vue et à être totalement dans les rails de l’histoire, lorsque soudain… elle s’arrête et nous oblige à repartir en arrière.

Par conséquent, en même temps que grandit la frustration de ne pas connaître tous les tenants et les aboutissants de cet attentat, une autre frustration, presque physique, vient décupler les effets de la première : celle de toujours voir le récit s’interrompre systématiquement au moment où il devient intéressant.

Ce processus éprouvant devient limpide lorsque enfin, dans les dernières vingt minutes du film, l’histoire brise ses amarres et se poursuit, épousant le point de vue de son héros. La poursuite en bagnole finale, extrêmement dynamique, est la récompense ultime ; une sorte de pur moment de catharsis, où l’on exulte, tremble, se retient de hurler de joie ou des choses gentilles comme « vas-y, chope le, crève le, écartèle le, fais le souffrir, fais-lui bouffer ses yeux » et autres délicates attentions. Rarement au cinéma j’ai exulté comme ça sur un film unique. En général, pour en arriver à ce degré de soutien, il faut que j’accompagne les péripéties du personnage depuis déjà longtemps. Dans La vengeance dans la peau, lorsque, traqué depuis deux films déjà, Bourne retrouvait pleine possession de ses moyens et promettait au frère de Marie (sa petite amie assassinée) de « trouver les coupables », mon exaltation était la même... mais nous en étions au troisième film, qui plus est centré sur le même personnage. Angles d’attaque réalise cette performance de nous faire suradhérer aux actes d’un personnage que l’on a finalement très peu vu depuis le début du film, uniquement en gérant –de main de maître-, notre frustration.

Vantage point (le titre original) est donc un bon film, doublé d’une expérience. Je ne suis pas sûr qu’il résiste à un second visionnage (une fois les surprises éventées et le principe de frustration déjà vécu, que reste-t-il ?), mais il vaut définitivement la chandelle.

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