Dans le CinéLive du mois dernier (n°121), Clovis Cornillac avait une manière totalement irrésistible de présenter le film : « Monsieur tout-le-monde, prénommé Raoul, se retrouve embarqué dans une histoire qui le dépasse. Mais attention, faut pas faire chier Raoul ! » Avec un pitch pareil, comment hésiter à voir ce film ? Impossible en tout cas de ne pas le chroniquer dans ces pages, vouées aux bourrinages en tout genre. Spécialement si c’est un film français. Après un MR73 de plutôt bonne augure, j'espérais assister à une sorte de feu d’artifice, une perle, un film qui mettrait le cinéma de genre français sur un pied d’égalité avec celui des autres nations, au moins sur le plan du thriller politique paranoïaque. J’espérais un retour de la fiction politique bien foutue, à la Costa-Gavras des années 70-80 : Z, L’aveu… J’avais placé la barre bien haut.
Et je l’ai prise en pleine poire. Car disons le tout de suite, ce film souffre du même mal que la plupart des films de genre français sortis depuis… depuis quand, déjà ? Des temps immémoriaux ? Presque.
Le nouveau protocole est un film qui a le cul entre deux chaises. La manière dont Cornillac pitche son film montre bien qu'il y avait une orientation « genre », du moins au départ, puisque c'est lui qui a initié le projet (et on commence à voir qu'il aime le genre, le Clovis). Mais le traitement du réalisateur se contente de rester estampillé « réalisme à la française ». Il n’y a aucune recherche d’efficacité dans le récit, beaucoup de scènes dites « réflexives » inutiles viennent parasiter la bonne marche d’un récit qui devrait être mené tambour battant (à la troisième longue réflexion de Cornillac devant le lieu de l’accident, on se dit que ça fait déjà deux de trop). De même, le réalisateur ne stylise absolument pas sa mise en scène : aucun plan semble vouloir transcender un peu le récit et signifier quelque chose de plus que la simple action filmée. La mise en scène documentaire trouve ici ces limites. Mais ce n’est pas le plus gros problème du nouveau protocole : de ces détails nous nous serions accommodés si le scénario n’évitait pas à ce point de se trouver un ennemi.
(ATTENTION SPOILERS) Car si le film a le cul entre deux chaises, c’est surtout parce qu’il tente tout du long de nous montrer que la réalité n’est pas aussi manichéenne que dans les films américains… c’est presque un film à thèse ! Rappel de l’histoire : une militante alter mondialiste illuminée persuade Raoul que son fils est mort à cause d’un médicament expérimental, Raoul décide donc d’aller chercher le responsable. On s’attend plus où moins à une variation sur le Point blank de Boorman ou le Payback de Helgeland : un type seul qui remonte, échelon par échelon, toute la hiérarchie d’une grosse corporation mafieuse. Mais c'est un fantasme, et ce serait déjà trop styliser un récit qui veut à tout prix garder le contact avec la réalité. Les scénaristes s’appliquent donc à faire douter les personnages tous les quart d’heure. Régulièrement, quelque chose vient prouver à Raoul qu’il poursuit une chimère… et puis, quelques minutes après, un nouvel indice vient le remettre sur les rails du soupçon, et il repart comme en 40 ! Je n’ai rien contre ce procédé, (il est d’ailleurs utilisé, souvent mal, dans la plupart des thrillers américains), mais au bout de la quatrième fois, on en a marre d’être retourné comme une crêpe. Car on finit par avoir l’impression que le film cherche à ne pas se faire d’ennemis, et surtout pas l’industrie pharmaceutique. Alors l’intrigue repose sur du vent, et la dénonciation tourne court.
Je n’aurais jamais cru pouvoir dire ça d’un film un jour, mais Le nouveau protocole aurait grandement gagné à être plus manichéen. Il se serait choisi un véritable ennemi, et la rechercher de la vérité en aurait été d’autant plus prenante. (FIN DES SPOILERS)
Le film refuse de rentrer dans une catégorie, le « thriller politique », et cherche en plus à avoir des retentissements sociaux. C'est tout à son honneur, mais on a trop tendance en France à voir le cinéma de genre de haut : à vouloir absolument le transcender avant d'en connaître les règles, le tout retombe comme un soufflet. C’est dommage. Et ça n'est encore pas avec ce film là que le genre français va prendre son essor !
Mais il ne faut pas croire que le film est totalement inintéressant. J'ai beaucoup de mal à en dire du mal, figurez vous. Car il y a de bons moments de montée d’adrénaline, notamment chaque fois que le Raoul s’énerve et déboule quelque part avec ses gros sabots pour comprendre le fin mot de l’histoire. Le problème, c’est que le réal ne pousse jamais ces scènes à leur maximum. Il contrebalance toujours par le sentiment du doute, et on est finalement toujours frustré. Et j’ai tendance à me dire que ça vient surtout du fait que ce film souffre du même mal que la plupart des films de « genre » français qui sortent actuellement : il n’ose pas assumer le genre dans lequel il évolue. Il faut toujours qu’il se justifie avec un message à caractère purement social.
...Evidemment, je m’attendais à un divertissement burné et intelligent, alors je suis déçu.
Et puis Cornillac est grandiose à plusieurs reprises : en bûcheron bas de plafond qui préfère agir plutôt que communiquer, il fait souvent sensation. Dans la scène où il éclate en sanglots et se met à hurler en se défoulant contre un arbre, il est absolument émouvant. Et il est impressionnant (SPOILER) lorsqu’enfin il a devant lui une haute responsable de la compagnie pharmaceutique, et que par un raisonnement tout à fait logique, elle lui fait prendre conscience que son fils s’est probablement suicidé, on voit l’acteur passer dans le même plan de la colère froide à la panique, en passant par la réflexion et la stupéfaction… le tout en toute sobriété ! (FIN DU SPOILER) Un grand acteur ce Monsieur Cornillac. Mais ce n’est pas avec ce film qu’il va réconcilier le français avec le film de genre national ! Ceci dit, chacune de ses nouvelles prestations aidant, je suis de plus en plus impatient de voir Eden Log, film totalement sous-distribué (pour ne pas dire squizzé), et qui pourrait bien être l’un des seuls films de genre authentique sorti en France cette année.
Il faudra quand-même que je revoie le nouveau protocole au moment de sa sortie vidéo, sans à priori. On ne sait jamais, mon opinion pourrait radicalement changer…
La question qui se pose après tout ça, c’est tout simplement : qu’est-ce que j’attends d’un film de genre français ? Qu’il soit pareil à un film de genre américain ? Difficile de l’affirmer. Mais il faut reconnaître que l’on a constamment l’impression que les réalisateurs français cherchent à imiter le style « à l’américaine » sans arriver à l’assumer où à l’atteindre. Mais peut-être qu’au bout du compte, ils ne veulent ni l’imiter ni l’assumer ; peut-être que le film de genre français, c’est ça : un récit mené tambour battant… avec des pauses « sociales » pour faire plus ancré dans la réalité.
J’avoue que j’ai du mal à l’admettre, parce que je rêve d’une vague de bons vieux films de genre « purs » fait en France. La dernière fois que j’y ai cru, en dehors des productions Besson, (qui sont considérées « à part » dans la production française), c’était en sortant des Rivières pourpres, de Mathieu Kassovitz.
2000, c’est vieux maintenant. Aux suivants, merde !

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