Voici un article posté très en retard par rapport à la date de visionnage du film. Il traînait sur mon bureau, inachevé, et je n'étais pas très motivé à l'idée de le finir... jusqu'à aujourd'hui.
1-Un nouvel espoir critique
La bande annonce de 30 jours de nuit ne fait pas particulièrement envie. Il n’y a pas de plans qui marque, de moment original, de petites choses qui font monter l’impatience. Le pitch, par contre, si : dans une ville au fin fond de l’Alaska, on est au creux de l’hiver. Comme chaque année, le soleil va disparaître derrière l’horizon pendant trente longues journées. Les habitants se préparent passer une très longue période dans l’obscurité. C’est justement ce qu’attend une bande de vampires, qui a bien l’intention de s’en mettre plein la panse pendant 30 jours d’obscurité totale.
Le réalisateur David Slade est l’auteur du (à mon avis) surestimé Hard Candy. Un film intéressant, mais filmé maladroitement, en longue focale, dont on sentait que le monteur s’était retrouvé avec des morceaux manquants en post-production. Il a donc dû faire avec et bricoler. Un film au scénario équilibré, à l’interprétation plutôt intéressante, (même si Ellen Page risque vite de s’enfermer dans ses tics de jeu du type « j’écarte les bras pour exprimer la circonspection », ou « je lève les sourcils pour exprimer la désapprobation ». Nous verrons à la longue, notamment dans son Juno, apparemment de très bonne réputation.), mais un film sur lequel la réalisation n’avait que très peu d’efficacité.
MadMovies a littéralement pété un câble en voyant 30 jours de nuit. Ils clament partout que c’est du pur Carpenter, que la réalisation est extraordinaire, qu’ils ont trouvé le nouveau prodige du film d’horreur américain… que du bon, quoi ! Et ça fait envie ! Mais ne nous emballons pas : MadMovies n’est pas toujours le paragon du bon goût quand il s’agit de film d’horreur.
Ce qui est sûr, c’est que maintenant, j’attends un western. Pas au sens propre, mais une sorte de transposition, comme Carpenter l’a fait dans pratiquement tous ses films : appliquer les règles du western au genre horreur. Donc, il y aura baston. Et qui dit baston, dit Plein la gueule, hein ? Donc, ce film sera chroniqué dans ce blog.
L’acteur principal, Josh Hartnett n’est pas grandiose, mais il n’est pas non plus l’espèce de pièce à frotter fadasse que beaucoup de monde semble penser. C’est un acteur au physique un peu trop avantageux, qui semble du coup ne pas avoir de personnalité. Il a su prouver à mon sens qu’il était capable de faire vivre ses rôles à travers de petits détails, qui faisaient la différence. Notamment dans The faculty, Slevin, ou Hollywood homicide (je blague pour le dernier). Pourvu qu’il fasse un effort sur 30 jours de nuit !
2-L’attaque de la critique
Mais qu’est-ce que c’est que cette daube ?
Comment peut-on dire que ce réalisateur est le nouveau Carpenter ? Comment peut-on ne pas se sentir arnaqué par un métrage qui ne respecte jamais les engagements de son pitch ?
Beaucoup de questions, peu de réponses.
Commençons par le plus absurde : « une petite ville isolée ». « 30 jours de nuit ». « Une bande de vampires ». A ces trois seules expressions, on imagine la suite : les vampires vont assaillir la ville pendant les fameux trente jours, traquer les habitants jusqu’au dernier, même ceux qui arrivent à se cacher dans leur batcave ultrasecrète que personne l’a jamais vue et que même le maçon qui l’a fabriquée il est mort et enterré. Youpi, ça va dépoter, donc !
Résultat des courses : toutes les péripéties du films pourraient s’être déroulées sur une seule nuit ! Toutes ! Le seul indice du passage du temps est la maigre barbe qui pousse sur le menton idiot de l’acteur principal. A part ça, les personnages ne vivent absolument rien qui soit lié au passage du temps… ces gens, qui s’enferment dans les endroits les plus isolés du patelin et font le moins de bruit possible pour ne pas être repérés n’ont jamais, je dis bien JAMAIS, le moindre problème de survie de base : la bouffe, l’eau, le chauffage, tout ça, apparemment, c’est secondaire. Le seul truc qui compte, c’est les méchants vampires dehors. Alors pourquoi appeler ce film « 30 jours de nuit », hein ? Fallait l’appeler « la nuit où les vampire ont attaqué mon patelin pourri du fin fond de l’Alaska et ou ma barbe a poussé super vite », et le tour était joué !
Une arnaque, ce film.
Passons à la réalisation. David Slade ne fait malheureusement preuve d’aucune capacité particulière à situer son spectateur dans l’espace, ce qui est gênant lorsqu’on est sensé faire un film inspiré des codes du Western, qui impose de faire régulièrement l’état des forces en présence avant affrontement. Ceci dit, depuis Hard Candy, Slade s’est un peu amélioré… il filme beaucoup moins comme un clippeur… la longue focale est un peu moins son dada, et il cherche à être un peu plus près de ses acteurs. Mais d’un film à l’autre, on est obligé de se rendre à l’évidence : ce réal ne pense pas une seconde à son montage lorsqu’il tourne son film. Il ne doit pas visualiser son film, mais tourner en se disant qu’il s’arrangera au montage… Mais un monteur, même génial, ne peut pas faire de miracles.
Ainsi, le réalisateur n’hésite pas à nous faire subir une longue série d’ellipses temporelles toutes plus mal gérées les unes que les autres. La toute première était osée, ceci dit : elle m’a donné l’impression pendant une bonne dizaine de minutes qu’une bobine avait été omise par le projectionniste… on se serait cru dans Grindhouse… Les autres ellipses sont amenées maladroitement, sans fil conducteur, sans aucune habileté narrative, sans art du raccord… elles sont envoyées à la face du spectateur avec l’aide systématique d’un petit carton qui indique combien de jours sont passés depuis que la nuit est tombée.
Autre belle boulette de montage : vers la fin du film, (ATTENTION SPOILERS !!!) alors que presque tout le monde est mort et que les derniers survivants essaient de rejoindre la centrale électrique en passant sous les maisons… les personnages font le guet au bord de la rue principale du bled, et se mettent à discuter, et puis au bout d’une longue série de tirades, ils se rendent compte… qu’il y a un gamin au milieu de la rue ! oh ben ça alors ! oh ben ça ! Moi qui ais très peur de me faire bouffer par des vampires super puissants et super discrets depuis trois semaines, je suis même pas assez attentif pour voir un gamin marcher jusqu'au milieu de la rue ! Chuis con, quand même ! Ben ouais. C’est exactement ce qu’on pense à ce moment du film.
Les personnages ont des réactions complètement ridicules, juste nécessaires à leur élimination (je pense à ce grand-père qui veut absolument sortir de la maison dans laquelle il est réfugié pendant tout le film, qui finit par sortir à la fin, entraînant son fils dans son sillage. Son fils, qui ne peut pas moralement laisser son vieux mourir dans le froid ou mangé par des méchants vampires, ne trouve pas d’autre moyen pour chercher son pater dans le blizzard que de crier son nom, alors que ça fait au moins vingt jours qu’il est planqué dans un grenier à éviter de marcher, de parler ou de péter pour ne pas attirer l’attention ! Je veux bien qu’on se fasse du mouron pour son père, mais être con à ce point, c’est pas flatteur pour le scénariste.) (FIN DES SPOILERS). Ce ne sont que deux des nombreux exemples d’absurdité scénaristique qui parsèment le métrage… et qui lassent sérieusement le spectateur.
Du coup, j’ai relu le papier de MadMovies… je pensais avoir mal interprété leurs propos, mais non ! Pour eux, c’est vraiment un chef d’œuvre et un film digne de Carpenter ! Heureusement qu’il n’est pas mort, parce qu’il se retournerait dans sa tombe, le pauvre !
Ceci dit, il y a un tas de bonnes idées, dans ce film : le sacrifice shakespearien final, la petite ville plongée dans la neige, des vampires monstrueux, très éloignés de tout le romantisme dont on les charge habituellement, et… ces 30 jours de nuit. Si seulement ils avaient refilé le film à un vrai réalisateur ! Ç’aurait été un chef-d’œuvre. Au lieu de ça, c’est un tout petit film. Et c’est rageant. Mais comme l’explique bien Desert-cult, si le film m’a tant déçu, c’est parce qu’il créait des attentes. Et il est vrai que j’ai été moins déçu par Aliens vs Predator 2, juste parce j’ai eu droit à la grosse daube que je m’attendais à voir.
J’aurai probablement une opinion moins radicale lorsque je reverrai le film en vidéo…
Rendez vous donc pour la revanche de la critique… bientôt !





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