1- un nouvel espoir critique (02 mai 2008)
Voilà un film que j’irai voir uniquement par curiosité, et à cause des réalisateurs. Les acteurs ne me font absolument pas envie, les décors, les couleurs, l’esthétique générale, les costume, tout respire le kitsch horrible… pourtant, je suis curieux. Et je vais laisser aux frangins Waschowski le bénéfice du doute. Ils ont quand-même fait les Matrix et produit V for vendetta… ils méritent notre attention. Après tout, on pourrait avoir une bonne surprise !
Il n’y a pas que le kitsch de l’esthétique qui me gêne à vrai dire. Je n’ai jamais vu le dessin animé dont le film est adapté, mais apparemment, les frères W. cherchent à lui rester fidèle. Autant dans l’esthétique que dans les mouvements particulièrement fantaisistes dont la voiture est capable.La bande annonce nous en donne un échantillon représentatif particulièrement gratiné, et il faudra faire preuve d’une grande capacité à la suspension d’incrédulité pour accepter l’univers du film dans toute son originalité. Cela dit, si le dessin animé fait l’objet d’un culte, c’est qu’il a probablement quelques qualités (mais peut-être suis-je particulièrement naïf, là… il y a aussi un culte des chevaliers du zodiaque et de bioman…)
J’ai quand-même le sentiment que le film souffre du choix « tout numérique » : à part les acteurs, rien ou pas grand-chose n’est réel dans ses images. Et dans la bande-annonce du moins, ça se voit. Trop. Des voitures en synthèse qui volent, des pistes en synthèse, des ceci et des cela en synthèse… et les textures sautent quand même vachement aux yeux. Et puis au milieu de tout ce fatras numérique, il y a des têtes d’acteurs. Pas très convaincant.
Mais parfois, je suis un peu con, alors j’irai le voir quand-même.
Vous trouverez ici l’affiche teaser de Speed racer, en 3D (maintenez cliqué dessus et bougez votre souris droite-gauche-droite-gauche pour que ça marche).
2 - L'attaque de la critique (très en retard: 27 juillet 2008)
Speed Racer n’est pas l’hyper daube à laquelle on pouvait s’attendre, au vu des retours extrêmement négatifs que j’en avais eu avant, mais c’est un film qui pêche par excès.
Excès de guimauve, pour commencer : le couplet sur la famille unie qui lutte corps et âme contre les méchantes grandes corporations est louable vu que c’est un film produit par une major Hollywoodienne, mais c’est super lourdingue. Et ce n’est pas parce que nous sommes dans un film pour enfants qu’il faut leur faire subir ce genre d’idioties familiales.
Excès d’expérimentations visuelles ensuite : le film les pousse au-delà de celles du Hulk de Ang Lee. Mais à la place des split screens, on a des transitions par volets dont le volet est un personnage. L’idée est intéressante, mais sa surutilisation tout le long de l’histoire –y compris pendant les courses- est épuisante. Car elles finissent par supplanter l’intérêt qu’on porte aux bolides, d’autant que ces courses sont finalement assez peu tendues. Elles ne sont pas mal, mais les enjeux sont finalement peu perceptibles ; plus que ce que l’on en dit, et plus que la podrace de l’Episode I de star wars, mais on est rarement crispé sur le fauteuil, à accompagner notre héros dans ses péripéties.
Toutes les sous-intrigues sont cousues de fil blanc. Speed racer souffre du syndrome habituel du film familial : il confond jeunesse et connerie. A prendre sa cible pour une débile mentale à laquelle il faut tout expliquer, la cible ne vient plus voir le film.
Les Waschowski n’ont pas fait que des erreurs, tout de même : il y a dans Speed Racer quelques expérimentations très intéressantes sur le temps et l’espace qui se télescopent, notamment lors de la toute première course, où Speed, plus que se battre contre ses concurrents, fait la course avec le fantôme de son frère, dont il revit le calvaire.
Comme prévu, l’esthétique bonbonnière kitsch de l’ensemble avec ces couleurs vives qui se télescopent, le choix de l’irréalisme absolu dans tous les domaines de l’environnement des personnages et le jeu plus que raide des acteurs instaurent une distance dont on ne peut pas se départir facilement, même avec beaucoup de bonne volonté. On voit donc tout ça de loin, sans s’y intéresser, et on regarde beaucoup le paysage défiler.
Néanmoins, le film se laisse relativement voir, surtout parce qu’il y a trois grosses courses dans le film, qui dynamisent une histoire dont aucun des enjeux ne nous intéresse.
Mais définitivement, ce qui crispe le plus sur Speed Racer, c’est le choix du tout numérique. Car bien souvent les effets les plus simples (insérer une matte painting derrière les personnages filmés au préalable sur fond vert) sont mal faits, et l’on y sent l’artificialité et les différences d’éclairage. La plupart du temps, ils sont plus mal faits que ceux du fameux Star Wars épisode I, qui remonte pourtant à quelques années. Et les acteurs, bien qu’ils s’en soient défendus pendant toute la campagne promo, sont vraiment mauvais dès qu’il s’agit de jouer devant un fond vert, autrement dit pendant TOUT le tournage !
Speed Racer est donc un film que l’on voit, et qu’on oublie immédiatement. Pour une œuvre qui revendiquait de manière si criarde sa différence esthétique, on peut dire que c’est un gros échec.
Question : hormis l’esthétique kitschissime, qu’est-ce qui fait que les gens ne sont pas allés voir le film ? Pressent-on en voyant la bande annonce que le film est idiot ? Les gens ont eu un bon instinct sur celui-là.

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