Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

La critique c'est facile...  (Bousillages d'autres genres) posté le vendredi 18 juillet 2008 00:27

Etat de siège (Costa-Gavras, 1973)

Ce film très politique détaille de manière très minutieuse le basculement d’une République -qui n’est déjà plus démocratique que par le nom- en une dictature militaire. Par son emploi d’acteurs aux physiques communs (dont beaucoup ont fait carrière depuis, assez en tout cas pour que nous reconnaissions quelques têtes), d’un style de mise en scène documentaire (utilisation d’une voix off, caméra très mobile suivant de très près toutes les forces en présence), Costa-Gavras nous immerge volontairement dans un monde qui ressemble en tout point à notre quotidien. L’effroi n’en est que plus grand de voir à quel point les institutions peuvent être manipulées et retournées pour en arriver à un système fascisant. Costa-Gavras nous offre par ailleurs une leçon de mise en scène magistrale, notamment dans la mise en image : tout le long du film, il nous prouve par l’exemple qu’une mise en scène peut « faire » documentaire et être extrêmement dynamique sans avoir à constamment porter la caméra à l’épaule et à la secouer dans tous les sens. Il suffit de savoir jouer des mouvements de la caméra, des cadrages et des mouvements à l’intérieur de l’image. On n’échappe pas aux effets de zoom très à la mode dans les années 70, mais beaucoup de réalisateurs actuels auraient beaucoup à apprendre à revoir les films de Costa-Gavras, ne serais-ce qu’au niveau technique.

 

Coup d’éclat (After the sunset, Brett Ratner, 2005)

Ce film est extrêmement représentatif des limites de Ratner en tant que metteur en scène, mais aussi en tant qu’être humain. Je ne déteste pas tous ces films, et je lui reconnais suffisamment de capacités techniques pour pondre des films moyens. Car tout est moyen dans ce film : la lumière est souvent immonde, parfois pas mal, les acteurs sont en roue libre, s’amusent à cabotiner dans des registres qu’ils connaissent par cœur, et le réal s’amuse à nous concocter un véritable festival Salma Hayek : Salma Hayek  en maillot de bain, Salma Hayek  en T-shirt moulant, Salma Hayek  en robe de soirée, Salma Hayek  qui bricole un moteur de voiture et se penche bien bas pour nous montrer son décolleté, Salma Hayek  qui porte un petit haut à dos nus… L’humour est systématiquement ras les pâquerettes, pas au sens où seul un gros con peut vraiment s’amuser, mais au sens où les blagues sont moyennement marrantes, et moyennement assumées. Un malentendu sur l’homosexualité des deux personnages masculins principaux n’est par exemple traité ni de manière jusqu’au boutiste, ni de manière politiquement correcte. Il traite le gag de manière à ne choquer personne, tout en étant incapable de faire une blague un peu fine. On se retrouve donc avec un gag qui ne fait que vaguement sourire. A chaque fois pourtant, on comprend que les acteurs aient pu accepter de se prêter à ces gags sans rechigner… car tout est tellement innocent dans ce film : tout ce qui aurait pu être politiquement incorrect n’est pas soudain devenu politiquement incorrect, c’est entre les deux. Ce qui devait être légèrement provocateur ne l’est pas vraiment, ou les gags bassement idiot ne le sont pas. C’est très curieux de voir à quel point Ratner n’ose rien dans ce film, tout en se persuadant probablement qu’il ose un tas de trucs dingues. Coup d’éclat est un film de braquage à l’esprit Disney dont l’esprit serait un peu mal tourné. Du MacDonald’s filmique pur. Jamais provocateur, mais jamais intelligent non plus. Le vide. Un film moyen, donc, dans tous les sens du terme. Mais je suis obligé de reconnaître qu’à ce degré de légèreté, le film se laisse encore voir d’un œil. Ratner doit rester dans ce genre de projet, les Rush Hour et autres comédies d’action innocentes (apparemment, il va faire un Flic de Berverly Hills 4). C’est son créneau, et tant qu’il fait ça, il ne fera pas le remake de New York 1997 !

 

Les égarés (André Téchiné, 2003)

Avec Alice et Martin (1999), les égarés fait partie des films réputés mineurs de Téchiné. Reste qu’un film mineur de Téchiné est quand même bien plus intéressant à voir qu’un film majeur de Fabien Onteniente ! Dans cette histoire simple se déroulant pendant la deuxième guerre mondiale, Emmanuelle Béart incarne une maman en fuite cachant ses traumatismes derrière son agressivité, qui fait la rencontre d’un jeune homme cachant les siennes en étant toujours en mouvement. Incroyable de voir comme l’orfèvre Téchiné est capable de tresser une intrigue et des rapports entre des personnages à partir de rien. Un très joli film.

 

…Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 55)

Un film de facture très classique (chaque séquence se termine sagement par un fondu au noir, et les ellipses sont gentiment marquées par des fondus enchaînés), et je suis du coup très surpris de voir que certains font de ce film un précurseur de la nouvelle vague. Ceci dit, toute la luminosité sulfureuse de Brigitte Bardot éclate au long des séquences du métrage, et on comprend qu’elle soit instantanément devenue un sex-symbol international dès ce film. Il se veut un plaidoyer pour la liberté des femmes, mais il rentre quand même bien sagement dans les rangs à la fin. Ceci dit, un film de 1956 où dans la moitié des séquences on voit la culotte de l’héroïne, ça ne court pas les rues. Ce choix de mise en scène (dans ce film, c’en est un) montre tout l’aspect provocateur de l’entreprise à l’époque. Un film effectivement en avance sur son temps, à la fois sur la forme et le fond, mais dans les deux cas finalement un peu timidement. Probable que le contexte moral de l’époque ne permettait pas d’en faire plus.

 

Le promeneur du champ de Mars (Robert Guédiguian, 2005)

Film intéressant sur les derniers jours de Présidence de François Mitterrand, qui échange des points de vue sur sa vie politique avec son biographe. Le réalisateur retranscrit avec beaucoup de finesse l’art politique propre à tous les hommes du métier, à savoir éviter avec habileté de parler des sujets qui fâchent. Et Mitterrand, même à l’article de la mort, ne voulait pas évoquer l’épisode Bousquet malgré l’insistance de son Biographe. A travers ces discussions, Guédiguian dresse un portrait tout en nuance d’un monarque autorevendiqué, d’un homme qui a passé plus de quarante ans de sa vie à ne faire que conquérir le pouvoir, jusqu’à sa mort. Pour autant, le réalisateur fait preuve de nuance, et modère son propos dans un sens comme dans l’autre, se gardant bien d’être partisan ou opposant. Son film ressemble à un constat, mené de main de maître. Michel Bouquet est magistral comme d’habitude, et parfois fait peur, tant son autorité et son aura ressemblent à celles de Mitterrand. Jalil Lespert est très fade, comme d’habitude, on a envie de lui mettre des baffes pour qu’il se réveille. Mais le contraste entre les deux personnalités en est d’autant plus saisissant.

 

Ponette (Jacques Doillon, 1996)

Le film français évènement de 96, entièrement centré autour d’une petite fille de 4 ans, n’est pas la bombe d’émotions espérée. Oui, la gamine est souvent très spontanée. Oui, le film fait pleurer dans les chaumières. Mais finalement, pas tant que ça. Sa maman vient de mourir, et Ponette ne l’admet pas. Elle continue à lui parler malgré un entourage qui essaie de lui maintenir les pieds sur terre. Voilà le pitch. Doillon, obsédé par la sobriété de son film, fait en sorte de ne pas fabriquer un tire-larme putassier. C’est tout à son honneur. Cependant, il a tendance à s’enfoncer lourdement dans des interrogations religieuses qui n’en finissent pas, et qui, bien que légitimes, finissent par être redondantes. L’Athée que je suis n’a pas pu s’empêcher de voir chez cette petite fille l’allégorie de l’Homme qui ne peut pas faire autrement que d’entrer en religion pour ne pas avoir à affronter le vide de son existence devant sa mortalité. Ainsi, la mort expliquée aux enfants / humains en détresse devant la mort devient : « Jésus est mort, on a fermé sa tombe, mais malgré ça, et bien quand des gens son venus voir sa tombe, elle était ouverte parce qu’il était ressuscité. Il est revenu avec son corps, et tout. Un jour, tous les gens reviendront comme Jésus. Mais ça, on ne peut pas le décider nous même, c’est Dieu qui décide quand. » Discours rassurant, mais pour qui ? C’est un peu la question soulevée par le film, qui gagne en réflexion ce qu’il n’a finalement pas tant que ça en émotions.

 

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Les insoumis vont chevrotiner des gueules! (MIS A JOUR)  (Carnages critiques trilogiques) posté le lundi 14 juillet 2008 19:53

1-Un nouvel espoir critique (mai 2008)

L’affiche des insoumis est apparue pour la toute première fois pendant Cannes ; une affiche sombre, montrant des personnages aux gueules burinées, pas commodes et armés. A leur expression, on dirait qu'ils sentent la confrontation armée pointer le bout de son nez. Ils n'ont pas envie de s'y mettre, mais ils n’ont pas le choix : il va falloir en découdre.

Cette affiche suggère un programme à priori intéressant, donc !

La bande annonce du film de Claude Michel Rome, qui vient juste de sortir, donne encore un peu plus espoir, car elle confirme la direction prise par l'affiche : ça va chier. Ça ne sera pas le film du siècle, pour sûr, la lumière est un peu plate et le filmage ne paraît pas, à priori, casser trois pattes à un canard, mais ce n’est pas ce qu’on demande à un bon gros polar hardboiled.

Car ça a bien l’air d’être un bon gros polar hardboiled, ce film : l’histoire d’un flic (Richard Berry), apparemment revenu de tout, muté de force dans un commissariat du bout du monde, en pleine « zone de non droit », qui se découvre des collègues corrompus jusqu’à la moelle, et qui petit à petit remue la merde au nom de son éthique personnelle. La bande annonce nous laisse plus ou moins comprendre l’ensemble de la trame du film, y compris le grand finale, qui sera un bon vieux siège (le commissariat sera visiblement pris d’assaut par un gros tas de méchants). Ça peut paraître bizarre de tout dévoiler comme ça, mais à la réflexion c’est une bonne idée : c’est bien parce qu’il a l’air d’un bon gros western urbain que je vais aller le voir, ce film !

Un film de genre Français, qui plus est un peu burné, ça ne se refuse pas.

Rendez-vous le 11 juin pour la suite !

 

2-L'attaque de la critique (14 juillet 2008)

La réalisation est parfois un peu molle, et alors ? Le jeu des acteurs n’est pas toujours à la pointe, et alors ? Les scènes d’action ne sont pas toujours-toujours à la hauteur de ce que l’on était en droit d’attendre, et alors ?

J’ai pris mon pied en voyant ce film. Les insoumis est très exactement ce qu’il promet d’être lorsqu’on en voit la bande-annonce : un bon vieux polar à l’ancienne, avec son héros torturé revenu de tout, ses ripoux en demande de rédemption, son ambiance western du bout du monde, et ses méchants aux sales gueules. Richard Berry fait des merveilles en vieux flic peu loquace. Agissant comme un catalyseur sur la mauvaise conscience de ses collègues du commissariat, qui à son contact cherchent à retrouver ce qu’ils ont oubliés d’être depuis longtemps : de vrais flics. Rien de bien nouveau donc, on reste dans le polar classique.

La petite touche supplémentaire de ce film, c’est l’esthétique western. Pour le coup, ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère : le décor est une zone industrielle glauque et désertique,  les personnages utilisent leur bagnole comme les cow-boys leur cheval, le héros est un drifter, un type sans attache qui débarque dans un patelin isolé pour y rétablir la justice, le film se conclue sur un assaut digne (façon de parler) de Rio Bravo… et les hommes on un sens de l’honneur et de la rédemption qui ne démérite pas face à n’importe quel western. Je ne serais pas surpris si les américains avaient d’ici peu l’idée de faire un remake de ce film. Si c’était le cas, d’ailleurs, j’irais le voir sans hésiter : des variations sur ce thème là, je m’en farcis volontiers tous les jours !

On sent bien cependant que le réalisateur, Claude-Michel Rome, réalisateur de téléfilms, a voulu être un peu ambitieux, notamment avec ces scènes où l’on voit Berry discuter au téléphone avec une femme issue de son passé, qui nous révèle au compte-goutte des informations permettant de reconstituer le traumatisme de son personnage. On sent que le réal aurait aimé en faire une sorte de matérialisation de la conscience au travail du personnage, mais ça ne prend pas. Ça ne peut pas prendre : le reste du film est tourné comme un bon vieux Belmondo des années 80, on ne peut pas se plonger dans un état d’esprit maladroitement arty au beau milieu de ces saillies macho ! Pas grave. On ne peut pas tout avoir, et ce film n’était pas taillé pour être un chef-d’œuvre. Juste un bon film d’exploitation, et c’en est un !

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Phénomènes ? Ou pas. (MIS A JOUR)  (Carnages critiques trilogiques) posté le samedi 12 juillet 2008 14:11

1 Un nouvel espoir critique (3 juin 2008)

Dans un paysage cinématographique dont la moindre histoire est devenue prévisible, où les bande annonces dévoilent des mois à l’avance toutes les articulation des scénarios, et où l’idée même de la surprise semble vouloir être bannie du système marketing, M. Night Shyamalan fait un peu figure de messie. Car c’est bien le seul à encore chercher à garder au spectateur la sensation de mystère jusqu’au bout dans ses productions.

Alors, bien sûr, chez lui, la révélation passe par un twist final, qui est devenu pratiquement un cliché de sa filmographie. Bien sûr aussi, le réal, plus ou moins seul dans sa partie, a commencé il y a quelques années à réellement se prendre pour le messie du film à suspense, et ça (les studios, les journalistes, les critiques, et pas mal de spectateurs) c’est volontiers retourné contre lui. Bien sûr, ses films courent toujours en équilibre sur la très fine frontière qui sépare la croyance du ridicule, nommée « la suspension d’incrédulité ». Mais avec des films comme Sixième sens, Incassable, Signes et le village, qui tous survivent très bien à des revisionnages répétés (ce qui est rarement le cas des films à twist), Shyamalan a toute ma confiance. Bien sûr, la jeune fille de l’eau m’a moins enthousiasmé que ses autres films… mais on ne peut pas appeler ça un faux pas, car c’était un film de bonne tenue. L’apprécier relevait non pas d’un jugement objectif, mais purement subjectif.

La première critique de Phénomènes parue dans Ecranlarge est absolument assassine, bien qu’il y ait très peu de choses à lire si l’on ne veut pas se gâcher la surprise (le texte est rempli de spoilers). Mais le peu que j’en ai lu confirme que l’auteur de la critique n’a pas accepté la résolution de l’histoire, comme il n’avait pas accepté celle de Signes à l’époque : « trop tiré par les cheveux ». (Depuis, la critique a disparu du site pour une raison inconnue...) Et ben moi, bien qu’Athée, j’avais adoré le finale de Signes, qui du reste est l’un des films à suspense les mieux réalisés depuis… Hitchcock ? Soyons généreux, depuis Les dents de la mer. Je vais donner une chance à Phénomènes, parce que la bande annonce est terriblement attirante, glauque, remplie de possibilités dont on espère que Shyamalan sera capable de les développer.

 

2 L’attaque de la critique (12 juillet 2008)

J’ai pris un peu de retard sur les critiques trilogiques, occupé que j’étais à m’extasier ou m’esclaffer sur les films de Chuck Norris… mais depuis, j’ai vu Phénomènes, Speed Racer et les Insoumis. Il est temps de rattraper le temps perdu : commençons par Phénomènes.

La première moitié de Phénomènes est plutôt réussie, presque à la hauteur des meilleurs films de son auteur. Shyamalan fait graduellement monter la tension, et nous enserre dans une ambiance étrange qui ne veut pas nous lâcher. Les personnages sont mieux définis que ce qu’en disaient la plupart des critiques, et quoi qu’on en pense, Mark Wahlberg est plutôt crédible en prof de lycée. Il est plutôt bon, même. Ce n’est pas évident de se coltiner un rôle presque totalement passif, et de lui donner un peu de charisme. Il le fait. Les critiques américaines et certaines en France écrasaient Wahlberg en disant qu’il jouait comme un pied, mais je ne crois pas que ce soit sa faute. C’est la combinaison entre un personnage passif et la réalisation très répétitive de Shyamalan qui desservent son interprétation. En effet, le réalisateur fait régulièrement des gros plans sur lui regardant le hors-champ avec l’air inquiet et perdu. Au bout du quatrième ou cinquième plan identique, on commence forcément à avoir l’impression qu’il joue toujours pareil. Mais c’est pas sa faute! c’est son réal qui lui demande de toujours faire la même chose ! Il est étonnant de la part d’un réalisateur aussi scrupuleux que Shyamalan de tomber dans la répétition dans un même film, et c’est bien dommage. Mais ce n’est pas la plus grosse erreur qu’il ait commise sur Phénomènes.

Avoir casté Zooey Deschanel EST la pire erreur qu’il ait jamais faite : elle est et restera probablement dans ce film un exemple de ce qu’il faut faire pour acquérir le statut peu envié de pire actrice du monde. Je n’avais jamais vu une actrice être si fausse dans toutes les émotions qu’elle a à exprimer : elle roule les yeux sans arrêt, elle est en décalage constant avec les autres acteurs, elle pense à autre chose au lieu de jouer… cette fille est une vraie catastrophe imprimée sur pellicule. Un critique américain disait avec humour qu’elle donnait l’impression de s’être pris un camion en pleine gueule avant chaque prise. Pourtant, elle avait une présence intéressante en instit du personnage principal dans Le secret de Térabithia, mais avec sa contre-performance de Phénomènes, elle vient de mettre probablement définitivement fin à sa carrière d’actrice. Il paraît qu’elle fait de la musique, tant mieux pour elle : elle pourra faire autre chose de sa vie, elle ne nous manquera pas.

L’idée de personnages ayant peur de souffles de vent me plaît. Elle est très intéressante, mais au final pas très bien exploitée. Et évidemment, comme souvent chez  Shyamalan, la suspension d’incrédulité est sauvagement prise à partie, et cette fois elle y laisse quelques plumes : l’explication donnée au fait que les plantes s’attaquent aux humains lorsqu’ils sont en groupe d’un certain nombre minimum est un peu tirée par les cheveux.

Mais surtout, c’est la classification R (interdit aux enfants de moins de 17 ans non accompagnés) qui me pose problème : on sent bien que Shyamalan s’est poussé à faire un film gore, « avec du sang et tout »… mais il détourne quand même presque toujours la caméra de la violence, ou s’arrange pour que les gerbes de sang soient en image de synthèse mal foutues, ce qui neutralise vite l’angoisse ou le dégoût. L’ambivalence des scènes est donc étrange : il se détourne, mais il regarde le sang couler. J’ai du mal à trouver ça convaincant.

Mais je suis un peu chiant : au final, Phénomènes n’est pas l’immense merde immonde que prétend Ecranlarge. C’est un film moyen, qui commence bien, et qui finit un peu bizarrement, avec la pire actrice du monde dedans, mais avec un acteur qui fait ce qu’il peut pour rattraper le coup. Un film fantastique aux images frappantes, qui ne tient pas  tout à fait ses promesses.

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Diary of the dead - la retraite approche à grands pas  (Bousillages d'autres genres) posté le mardi 08 juillet 2008 08:48

Romero le disait dans une interview récente : Diary of the dead est l’occasion pour lui de redémarrer une franchise sur laquelle il aurait l’intégralité des droits, contrairement à sa quadrilogie des morts-vivants, dont la gestion des droits est devenue si complexe que ceux de la nuit des morts-vivants sont détenus par tout un tas de gens différents (on nous pond d'ailleurs une nouvelle édition de night of the living dead chaque année! la version colorisée, la version recadrée, la version soi-disant longue, la version uniquement en VF... il m'a fallu en acheter trois exemplaires différents avant d'en trouver une relativement fidèle à la version diffusée sur Arte il y a de cela une dizaine d'années). De là à penser que Diary of the dead n’est qu’une entreprise mercantile visant à assurer à son auteur une retraite confortable, il n’y a qu’un pas. Je ne le franchirai pas allègrement, mais force est de reconnaître que Diary of the dead est loin d’être un film intéressant. « film de bobines récupérées » ou « film youtube », à ce niveau de médiocrité, le genre du film n’a plus beaucoup d’importance. On a de toute façon encore et toujours les mêmes figures esthétiques qui reviennent éternellement, comme cette maudite shaky cam, la caméra « qu’il faut éteindre » mais qui reste allumée, etc.  Le réalisateur a quand même eu le bon goût de nous épargner les scènes filmées en infrarouge. Rien que pour ça, merci George !

Romero, comme à son habitude, approfondit son propos en mettant cette fois en abyme l’obsession et la superficialité du traitement de l’image dans notre société. L’intention est louable, mais Romero a quand même chaussé de très très gros sabots pour ce faire, et on l’entend venir de loin. L’histoire n’ayant aucune originalité (c’est le sempiternel « début d’épidémie », qu’on a dû revoir dix fois depuis trois ans), on espérait – j’espérais que Romero nous livre quelques séquences bien métaphoriques. Mais à part le passage de relais de l’obsession pour l’image et quelques savoureux moments où les caméramen se filment les uns les autres et filment des écrans de surveillance parce qu’ils n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent –mettant ainsi en abyme leur dépendance vis-à-vis de l’image, Diary of the dead ne titille pas beaucoup les neurones. Dommage.

Pensez en ce que vous voulez, mais cette mode récente du « film de bobines récupérées » semble de plus en plus un joli prétexte pour faire des films à petit budget dont l’image et les cadrages sont absolument dégueulasses, mais où c’est justifié parce que ce sont des conditions de reportage. Ça coûte moins cher (une prise ratée EST une prise réussie !), et ça fait immersif. En ce qui me concerne, ça ne marche plus depuis belle lurette, et ça commence sérieusement à me gonfler.

 

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Chuck contre l’Invasion des USA  (Monocritiques explosives) posté le mardi 01 juillet 2008 11:46

Jugez plutôt : un méchant russe défiguré gardant un souvenir traumatisé de sa dernière confrontation avec Chuck, décide d’organiser un débarquement Soviétique aux Etats-Unis et d’envahir le pays. Mais c’est sans compter avec Chuck, qui n’a pas dit son dernier mot…

Un pitch totalement improbable, un méchant caricatural, un héros indestructible et un alignement de scènes d’action toutes plus marrantes les unes que les autres, Invasion USA est sans conteste LE chef-d’œuvre de Chuck Norris. Sans rire : de tous les films avec lui que j’ai pu voir jusqu’à présent, c’est pour le moment le seul que je peux revoir avec plaisir. Ceci dit, je ne les ai pas encore tous vus… il y a peut-être d’autres perles dans sa filmo qu’il me faut encore découvrir.

Invasion USA est en tout cas très représentatif de la vague de héros d’action bodybuildés à la mode dans les années 80. Avec sa chemise grande ouverte, son jean moulant et son holster en cuir marron, Norris s’est créé un personnage-type dont je m’étonne encore qu’il ne l’ait pas repris dans une ou plusieurs suites. Pour le coup, je le regrette, car le film est plutôt bien foutu et ses punchlines sont particulièrement nombreuses et savoureuses. A voir évidemment en VF, pour profiter encore plus de l’immédiateté de ces phrases (d’autant que les traducteurs ont fait de très gros efforts pour rendre les textes spectaculaires).

Chuck n’a aucun point faible dans ce film ; c’est aussi ce qui en fait le charme, comme Schwarzenegger dans Commando (sorti la même année) : l’hypocrisie qui consiste à créer un suspense de courte durée en essayant de nous faire gober que le héros court un quelconque danger régulièrement dans le film, est totalement abandonnée. Le réalisateur se concentre donc sur la manière dont Chuck dessoude les méchants, rendant le film bien plus sincère dans sa démarche, et plus spectaculaire dans ses actions.

Jusqu’à nouvel ordre (peut-être le premier Delta Force ou les Porté Disparu me feront changer d’avis ?), Invasion USA (Joseph Zito, 1985) est le film de Chuck Norris qu’il faut voir. Je vous le recommande fortement.

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