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Petites critiques au coin du feu  (Bousillages d'autres genres) posté le mercredi 11 juin 2008 18:59

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L’ange exterminateur (Luis Buñuel, 1962)

Je ne suis pas familier de Buñuel. Pour une raison inconnue, j’hésite toujours à voir ses films… et pourtant, à chaque fois, quelle claque ! Celui-ci ne déroge pas à la règle, en nous montrant à travers son regard aiguisé la déchéance de la société par ses institutions les plus établies. Un film ancré dans son époque, celle de la lutte des classes, qui nous montre une bande de bourgeois incapables de sortir de la pièce où se déroule une réception. Pour une raison inconnue, ils ne peuvent pas sortir, et personne ne peut venir les aider. L’obstacle est psychologiquement insurmontable. Isolés, les bourgeois tentent un moment de maintenir les apparences avant de sombrer dans les pires bassesses individualistes. Métaphore intrigante, portrait au vitriol, surréalisme rampant, le film instaure un climat reconnaissable entre mille : c’est un film de Buñuel.

 

Raisons d’Etat (Robert de Niro, 2007)

Chef d’œuvre ! Pour sa deuxième réalisation, De Niro a fait un de ces films définitifs que beaucoup de réalisateurs de profession sont totalement incapables de pondre. Toute la grandeur de ce long-métrage est de prendre son temps, d’installer ses ambiances, ses personnages, et de les enliser petit à petit dans leur mode de vie secret. Raisons d’Etat est un film long (2h40), et il ne pouvait pas être plus court : pour dessiner le portrait d’un personnage qui épousera les combats secrets de son pays pendant 25 ans, il fallait prendre son temps. De Niro a la réputation de se couvrir énormément pendant ses tournage (ce qui lui fait prendre en général beaucoup de retard), et cela donne une identité filmique assez neutre à son métrage : on n’y sent pas une personnalité de réalisateur particulièrement affirmée. Cependant, le film reste un chef d’œuvre, car lorsque le générique défile, on a le sentiment que c’était la meilleure façon de raconter cette histoire. Car l’apparente neutralité de la mise en scène fait écho à l’apparente neutralité du personnage principal, et finit par participer de l’étrange impression d’étouffement qui prévaut à la fin de l’histoire.

 

Michael Clayton (Tony Gilroy, 2007)

Bof bof ! Devenu réalisateur, le scénariste des trois Bourne s’emmêle un peu les pieds dans son intrigue à tiroir, et oublie de dynamiser le récit de cet avocat surdoué (George Clooney), qui se voit confronté à un cas de conscience pour la première fois de sa carrière de redresseur de situations louches. La plus grande réussite de ce film est le personnage de la méchante, incarnée par Tilda Swinton, qui est très loin du bad guy caricatural faisant le mal parce qu’il est naturellement mauvais. La décrire comme une accro du boulot qui en arrive à prendre des décisions extrêmes pour préserver la cohérence de son œuvre au sein de sa boîte est une très bonne idée. Sinon, les décisionnaires sur ce film ont apparemment voulu rester « en deçà », c'est-à-dire ne mettre aucune information au dessus d’une autre afin d’accroître l’impression de réalisme, voire la confusion du spectateur. C’est la grande limite du film, qui entretient très difficilement son suspense. Dommage !

 

Universal soldier 2, le combat absolu (Mic Rogers, 1999)

Probablement la plus grosse bouse jamais tournée par Jean-Claude Van Damme. Et pour le coup, on passe un bon moment à regarder au vingt-cinquième degré cet espèce d’OVNI vidéo où tout le monde joue si faux qu’on croirait qu’ils font un concours de la plus grosse endive. L’action est atroce, le budget riquiqui, et Van Damme n’était visiblement pas encore sorti de ses problèmes de drogue. Très amusant.

 

REC (Paco Plaza, Jaume Balaguero, 2007)

J’ignore pourquoi tout le monde crie au chef-d’œuvre en parlant de ce film espagnol. Il y a des fulgurances de mise en scène, c’est sûr, mais les réalisateurs n’exploitent pas si bien que ça leur credo « film entièrement subjectif ». Ils ont trop souvent recours à des trucs éculés de films d’horreur (le gros sons pour appuyer les surprises, par exemple). Et puis on commence à avoir fait le tour de toutes les figures imaginables dans le cadre des films de « bobines récupérées » : la caméra posée par terre, l’opérateur à qui on demande d’éteindre la caméra mais qui ne l’éteint pas et filme des jambes qui parlent, les séquences en infrarouge…

Au final, REC est un film pas mal, sans plus. Il souffre du même problème qu’un Cloverfield (voir cet article) : il n’y a pas de mise en scène autre que celle cherchant à faire croire que la caméra est effectivement portée par ses personnages pendant tout le film. Un peu léger. J’attends quand même Diary of the dead de Romero, parce qu’avec un peu de chance, lui s’essaiera à la mise en scène dans ce genre très codifié qu’est le film de « bobine récupérée ».

 

Les parrains (Frédéric Forestier, 2005)

Voilà ce que devrait viser l’industrie du divertissement française ! (Encore que vu les scores du film au box office, je doute qu’ils aient envie de reproduire l’expérience). Et c’est dommage, car on retrouve dans ce film tout ce qui fait que le spectateur français va généralement plus facilement vers une comédie américaine que vers un film français. Un scénario malin et bien structuré, des personnages très bien définis, des acteurs au cordeau, et un filmage énergique. Cette histoire d’anciens braqueurs qui se retrouvent vingt ans plus tard pour organiser un nouveau braquage de bras cassé est un très bon film de divertissement à la française, pour peu qu’il en existe encore. Pas prétentieux pour un sou, mais pas désespérément con non plus. Un bon compromis.

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Tous les commentaires de l'article:
Petites critiques au coin du feu

  • hoke

    mer 11 fév 2009 21:30

    Et ben, je me demande bien où est passé le budget, parce que tout paraît avoir été filmé dans un vieil entrepôt avec de vieux accessoires de SF issus d'autres direct-to-video... m'enfin, je l'aime bien ce film. Y me fait bien marrer

  • jeremie

    sam 07 fév 2009 11:28

    cool ton blog , j'adore tes critiques !!!
    Pour info le budget de Universal Soldier 2 est comme de 35 M$ , et a l'arrivé de la belle serie B

  • Emile

    ven 13 jun 2008 13:56

    D'accord avec toi pour Rec, à mon avis très surestimé, on a la désagréable impression de voir un film d'horreur des plus classique sur lequel seul change la forme... Quasi toutes les scènes de flippe sont construite sur le mode de l'attente de la réaction des monstres (scène de l'enfant puis du monstre de fin). Mais ça reste un très bon film d'horreur selon moi

  • hoke

    jeu 12 jun 2008 09:55

    Tant mieux si Diary of the dead n'est pas un film de "bobines récupérées". Comme tu as pu le voir, je commence à me lasser des recettes de ce genre de film... je trouve quand même REC très surévalué. Cloverfield souffrait de personnages appartenant à un stéréotype de jeune américain bobo un peu emmerdant, mais pas plus que cette journaliste espagnole passant son temps à hurler. Et puis je ne digère pas que dans la scène du grenier, elle et le caméraman continuent à se parler en sachant qu'à quelques centimètres d'eux se trouve cet espèce de monstre... au moins, dans cloverfield, on avait le prétexte de la grosse SF et du gros budget pour admettre les (quelques) incohérence. Pour REC, le petit budget et la réputation du film laissait présager une peur viscérale, construite par touches successives, par ambiances, avec intelligence. Finalement, on n'a droit qu'aux habituelles recettes, agrémentées par un quasi-temps réel. c'est déjà pas mal, mais nous étions en droit d'attendre plus finaud. Ah, et quelqu'un pourrait m'expliquer pourquoi, pendant la première scène de panique dans la cage d'escaliers, le caméraman fait en permanence des zooms avant-arrière pendant dix minutes? Parce qu'à part le côté vomitif, je n'y ai vu aucun intérêt manifeste...

  • Janto

    jeu 12 jun 2008 08:39

    Diary of the dead n'est pas un "film de bobines récupérées" mais un "film youtube"

    Sinon Rec ne fait aucune mise en scène autre que nous faire croire à son postulat de base ? J'ai souvenir d'un paquet de moment réellement cinématographique (qui, à l'inverse de Cloverfield, ne faisaient pas sortir du film), et tous les éléments "vrais" comme la caméra laissée allumée, l'infrarouge, etc. étaient parfaitement utilisés dans la narration, et toujours justifié (pas comme Cloverfield qui usait et abusait d'ellipses temporelles et spatiales sorties d'on ne sait où, et toujours tiraillé entre la caméra gerbatoire "vraie" et la mise en scène spectaculaire).
    Je ne suis pas d'accord pour Rec donc.

  • hoke

    jeu 12 jun 2008 00:22

    C'est vrai... pas le même budget, et les mêmes recettes. Les espagnols sont donc très forts, ils sont juste sortis un peu tard en France. Pour dire la vérité, si j'avais vu ces films dans l'ordre inverse, j'aurais probablement plus aimé REC que Cloverfield. Reste qu'ils appliquent les mêmes recettes, et je ne trouve pas qu'il y ait plus de talent dans REC que dans Cloverfield. Plus de démerde, peut-être... mais ça ne me suffit plus. Je me demande bien ce qu'ils vont pouvoir inventer pour ne pas faire exactement la même chose avec REC 2, s'ils le font comme la rumeur semble le prétendre depuis quelques temps...

  • Stan Lubrick

    mer 11 jun 2008 21:47

    Petite remarque: REC n'avait pas le budget de Clovefield.
    Quant à Buñuel, grâce lui soit rendu d'avoir donné la VRAI recette du Martiny Dry (Le charme discret de la bourgeoisie)