L’ange exterminateur (Luis Buñuel, 1962)
Je ne suis pas familier de Buñuel. Pour une raison inconnue, j’hésite toujours à voir ses films… et pourtant, à chaque fois, quelle claque ! Celui-ci ne déroge pas à la règle, en nous montrant à travers son regard aiguisé la déchéance de la société par ses institutions les plus établies. Un film ancré dans son époque, celle de la lutte des classes, qui nous montre une bande de bourgeois incapables de sortir de la pièce où se déroule une réception. Pour une raison inconnue, ils ne peuvent pas sortir, et personne ne peut venir les aider. L’obstacle est psychologiquement insurmontable. Isolés, les bourgeois tentent un moment de maintenir les apparences avant de sombrer dans les pires bassesses individualistes. Métaphore intrigante, portrait au vitriol, surréalisme rampant, le film instaure un climat reconnaissable entre mille : c’est un film de Buñuel.
Raisons d’Etat (Robert de Niro, 2007)
Chef d’œuvre ! Pour sa deuxième réalisation, De Niro a fait un de ces films définitifs que beaucoup de réalisateurs de profession sont totalement incapables de pondre. Toute la grandeur de ce long-métrage est de prendre son temps, d’installer ses ambiances, ses personnages, et de les enliser petit à petit dans leur mode de vie secret. Raisons d’Etat est un film long (2h40), et il ne pouvait pas être plus court : pour dessiner le portrait d’un personnage qui épousera les combats secrets de son pays pendant 25 ans, il fallait prendre son temps. De Niro a la réputation de se couvrir énormément pendant ses tournage (ce qui lui fait prendre en général beaucoup de retard), et cela donne une identité filmique assez neutre à son métrage : on n’y sent pas une personnalité de réalisateur particulièrement affirmée. Cependant, le film reste un chef d’œuvre, car lorsque le générique défile, on a le sentiment que c’était la meilleure façon de raconter cette histoire. Car l’apparente neutralité de la mise en scène fait écho à l’apparente neutralité du personnage principal, et finit par participer de l’étrange impression d’étouffement qui prévaut à la fin de l’histoire.
Michael Clayton (Tony Gilroy, 2007)
Bof bof ! Devenu réalisateur, le scénariste des trois Bourne s’emmêle un peu les pieds dans son intrigue à tiroir, et oublie de dynamiser le récit de cet avocat surdoué (George Clooney), qui se voit confronté à un cas de conscience pour la première fois de sa carrière de redresseur de situations louches. La plus grande réussite de ce film est le personnage de la méchante, incarnée par Tilda Swinton, qui est très loin du bad guy caricatural faisant le mal parce qu’il est naturellement mauvais. La décrire comme une accro du boulot qui en arrive à prendre des décisions extrêmes pour préserver la cohérence de son œuvre au sein de sa boîte est une très bonne idée. Sinon, les décisionnaires sur ce film ont apparemment voulu rester « en deçà », c'est-à-dire ne mettre aucune information au dessus d’une autre afin d’accroître l’impression de réalisme, voire la confusion du spectateur. C’est la grande limite du film, qui entretient très difficilement son suspense. Dommage !
Universal soldier 2, le combat absolu (Mic Rogers, 1999)
Probablement la plus grosse bouse jamais tournée par Jean-Claude Van Damme. Et pour le coup, on passe un bon moment à regarder au vingt-cinquième degré cet espèce d’OVNI vidéo où tout le monde joue si faux qu’on croirait qu’ils font un concours de la plus grosse endive. L’action est atroce, le budget riquiqui, et Van Damme n’était visiblement pas encore sorti de ses problèmes de drogue. Très amusant.
REC (Paco Plaza, Jaume Balaguero, 2007)
J’ignore pourquoi tout le monde crie au chef-d’œuvre en parlant de ce film espagnol. Il y a des fulgurances de mise en scène, c’est sûr, mais les réalisateurs n’exploitent pas si bien que ça leur credo « film entièrement subjectif ». Ils ont trop souvent recours à des trucs éculés de films d’horreur (le gros sons pour appuyer les surprises, par exemple). Et puis on commence à avoir fait le tour de toutes les figures imaginables dans le cadre des films de « bobines récupérées » : la caméra posée par terre, l’opérateur à qui on demande d’éteindre la caméra mais qui ne l’éteint pas et filme des jambes qui parlent, les séquences en infrarouge…
Au final, REC est un film pas mal, sans plus. Il souffre du même problème qu’un Cloverfield (voir cet article) : il n’y a pas de mise en scène autre que celle cherchant à faire croire que la caméra est effectivement portée par ses personnages pendant tout le film. Un peu léger. J’attends quand même Diary of the dead de Romero, parce qu’avec un peu de chance, lui s’essaiera à la mise en scène dans ce genre très codifié qu’est le film de « bobine récupérée ».
Les parrains (Frédéric Forestier, 2005)
Voilà ce que devrait viser l’industrie du divertissement française ! (Encore que vu les scores du film au box office, je doute qu’ils aient envie de reproduire l’expérience). Et c’est dommage, car on retrouve dans ce film tout ce qui fait que le spectateur français va généralement plus facilement vers une comédie américaine que vers un film français. Un scénario malin et bien structuré, des personnages très bien définis, des acteurs au cordeau, et un filmage énergique. Cette histoire d’anciens braqueurs qui se retrouvent vingt ans plus tard pour organiser un nouveau braquage de bras cassé est un très bon film de divertissement à la française, pour peu qu’il en existe encore. Pas prétentieux pour un sou, mais pas désespérément con non plus. Un bon compromis.

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