Qui a aimé Kennedy et moi (Sam Karmann, 1999) ou Le mouton enragé de Michel Deville (1974) aimera le dernier film de Jean Becker, car le plaisir cathartique du visionnage est exactement le même. Dans Le mouton enragé, Jean-Louis Trintignant incarnait un personnage qui décidait du jour au lendemain de mettre de côté sa conscience, et commençait à faire tout ce qu’il n’osait pas faire jusqu’alors… il devenait une véritable bombe sociale, explosant toutes les strates de la petite société qui l’entourait. Un film absolument jouissif, autant que peut l’être Deux jours à tuer, où cette fois, c’est le personnage incarné par Albert Dupontel, qui pète un câble sans raison apparente, et pendant deux longues journées envoie joyeusement balader toutes les attaches sociales qu’il avait patiemment construites du haut de ses quarante deux ans. C’est peu de dire que l’effet est cathartique de voir Dupontel balayer son emploi et sa boîte d’un revers de la main, foutre en l’air son couple, cracher à la gueule de ses amis… voilà un film qui vous empêchera de taper sur le premier automobiliste venu qui vous aura tendu un doigt bien haut pour une raison quelconque. Il ne se limite cependant pas seulement à un alignement de scènes « comiques » (j’ai mis des guillemets parce que la teneur comique des séquences de destruction sociale sont probablement une question de point de vue). La grande réussite de Deux jours à tuer réside dans le talent du réalisateur à nous faire subir la douche écossaise : autant on rigole dans la première moitié du film, autant on pleure dans la deuxième partie. En découvrant lentement les raisons profondes du mal-être du personnage, Becker s’autorise quelques fausses pistes bien amenées, qui échelonnent les révélations et permettent d’entrer plus profond dans la psyché blessée de Dupontel, et provoquant une empathie bienvenue. La chute finale relativise peut-être un peu trop la révolte du personnage, mais on n’en a cure : ce film fait du bien. Il est d’ailleurs porté par un bon bouche à oreille, espérons qu’il fera un bon nombre d’entrées.
Pour finir, une remarque sur la mise en scène : Becker a abandonné ce qui faisait jusqu’à maintenant sa marque : un filmage extrêmement classique, pour ne pas dire parfois poussif (même s’il fonctionnait finalement très bien sur Les enfants du marais et Effroyables jardins), pour s’essayer à la caméra à l’épaule et une image pas toujours très nette. Plus dynamique, le film paraît du coup moins enfermé dans un écrin de mouvements de caméra parfaits comme ça avait pu être le cas dans certains de ses précédents films.
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