1 Un nouvel espoir critique (3 juin 2008)
Dans un paysage cinématographique dont la moindre histoire est devenue prévisible, où les bande annonces dévoilent des mois à l’avance toutes les articulation des scénarios, et où l’idée même de la surprise semble vouloir être bannie du système marketing, M. Night Shyamalan fait un peu figure de messie. Car c’est bien le seul à encore chercher à garder au spectateur la sensation de mystère jusqu’au bout dans ses productions.
Alors, bien sûr, chez lui, la révélation passe par un twist final, qui est devenu pratiquement un cliché de sa filmographie. Bien sûr aussi, le réal, plus ou moins seul dans sa partie, a commencé il y a quelques années à réellement se prendre pour le messie du film à suspense, et ça (les studios, les journalistes, les critiques, et pas mal de spectateurs) c’est volontiers retourné contre lui. Bien sûr, ses films courent toujours en équilibre sur la très fine frontière qui sépare la croyance du ridicule, nommée « la suspension d’incrédulité ». Mais avec des films comme Sixième sens, Incassable, Signes et le village, qui tous survivent très bien à des revisionnages répétés (ce qui est rarement le cas des films à twist), Shyamalan a toute ma confiance. Bien sûr, la jeune fille de l’eau m’a moins enthousiasmé que ses autres films… mais on ne peut pas appeler ça un faux pas, car c’était un film de bonne tenue. L’apprécier relevait non pas d’un jugement objectif, mais purement subjectif.
La première critique de Phénomènes parue dans Ecranlarge est absolument assassine, bien qu’il y ait très peu de choses à lire si l’on ne veut pas se gâcher la surprise (le texte est rempli de spoilers). Mais le peu que j’en ai lu confirme que l’auteur de la critique n’a pas accepté la résolution de l’histoire, comme il n’avait pas accepté celle de Signes à l’époque : « trop tiré par les cheveux ». (Depuis, la critique a disparu du site pour une raison inconnue...) Et ben moi, bien qu’Athée, j’avais adoré le finale de Signes, qui du reste est l’un des films à suspense les mieux réalisés depuis… Hitchcock ? Soyons généreux, depuis Les dents de la mer. Je vais donner une chance à Phénomènes, parce que la bande annonce est terriblement attirante, glauque, remplie de possibilités dont on espère que Shyamalan sera capable de les développer.
2 L’attaque de la critique (12 juillet 2008)
J’ai pris un peu de retard sur les critiques trilogiques, occupé que j’étais à m’extasier ou m’esclaffer sur les films de Chuck Norris… mais depuis, j’ai vu Phénomènes, Speed Racer et les Insoumis. Il est temps de rattraper le temps perdu : commençons par Phénomènes.
La première moitié de Phénomènes est plutôt réussie, presque à la hauteur des meilleurs films de son auteur. Shyamalan fait graduellement monter la tension, et nous enserre dans une ambiance étrange qui ne veut pas nous lâcher. Les personnages sont mieux définis que ce qu’en disaient la plupart des critiques, et quoi qu’on en pense, Mark Wahlberg est plutôt crédible en prof de lycée. Il est plutôt bon, même. Ce n’est pas évident de se coltiner un rôle presque totalement passif, et de lui donner un peu de charisme. Il le fait. Les critiques américaines et certaines en France écrasaient Wahlberg en disant qu’il jouait comme un pied, mais je ne crois pas que ce soit sa faute. C’est la combinaison entre un personnage passif et la réalisation très répétitive de Shyamalan qui desservent son interprétation. En effet, le réalisateur fait régulièrement des gros plans sur lui regardant le hors-champ avec l’air inquiet et perdu. Au bout du quatrième ou cinquième plan identique, on commence forcément à avoir l’impression qu’il joue toujours pareil. Mais c’est pas sa faute! c’est son réal qui lui demande de toujours faire la même chose ! Il est étonnant de la part d’un réalisateur aussi scrupuleux que Shyamalan de tomber dans la répétition dans un même film, et c’est bien dommage. Mais ce n’est pas la plus grosse erreur qu’il ait commise sur Phénomènes.
Avoir casté Zooey Deschanel EST la pire erreur qu’il ait jamais faite : elle est et restera probablement dans ce film un exemple de ce qu’il faut faire pour acquérir le statut peu envié de pire actrice du monde. Je n’avais jamais vu une actrice être si fausse dans toutes les émotions qu’elle a à exprimer : elle roule les yeux sans arrêt, elle est en décalage constant avec les autres acteurs, elle pense à autre chose au lieu de jouer… cette fille est une vraie catastrophe imprimée sur pellicule. Un critique américain disait avec humour qu’elle donnait l’impression de s’être pris un camion en pleine gueule avant chaque prise. Pourtant, elle avait une présence intéressante en instit du personnage principal dans Le secret de Térabithia, mais avec sa contre-performance de Phénomènes, elle vient de mettre probablement définitivement fin à sa carrière d’actrice. Il paraît qu’elle fait de la musique, tant mieux pour elle : elle pourra faire autre chose de sa vie, elle ne nous manquera pas.
L’idée de personnages ayant peur de souffles de vent me plaît. Elle est très intéressante, mais au final pas très bien exploitée. Et évidemment, comme souvent chez Shyamalan, la suspension d’incrédulité est sauvagement prise à partie, et cette fois elle y laisse quelques plumes : l’explication donnée au fait que les plantes s’attaquent aux humains lorsqu’ils sont en groupe d’un certain nombre minimum est un peu tirée par les cheveux.
Mais surtout, c’est la classification R (interdit aux enfants de moins de 17 ans non accompagnés) qui me pose problème : on sent bien que Shyamalan s’est poussé à faire un film gore, « avec du sang et tout »… mais il détourne quand même presque toujours la caméra de la violence, ou s’arrange pour que les gerbes de sang soient en image de synthèse mal foutues, ce qui neutralise vite l’angoisse ou le dégoût. L’ambivalence des scènes est donc étrange : il se détourne, mais il regarde le sang couler. J’ai du mal à trouver ça convaincant.
Mais je suis un peu chiant : au final, Phénomènes n’est pas l’immense merde immonde que prétend Ecranlarge. C’est un film moyen, qui commence bien, et qui finit un peu bizarrement, avec la pire actrice du monde dedans, mais avec un acteur qui fait ce qu’il peut pour rattraper le coup. Un film fantastique aux images frappantes, qui ne tient pas tout à fait ses promesses.
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