Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Petites critiques au coin du feu  (Bousillages d'autres genres) posté le mercredi 11 juin 2008 18:59

L’ange exterminateur (Luis Buñuel, 1962)

Je ne suis pas familier de Buñuel. Pour une raison inconnue, j’hésite toujours à voir ses films… et pourtant, à chaque fois, quelle claque ! Celui-ci ne déroge pas à la règle, en nous montrant à travers son regard aiguisé la déchéance de la société par ses institutions les plus établies. Un film ancré dans son époque, celle de la lutte des classes, qui nous montre une bande de bourgeois incapables de sortir de la pièce où se déroule une réception. Pour une raison inconnue, ils ne peuvent pas sortir, et personne ne peut venir les aider. L’obstacle est psychologiquement insurmontable. Isolés, les bourgeois tentent un moment de maintenir les apparences avant de sombrer dans les pires bassesses individualistes. Métaphore intrigante, portrait au vitriol, surréalisme rampant, le film instaure un climat reconnaissable entre mille : c’est un film de Buñuel.

 

Raisons d’Etat (Robert de Niro, 2007)

Chef d’œuvre ! Pour sa deuxième réalisation, De Niro a fait un de ces films définitifs que beaucoup de réalisateurs de profession sont totalement incapables de pondre. Toute la grandeur de ce long-métrage est de prendre son temps, d’installer ses ambiances, ses personnages, et de les enliser petit à petit dans leur mode de vie secret. Raisons d’Etat est un film long (2h40), et il ne pouvait pas être plus court : pour dessiner le portrait d’un personnage qui épousera les combats secrets de son pays pendant 25 ans, il fallait prendre son temps. De Niro a la réputation de se couvrir énormément pendant ses tournage (ce qui lui fait prendre en général beaucoup de retard), et cela donne une identité filmique assez neutre à son métrage : on n’y sent pas une personnalité de réalisateur particulièrement affirmée. Cependant, le film reste un chef d’œuvre, car lorsque le générique défile, on a le sentiment que c’était la meilleure façon de raconter cette histoire. Car l’apparente neutralité de la mise en scène fait écho à l’apparente neutralité du personnage principal, et finit par participer de l’étrange impression d’étouffement qui prévaut à la fin de l’histoire.

 

Michael Clayton (Tony Gilroy, 2007)

Bof bof ! Devenu réalisateur, le scénariste des trois Bourne s’emmêle un peu les pieds dans son intrigue à tiroir, et oublie de dynamiser le récit de cet avocat surdoué (George Clooney), qui se voit confronté à un cas de conscience pour la première fois de sa carrière de redresseur de situations louches. La plus grande réussite de ce film est le personnage de la méchante, incarnée par Tilda Swinton, qui est très loin du bad guy caricatural faisant le mal parce qu’il est naturellement mauvais. La décrire comme une accro du boulot qui en arrive à prendre des décisions extrêmes pour préserver la cohérence de son œuvre au sein de sa boîte est une très bonne idée. Sinon, les décisionnaires sur ce film ont apparemment voulu rester « en deçà », c'est-à-dire ne mettre aucune information au dessus d’une autre afin d’accroître l’impression de réalisme, voire la confusion du spectateur. C’est la grande limite du film, qui entretient très difficilement son suspense. Dommage !

 

Universal soldier 2, le combat absolu (Mic Rogers, 1999)

Probablement la plus grosse bouse jamais tournée par Jean-Claude Van Damme. Et pour le coup, on passe un bon moment à regarder au vingt-cinquième degré cet espèce d’OVNI vidéo où tout le monde joue si faux qu’on croirait qu’ils font un concours de la plus grosse endive. L’action est atroce, le budget riquiqui, et Van Damme n’était visiblement pas encore sorti de ses problèmes de drogue. Très amusant.

 

REC (Paco Plaza, Jaume Balaguero, 2007)

J’ignore pourquoi tout le monde crie au chef-d’œuvre en parlant de ce film espagnol. Il y a des fulgurances de mise en scène, c’est sûr, mais les réalisateurs n’exploitent pas si bien que ça leur credo « film entièrement subjectif ». Ils ont trop souvent recours à des trucs éculés de films d’horreur (le gros sons pour appuyer les surprises, par exemple). Et puis on commence à avoir fait le tour de toutes les figures imaginables dans le cadre des films de « bobines récupérées » : la caméra posée par terre, l’opérateur à qui on demande d’éteindre la caméra mais qui ne l’éteint pas et filme des jambes qui parlent, les séquences en infrarouge…

Au final, REC est un film pas mal, sans plus. Il souffre du même problème qu’un Cloverfield (voir cet article) : il n’y a pas de mise en scène autre que celle cherchant à faire croire que la caméra est effectivement portée par ses personnages pendant tout le film. Un peu léger. J’attends quand même Diary of the dead de Romero, parce qu’avec un peu de chance, lui s’essaiera à la mise en scène dans ce genre très codifié qu’est le film de « bobine récupérée ».

 

Les parrains (Frédéric Forestier, 2005)

Voilà ce que devrait viser l’industrie du divertissement française ! (Encore que vu les scores du film au box office, je doute qu’ils aient envie de reproduire l’expérience). Et c’est dommage, car on retrouve dans ce film tout ce qui fait que le spectateur français va généralement plus facilement vers une comédie américaine que vers un film français. Un scénario malin et bien structuré, des personnages très bien définis, des acteurs au cordeau, et un filmage énergique. Cette histoire d’anciens braqueurs qui se retrouvent vingt ans plus tard pour organiser un nouveau braquage de bras cassé est un très bon film de divertissement à la française, pour peu qu’il en existe encore. Pas prétentieux pour un sou, mais pas désespérément con non plus. Un bon compromis.

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Death Race - La course à la mort de W. Anderson  (Carnages critiques trilogiques) posté le samedi 07 juin 2008 11:03

Je déteste Paul W. Anderson. C’est le type qui a raté Soldier, mon plus grand regret des années 90. A chaque fois que je revois ce film (parce que je le revois de temps en temps, histoire de me faire mal, et parce que je suis un immense fan de Kurt Russell), je ne peux m’empêcher d’imaginer à quoi ressemblerait le film s’il avait été réalisé par un vrai metteur en scène. Russell en homme injecté dès sa plus tendre enfance dans un programme d’entraînement de supersoldats, n’ayant jamais connu autre chose que l’entraînement et la guerre, qui se retrouve jeté de son unité pour obsolescence, il y avait de quoi faire un chef d’œuvre centré sur son personnage d’homme brisé. Anderson s’est contenté de fabriquer un pauvre film de SF mal foutu, aux costumes et effets spéciaux ringards, et dont les seuls bons moments sont la scène d’introduction et le jeu de Russell, qui parvient à faire passer de manière inouïe les frustrations de son personnages par le regard, dans un rôle presque muet.

Je déteste Paul W. Anderson aussi parce qu’il n’a fait que des films moyens, voire pourris : Event Horizon, (que je trouve pourri, même si certaines personnes l’aiment), Mortal Kombat, Resident Evil, et le premier Alien Versus Predator, qui est l’une des plus grandes bouses SF sorties ces dernières années.

Je déteste Paul W. Anderson, parce que c’est lui qui est en charge du remake de Death Race 2000, de Paul Bartel, produit en 1975 par Roger Corman. Ce film, qui relate les aventures d’un coureur automobile nommé « Frankenstein », engagé sur une course à travers les Etats-Unis où tous les coups son permis pour gagner des points, y compris écraser des passants, est un petit chef d’œuvre de mauvais goût. Au début, Tom Cruise était impliqué dans le projet, puis il s’est désisté. Paul W. Anderson sur ce long-métrage, c’était la promesse d’un filmage relativement foireux, d’effets gores gentillets et d’un politiquement correct rampant…

Et effectivement : le scénario a été revu de manière à ce que le personnage principal ne s’engage pas volontairement dans la course, mais qu’il y soit obligé. Un point en moins. En plus de ça, la course ne se déroule pas à travers les USA, ni même au milieu du public, mais dans une piste, de grande taille, mais fermée. Deux points en moins. La première photo du film parue sur le net était assez ridicule, montrant une pauvre tête de Jason Statham mal intégrée avec Photoshop au volant d’un véhicule dont l’intérieur rappelait fortement Mad Max 2. Trois point en moins.

Et pourtant, de nouvelles photos du films viennent de sortir sur le net, et elles me font terriblement envie : le look des bagnoles, (voir la photo ci-dessus), l’aspect très clos de la piste et le côté vieux et rouillé de l’ensemble sonne juste. Dans une interview récente donnée à JoBlo.com, Paul W. Anderson explique que sa principale influence pour ce film était Mad Max 2, qu’il se refuse à mettre les moindres images de synthèse pour les voitures, et qu’il ne veut pas non plus mettre un seul ralenti dans tout le film. Malgré tout le mal que je pense du réalisateur, ses choix artistiques sur Death Race titillent sincèrement mon intérêt. Je ne devrais pas avoir espoir, parce que je suis presque sûr qu’il va être déçu… mais quand-même ! Et puis, j’ai une tendresse particulière pour Jason Statham, l’angliche qui a réussi à faire ce que Vin Diesel s’escrime à devenir depuis dix ans sans y arriver : être une action star crédible.

Paul W. Anderson a donc pris l’absolu contre-pied des frères Waschowski sur leur Speed Racer (ils ont fait le choix du tout-image de synthèse, des effets de ralenti en veux-tu en voilà, et un casting pour le moins… décalé). Speed Racer ayant lamentablement échoué tant artistiquement que financièrement aux USA, on imagine que ces choix vont valoir à Death Race un meilleur score que la catastrophe des Waschowski. Il ne reste qu’à espérer que le film mérite l’audience qu’il va avoir.

…et voilà que je me mets à avoir envie de voir le prochain film de Paul W. Anderson ! Je dois être malade !

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Medley de critiques  (Bousillages d'autres genres) posté le mardi 27 mai 2008 23:20

Voici quelques films parmi ceux que j'ai vu ce mois de mai, pour lesquels je suis incapable de faire une critique fouillée, mais qui méritent, en bien ou en mal, un petit papier.

 

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007)

En voilà un bon film ! Sa réputation de lenteur extrême n’est absolument pas méritée, car c’est un film très chargé en informations, mais qui prend son temps pour les délivrer. Le seul défaut que je peux lui attribuer, est cette voix off très ennuyeuse qui parcourt le film, et qui est la moitié du temps totalement redondante avec ce qui nous est dit à l’image. Brad Pitt et Casey Affleck méritent amplement leur prix d’interprétation. Andrew Dominik, le réalisateur, a eu la bonne idée d’utiliser à nouveau cette tristesse insondable qui se cache dans le fond du sourire de Brad Pitt, et que Redford avait pour la première fois mis à jour dans « … et au milieu coule une rivière ». Excellent film, très rare.

 

Stay (Marc Forster, 2005)

Tout du long, j’ai cru que ce film était une resucée bâtarde du Sixième sens. Au bout du compte, ce n’était pas le cas. Mais c’est un film inabouti quand même. Espérons que le prochain James Bond, Quantum of solace, du même réalisateur (Marc Forster), sera plus réussi. Le film parvient à créer une ambiance étrange grâce à des raccords tous plus étranges les uns que les autres, des cadrages bien tordus, et des couleurs changeantes. Mais au bout du compte, même si on sent que le scénario voulait nous titiller là où ça fait pleurer dans les chaumières, la scène finale est trop démonstrative, et manque peut-être de la sobriété qui nous aurait enfin permis d’entrer dans le film. Dommage.

 

Les neuf reines (Fabian Bielinsky, 2002)

Un film d’arnaqueur arnaqué comme on les aime… mais pas franchement à la hauteur de la réputation qu’il s’est taillé dans le petit monde de la critique. Un bon film, dont on sent quand même venir le twist final de très loin, tant le réalisateur insiste sur certaines caractéristiques des personnages principaux. Néanmoins une bonne surprise.

 

The condemned (Scott Wiper, 2007)

Une série B qui cherche, à tort, à péter plus haut que son cul. Sur la trame ultra rebattue du groupe de taulards envoyés sur une île pour s’entretuer jusqu’au dernier, le film aurait gagné à rester à sa place, c'est-à-dire dans la catégorie gros actioner bourrin sans cervelle. Car dès qu’il cherche à faire la morale à son spectateur, on sent que la matière grise ne suit pas, et ça devient ennuyeux, pontifiant et foncièrement idiot. Dommage ! Avec 15 minutes et tout le pensum « c’est pas bien ce qu’on fait merde, c’est pas moral » en moins, on aurait pu avoir un bon gros B.

 

Le scaphandre et le papillon (Julian Schnabel, 2007)

J’avais un peu peur de le voir, celui-la. Vu le sujet, je m’attendais à une déferlante de bons sentiments et à un concours de performances : à qui pleure le mieux, à qui joue le mieux l’handicapé lourd… et même sa très bonne réputation n’a pas réussi à m’ôter les doutes. Après tout, les oscars récompensent pratiquement toujours ce genre de performance, même quand elles sont particulièrement caricaturales… Et bien au bout du compte, ce film est une excellente surprise : tout en pudeur et en retenue, il n’abuse pas de flashes-back larmoyants sur le passé du personnage histoire d’alimenter une narration défaillante comme ça arrive souvent pour ce genre de film, mais se concentre au contraire sur le vécu au présent de cette âme prisonnière de son corps. Pour atteindre une telle simplicité, nul doute qu’il faut un grand talent et beaucoup de travail. Je maintiens cependant que donner le césar du meilleur acteur à Amalric pour sa performance est une injustice flagrante pour les autres acteurs qui concouraient l’année dernière. Il joue très bien son personnage, mais il n’a quand même pas beaucoup de variantes à exprimer sur son visage paralysé. Ça n’enlève pas son talent à jouer Bauby, mais bon…

 

Cleaner (Renny Harlin, 2008)

Le dernier Renny Harlin est un film noir un peu mollasson, mais il tient à peu près la route… le genre de film qu’on regarde en vidéo d’un œil, en faisant autre chose sans jamais avoir problème pour suivre l’intrigue… Au cinéma, on sent quand-même quelques longueurs. Samuel L. Jackson ronronne, le scénario est bien carré, façon thriller de studio (autrement dit au bout de dix minutes on sait qui est le méchant), l’image est soignée, la morale est sauve, mais on ne s’ennuie pas trop. Un point positif, quand même, c’est la musique, dont un motif en quatre notes qui revient régulièrement sur toute la longueur du film, diffusant un sentiment nostalgique d’une qualité étrangement élevée pour un film si peu ambitieux.

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Indy cristallisé  (Carnages critiques trilogiques) posté le vendredi 23 mai 2008 22:23

ATTENTION CET ARTICLE EST REMPLI DE SPOILERS – QUICONQUE TIENT A VOIR LE FILM SANS TROP EN CONNAÎTRE LES DETAILS DEVRAIT ATTENDRE D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE S’Y PLONGER

1) Un nouvel espoir critique (24 février 2008)

 Indiana Jones ! Cette fois c’est vrai, ce n’est plus une rumeur, on ne peut plus en douter : un quatrième film est en post-production ! La preuve : des bouts du prochain Indiana Jones sont diffusés sur le net en guise de teaser ! Quiconque, comme moi, a grandi avec le docteur Jones sait ce que ça signifie. Star Wars, c’était bien, d’accord, mais le héros, le vrai, l’unique, le seul, le chapeauté, c’était Indy. Faire un nouvel Indy après 20 ans, c’était quand même osé. Ceci dit, Stallone a fait la même chose avec ses deux héros fétiche, et il a super bien réussi. Donc pourquoi pas ? Harrison Ford presque grabataire à 65 balais qui fait des cascades encore plus virtuoses qu’au moment de sa splendeur dans les années 80 ? M’en fous, je prends ! Et la première bande annonce est terrible à ce niveau. Je ne l’ai vue qu’une fois, c’était un pauvre screener tremblant, filmé en biais sur un écran lointain, mais ce que j’y ai vu a suffi pour me rassurer. Ça va être une bombe ! Des machineries encore plus tordues que dans « les aventuriers… » des méchants encore plus machiavéliques et typés que dans « …le temple maudit », des cascades épiques, et des relations entre les personnages aussi fouillées que dans « …la dernière croisade » ? Voilà mon espoir. Sera-t-il exaucé ou Indy sera-t-il la seconde victime cristallisée par le revival 80’s après John McLane ? Nous le saurons le 21 mai. Ce qui est sûr, c’est que je ne verrai plus une seule bande annonce avant la sortie du film. Pour une fois, je veux me garder l’émerveillement de la surprise.

La bande-annonce ici!

2) L’attaque de la critique (23 mai 2008)

ATTENTION SPOILERS SUR TOUT LE RESTE DE L'ARTICLE!!!

Décidément, plus on tente de faire revivre les vieilles icônes 80’s, plus on se rend compte qu’elles font partie d’un passé révolu… finalement, parmi tous ces n°4 qui déferlent depuis quelques temps, seul Rambo s’en sera sorti avec les honneurs (en attendant le cinquième, qui risque du coup de devenir une purge sans nom, déplaçant le problème de quelques années).

Si j’ai l’air désespéré après ma séance d’Indy 4, c’est parce que j’ai le sentiment que Spielberg n’a plus tellement le cœur à l’ouvrage. Plusieurs fois pendant le film, il semble en effet être complètement à cours d’idées pour mettre en scène ses personnages. C’est une première pour le metteur en scène, et c’est triste que cela lui arrive pendant le tournage du nouvel Indiana Jones. A moins que ce ne soit le symptôme d’un changement radical d’état d’esprit, celui d’un homme passé au stade mature de sa créativité pendant les années 90, et qui ne peut plus totalement revenir en arrière, et régresser au stade d’entertainer génial - et peut-être un peu creux - qu’il était pendant les années 80. Il l’a dit lui-même en interview, il lui a fallu se replonger dans l’état d’esprit qui le guidait lorsqu’il faisait les premiers Indy dans les années 80 pour effectuer ce tournage. Autrement dit, il n’était plus impliqué corps et âme dans l’aventure, mais il était dans la distance.

Et cela se sent, assez souvent dans le film, malheureusement.

Les premières critiques ont stigmatisé beaucoup de choses sur Indy 4, et bien que j’ai essayé d’en lire le minimum, j’ai eu vent du rejet par certains de la thématique « années 50 », du nœud de l’intrigue reposant sur des extraterrestres, du trop plein d’action, ou au contraire pour d’autres du trop peu d’action. J’étais prêt pour tout, je m’attendais à tout, et de toutes façons, concernant Indy, j’étais plus où moins prêt à accepter toutes les aberrations scénaristiques possibles sans ciller. Mais je ne m’attendais pas, surtout de la part de Spielberg, à ce que le problème vienne de la réalisation.

Comme je le disais, au bout du compte, je n’ai rien contre la thématique années 50. Bien au contraire : Indy a vieilli, il a bourlingué dans tous les sens, et il est maintenant un vieux monsieur avec un passé écrasant. L’ambiance parano des années de guerre froide est dépeinte plutôt malicieusement, et ça rend un peu nostalgique de voir ce bon vieil archéologue n’être plus qu’un pion jetable dans la société américaine.

Par ailleurs, que l’intrigue tourne autour d’une relique extraterrestre en a choqué plus d’un, mais je l’accepte aussi bien volontiers, car l’intrication recherches archéologiques / découverte des extraterrestres est suffisamment bien amenée pour la rendre crédible dans le contexte de l’histoire.

Il y a aussi ce petit côté « Indiana Jones et sa petite famille partent à l’aventure » qui crispe pas mal de gens, ce que je comprends car on y perd beaucoup de l’aspect héroïque pur du personnage, mais qui ne me pose pas plus de problème que ça.

Ce qui me gêne beaucoup dans ce film par contre, c’est que la suspension d’incrédulité, qui a toujours été violemment mise à contribution par les précédents opus, est complètement mise à mal, et cela plusieurs fois, dans ce dernier film. Je suis peut-être pointilleux, mais l’épisode du frigo qui vole, rebondit mille fois et permet à Indy de survivre à l’explosion nucléaire m’a vraiment refroidi au début du film.

Puis vint la fin de cette séquence en voitures – sur laquelle je reviendrai plus tard – où Marion, qui conduit, choisit volontairement et contre l’avis d’Indy, de balancer le véhicule du haut d’une falaise directement sur un arbre, qui se courbe sous le poids de l’engin et les dépose délicatement dans l’eau. Ce moment, comme l’épisode du frigo, m’a choqué. Tout bêtement parce que j’ai beau accepter des milliards de choses fantaisistes dans un film comme celui-là, je ne crois pas une seconde que Marion puisse poser volontairement sa voiture sur un arbre. A la limite, si ça avait été involontaire…

Ajoutons aussi ce moment où Mutt, poussé en dehors du véhicule pendant la poursuite en bagnole, se retrouve instantanément à jouer à la perfection au tarzan, au point d’arriver, volontairement, à finir sa course sur le véhicule des méchants et de sauver ses amis in extremis. C’est trop facile, ça sonne faux. Ils ont vraiment l’air d’avoir bâclé ce moment…

Quiconque lit ce papier sans être fan d’Indiana Jones doit me croire fou de pinailler sur des chose pareilles, mais la saga était parfaite de ce point de vue depuis le début : il n’y avait jusqu’alors jamais eu de faute de goût de ce genre. Et c’est décevant d’en voir plusieurs dans le numéro 4.

L’autre grande déception, c’est que pour la première fois aussi, on s’ennuie un peu pendant certaines scènes. Notamment durant ces longs couloirs dialogués dans les sous-sol du cimetière où Indy et Mutt trouvent le crâne de cristal. Toutes ces explications plan-plan, qu’est-ce que c’est chiant ! Et on enchaîne immédiatement sur les scènes où Indy est attaché à une chaise, et où trois ou quatre personnages défilent les uns après les autres pour pratiquement expliquer leur fonction dans l’histoire ! Quelle platitude ! Spielberg, même dans ses pires films, n’a absolument jamais commis ce genre d’erreur de débutant.

Mais on connaît aussi Spielberg pour sa capacité à utiliser les effets spéciaux avec une habileté qui frise le génie, et nous étions en droit d’attendre de lui de nouvelles prouesses dans ce nouvel Indy. Loin s’en faut, encore ! Si tout va bien sur le début du film, les effets se dégradent petit à petit, et deviennent carrément ridicules à plusieurs reprises durant la poursuite en voiture. Comme traditionnellement, il arrive tout un tas de trucs les plus surréaliste aux personnages, et c’est souvent enlevé et marrant, mais il y a quantité de plans dans cette scène dont les surimpressions en arrière-plan sont carrément ri-di-cules ! Ces effets sont moins biens foutus que ceux qui furent utilisés pour la poursuite en wagon de la fin du temple maudit en 84, c’est dire ! Et c’est triste. Et ne parlons pas des scènes finales, totalement réalisées sur fond vert, à tel point qu’on se croirait dans l’un des nouveaux épidodes de Star Wars, voire parfois (horreur !) dans le Van Helsing de Stephen Sommers.

Ce film a des défauts, donc. C’est indéniable, c’est pas si grave pour certains, mais c’est le premier de la saga à en accuser d’aussi visibles, et ça fait franchement mal à la fibre du fan…

Ceci dit, Shia Laboeuf - Mutt Williams incarne un rebelle en carton assez génial, et c’est dommage qu’il soit réduit à faire tapisserie sur toute la fin du film.

Les scènes de début, dans l’entrepôt et tous les efforts faits pour décrire le changement radical d’ambiance dû à la guerre froide, sont très savoureuses… si seulement l’épisode du frigo avait été plus finement amené !

Et pour finir, le personnage d’Irina Spalko, la méchante principale, est très creux, ce qui est plutôt triste pour un film de cette trempe.

J’arrête là ma diatribe. Mon article n’est qu’une liste des défauts que j’ai pu relever au fil du visionnage… et le film n'est pas une purge, loin de là! C'est un film enlevé, bourré de péripéties, qui respecte son credo consistant à rendre hommage aux serials des années 40 jusque dans son utilisation foireuse des effets spéciaux, avec de vraies fulgurances de réalisation (tout le début en est bourré, et la série d'énigmes à résoudre à la toute fin est assez bonne également). Mais il déboulonne aussi mon mythe Spielberg, et ça, ça fait un peu mal.

Spielberg est devenu un réalisateur dont le film le plus commercial de ces dernières années est un film de science fiction pessimiste, radical et métaphorique (la guerre des mondes)… revenir soudainement à une forme de cinéma uniquement vouée à l’entertainment a visiblement été un exercice difficile, et la réadaptation ne s’est pas faite sans mal. Le plus grand mérite de Spielberg jusqu’à ce jour a été de parvenir, grâce au génie de sa mise en scène, à donner une assise réaliste à toutes les situations les plus insensées que l’on puisse imaginer. A ce jeu, même dans ses films les plus faibles, comme Always ou Hook, il restait un maître absolu. Pour la toute première fois de sa carrière, dans Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, il échoue dans ce domaine.

Spielberg aurait il perdu la main, comme certains se le demandent ?

J’espère que non. Mais pour la toute première fois à son sujet, j’ai peur pour la suite.

L’article est négatif, la déception est là, il a bien fallu que j’analyse d’où elle venait, mais je ne peux pas m’empêcher de l’aimer quand même, ce film. Car c’est un Indiana Jones, quoi qu’on en dise ! Il est juste moins parfait que les trois autres.

Nous verrons si je change d’opinion en revoyant le film en vidéo. Rendez-vous dans six mois pour la revanche de la critique !

 

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Rescue Dawn down  (Monocritiques explosives) posté le mercredi 21 mai 2008 13:16

Le nouveau Werner Herzog avec Christian Bale faisait baver…sur le papier. Pour ce film, Bale, fidèle à sa légende naissante d'acteur entièrement voué à son art, a encore perdu un gros paquet de kilos pour coller au parcours de ce pilote d’avion fait prisonnier au Laos qui  cherche à s’évader du camp où il est interné. Malgré l’inanité de la carrière de Werner Herzog depuis 15 ans, on pouvait s’attendre à une conjugaison de talents et à des étincelles, mais malheureusement l’acteur et le réalisateur ne se sont pas croisés pour le meilleur. L’absence de distribution cinéma du film aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais les distributeurs ne sont pas toujours les garants de l’absence de qualité des films qu’ils refusent de diffuser (voir cet article). L’espoir était encore permis.

Autant j’ai pu adorer l’utilisation du grand angle dans des films tels que Aguirre, la colère de Dieu ou Fitzcarraldo, (il plonge les personnages dans le décor, illustrant l’idée que l’homme perdu dans la nature, qui commet l’Hybris de se croire à la hauteur des dieux, est remis à sa place dans une punition que l’on peut qualifier de divine, mais qui n’est provoquée que par ses propres excès), autant dans Rescue Dawn, le grand angle systématique instaure une distance mal venue avec le personnage. En effet, ce film n’est pas, comme la plupart des films d’Herzog des années 80, une parabole sur la condition humaine, mais tout simplement l’histoire vraie d’un homme contraint à la survie, physique et mentale. Le grand angle fait étrangement exister la caméra à un point qu’il devient vite impossible de ne pas y penser. Le film n’étant pas un documentaire, il est difficile de ne pas se dire que ça n'est qu'un procédé pour « faire » documentaire. A cela s’ajoute le jeu étrangement désincarné de Bale, qui semble penser à autre chose pendant tout le film (à sa femme, restée en occident pendant la durée du film, peut-être ?). En tout cas, même s'il fait de splendides efforts pour manger de manière naturelle des vers de terre dans une scène située vers les deux tiers du film, mais ça ne prend pas vraiment. Car là encore, on sent le procédé, la « scène choc », le sacrifice de l’acteur à son art. C’est dommage, car c’est bien la première fois que j’ai l’impression de voir Christian Bale mal jouer dans un film. Espérons que ce sera la dernière fois.

Mais il y a quelques bons moments dans ce film, notamment la description de la (sur)vie quotidienne des personnages dans leur camp d’internement, et leurs relations. Ceci dit, dans ses interviews au moment de la pseudo-sortie ciné du film, Herzog expliquait que l’idée de ce film lui était venue tout naturellement alors qu’il tournait un documentaire (que je n’ai pas vu) sur le vrai Dieter Dengler. Dans l’interview, il racontait un tas d’anecdotes extrêmes sur la vie quotidienne des personnages comme le niveau de haine qu’ils pouvaient atteindre les uns pour les autres lorsqu’ils étaient attachés très longtemps ensemble, au point de vouloir s’entretuer. Herzog expliquait que Dengler était très pudique sur ces détails de son histoire, et il refusait d’en parler on camera. Le réalisateur disait vouloir rétablir ce pan de vérité en réalisant un film de fiction. Malheureusement, dans Rescue Dawn, point de moments extrêmes de ce genre. Et c’est probablement l’aspect le plus décevant du film : il ressemble au bout du compte à n’importe quel film où le héros se retrouve à un moment donné prisonnier dans un camp en Asie, à ceci près que le film entier y est consacré. On aurait aimé voir les situations limites se développer un peu plus que ce qu’on a déjà vu dans Rambo 4.

Rescue Dawn n’est pas un ratage, mais ce n’est pas un film réussi. Je suis le premier à le regretter. Apparemment, Herzog a maintenant pour projet de réaliser un remake de Bad Lieutenant, avec Nicolas Cage. On s’attend évidemment à ce que le film soit moins extrême que l’original ; il n’y a plus qu’à espérer qu’il ne soit pas timoré, comme l’est Rescue Dawn.

 

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