J'ai beau avoir fait des efforts, Guillermo Del Toro m'a toujours laissé un peu froid. A commencer par Cronos, la bête de festival, la révélation, le premier film d'un génie... dont je n'ai pas un souvenir transcendant. Tout au plus de bonnes idées, et un renouvellement intéressant de la mythologie vampirique. A part ça...
Mimic m'a laissé complètement froid, mais on sait que les producteurs se sont amusés à mettre des bâtons dans les roues de Guillermo, alors ce film compte pour rien.
Heureusement qu'il fit l'échine du diable, un film de fantôme capable d'harmoniser le fond et la forme de son récit à un tel niveau de perfection qu'il se place très haut dans la liste des chef d'oeuvres du cinéma d'horreur, aux côtés de the Thing et du plus récent The mist. Une perle.
Vint alors Blade 2 : trés intéressant par certains côtés (les reapers, les décors, la lumière, les extentions numériques sur certains plans de combat), il pêchait sérieusement par d'autres (le scénario, surtout). Le film ne délivrait qu'une partie du plaisir promis à cause de long tunnels scénaristiquement mous. Mais c'était un film de commande, alors ce n'était pas entièrement la faute de Del toro.
Suivit Hellboy, le film le plus désiré par son auteur. Donc le nôtre aussi. Un film dont tous les aspects esthétiques sont poussés à la perfection, mais dont le scénario accumule les tares, les clichés, les personnages caricaturaux et inutiles, et les situations mal amenées. Ma politique étant de toujours laisser au moins une seconde chance aux films bourrins pour me convaincre, je l'ai revu. Trois fois depuis 2003 (je suis persévérant pour ce genre de chose). A chaque fois, le même sentiment d'inabouti m'a assailli. Hellboy m'a fait exactement le même effet que les autres films de Del Toro, (à l'exception échine du diable près) : celui d'un pétard mouillé.
Enfin sortit le labyrinthe de pan, "son chef-d'oeuvre", à en croire les critiques du monde entier. Rebelote: je le vois, et je trouve ce film d'un ennui et d'une maladresse à faire pâlir le pire tâcheron ! Impossible de me connecter ne serait-ce qu'un instant à cette histoire caricaturale, voulant être un conte sans en avoir le souffle. Alors oui, les monstres sont superbes. Oui, la lumière est belle. Mais les monstres et la lumière, c'est comme les effets spéciaux: ça ne fait pas tout un film! Je n'en revenais pas que les gens puissent reprocher à tout un tas de films bourrins de n'être qu'un assemblage d'effets spéciaux et de bruitages, et ne pas voir que le labyrinthe de pan manquait exactement des mêmes ingrédients que les oeuvres qu'ils critiquent!
Le bilan n'est pas trés reluisant... J'ai fini par avoir l'impression que toutes les critiques positives émises sur Del Toro résultaient d'un effet de mode, qui finirait par se dégonfler comme une baudruche. A part l'échine du diable, aucun de ses films ne semblait mériter une passion particulière... Pourtant, de par le monde, la réputation du bonhomme allait grandissant. J'étais frustré de rester sur le bord de la route, et de pas être capable d'attraper ce train: Après tout, si le gros Guillermo était effectivement un bon réalisateur, je voulais en être conscient aussi, bordel! Alors j'ai encore revu Hellboy. Lors de ce quatrième visionnage, j'ai commencé à entrevoir ce qui faisait l'intérêt du film, cette imagerie particulière, cet amour immodéré pour les monstres et cet humour particulier qui font la marque de Del Toro. Et surtout, cette manière de filmer, très léchée, chorégraphiée, à des années lumières de ce qui se fait depuis 7 ou 8 ans dans le cinéma à grand spectacle, où l'on a fini par ne pratiquer que la caméra à l'épaule pour donner de l'énergie à l'image. Dans Hellboy, l'énergie vient de la capacité du réalisateur à sublimer son image par les mouvements qu'il lui imprime. Des mouvements tout ce qu'il y a de plus calculés, ce qui leur donne toute leur valeur. Restait que pour accepter ça, il a fallu que j'occulte les personnages secondaires ridicules et les nombreux clichés du scénario.
Et ben! Après toutes ces années d'incompréhension, il ne me restait plus qu'à aller voir Hellboy 2, qui était en passe de sortir. La bande annonce faisait terriblement envie, comme toutes les bandes annonces de tous les films de Del Toro. Mais je craignais tout de même n'avoir qu'une impression mi-figue, mi-raisin en sortant de la salle, comme à chaque fois.
Quelle ne fut pas ma surprise! C'est bien simple: j'ai vu Hellboy2 avec un sourire jusqu'aux oreilles, de la première à la dernière minute! L'impression de voir LE chef d'oeuvre méconnu de l'année! Une capacité inédite à mélanger de manière harmonieuse le développement des personnages et les scènes d'action over-the-top! Une galerie de monstres totalement fascinante! La liste des qualités de ce film est difficile à tenir tellement il contient de belles choses. L'utilisation parcimonieuse des effets spéciaux numériques au profit des effets de plateau donne une authenticité à ces monstres que l'on n'avait pas vue depuis longtemps au cinéma. Le sens du spectacle et de la chorégraphie de Del Toro explose à toutes les séquences, pour culminer dans la grosse baston finale contre la fameuse légion d'or. Et surtout, bien plus que dans tous ses autres films à mon avis, Guillermo fait preuve d'un sens du merveilleux absolument fascinant, qui vous emporte dès la scène d'introduction.
Hellboy 2 a réussi l'exploit de me réconcilier avec le bonhomme: Guillermo Del Toro est un très grand réalisateur, il me l'a prouvé avec cet opus. Il est en ce moment en pleine possession de ses moyens, il ne reste plus qu'à espérer que cela dure longtemps. En tout cas, ça augure du meilleur pour "The hobbit". Espérons que le réalisateur soit dans la même phase que John Carpenter au début des années 80, qui nous alignait deux chef d'oeuvres absolus d'affilée (Escape from new york et The thing). Pour ma part, je rêve d'un troisième Hellboy, surtout s'il développe la sous intrigue de la fin des temps, annoncée au cours d'une savoureuse scène de l'opus 2008.
Mais je ne reverrai pas Le labyrinthe de pan avant un bail. Faut pas pousser, quand même.
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