Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

30 jours de flop  (Carnages critiques trilogiques) posté le vendredi 18 avril 2008 18:44

Voici un article posté très en retard par rapport à la date de visionnage du film. Il traînait sur mon bureau, inachevé, et je n'étais pas très motivé à l'idée de le finir... jusqu'à aujourd'hui.

1-Un nouvel espoir critique

La bande annonce de 30 jours de nuit ne fait pas particulièrement envie. Il n’y a pas de plans qui marque, de moment original, de petites choses qui font monter l’impatience. Le pitch, par contre, si : dans une ville au fin fond de l’Alaska, on est au creux de l’hiver. Comme chaque année, le soleil va disparaître derrière l’horizon pendant trente longues journées. Les habitants se préparent passer une très longue période dans l’obscurité. C’est justement ce qu’attend une bande de vampires, qui a bien l’intention de s’en mettre plein la panse pendant 30 jours d’obscurité totale.

Le réalisateur David Slade est l’auteur du (à mon avis) surestimé Hard Candy. Un film intéressant, mais filmé maladroitement, en longue focale, dont on sentait que le monteur s’était retrouvé avec des morceaux manquants en post-production. Il a donc dû faire avec et bricoler. Un film au scénario équilibré, à l’interprétation plutôt intéressante, (même si Ellen Page risque vite de s’enfermer dans ses tics de jeu du type « j’écarte les bras pour exprimer la circonspection », ou « je lève les sourcils pour exprimer la désapprobation ». Nous verrons à la longue, notamment dans son Juno, apparemment de très bonne réputation.), mais un film sur lequel la réalisation n’avait que très peu d’efficacité.

MadMovies a littéralement pété un câble en voyant 30 jours de nuit. Ils clament partout que c’est du pur Carpenter, que la réalisation est extraordinaire, qu’ils ont trouvé le nouveau prodige du film d’horreur américain… que du bon, quoi ! Et ça fait envie ! Mais ne nous emballons pas : MadMovies n’est pas toujours le paragon du bon goût quand il s’agit de film d’horreur.

Ce qui est sûr, c’est que maintenant, j’attends un western. Pas au sens propre, mais une sorte de transposition, comme Carpenter l’a fait dans pratiquement tous ses films : appliquer les règles du western au genre horreur. Donc, il y aura baston. Et qui dit baston, dit Plein la gueule, hein ? Donc, ce film sera chroniqué dans ce blog.

L’acteur principal, Josh Hartnett n’est pas grandiose, mais il n’est pas non plus l’espèce de pièce à frotter fadasse que beaucoup de monde semble penser. C’est un acteur au physique un peu trop avantageux, qui semble du coup ne pas avoir de personnalité. Il a su prouver à mon sens qu’il était capable de faire vivre ses rôles à travers de petits détails, qui faisaient la différence. Notamment dans The faculty, Slevin, ou Hollywood homicide (je blague pour le dernier). Pourvu qu’il fasse un effort sur 30 jours de nuit !

 

2-L’attaque de la critique

Mais qu’est-ce que c’est que cette daube ?

Comment peut-on dire que ce réalisateur est le nouveau Carpenter ? Comment peut-on ne pas se sentir arnaqué par un métrage qui ne respecte jamais les engagements de son pitch ?

Beaucoup de questions, peu de réponses.

Commençons par le plus absurde : « une petite ville isolée ». « 30 jours de nuit ». « Une bande de vampires ». A ces trois seules expressions, on imagine la suite : les vampires vont assaillir la ville pendant les fameux trente jours, traquer les habitants jusqu’au dernier, même ceux qui arrivent à se cacher dans leur batcave ultrasecrète que personne l’a jamais vue et que même le maçon qui l’a fabriquée il est mort et enterré. Youpi, ça va dépoter, donc !

Résultat des courses : toutes les péripéties du films pourraient s’être déroulées sur une seule nuit ! Toutes ! Le seul indice du passage du temps est la maigre barbe qui pousse sur le menton idiot de l’acteur principal. A part ça, les personnages ne vivent absolument rien qui soit lié au passage du temps… ces gens, qui s’enferment dans les endroits les plus isolés du patelin et font le moins de bruit possible pour ne pas être repérés n’ont jamais, je dis bien JAMAIS, le moindre problème de survie de base : la bouffe, l’eau, le chauffage, tout ça, apparemment, c’est secondaire. Le seul truc qui compte, c’est les méchants vampires dehors. Alors pourquoi appeler ce film « 30 jours de nuit », hein ? Fallait l’appeler « la nuit où les vampire ont attaqué mon patelin pourri du fin fond de l’Alaska et ou ma barbe a poussé super vite », et le tour était joué !

Une arnaque, ce film.

Passons à la réalisation. David Slade ne fait malheureusement preuve d’aucune capacité particulière à situer son spectateur dans l’espace, ce qui est gênant lorsqu’on est sensé faire un film inspiré des codes du Western, qui impose de faire  régulièrement l’état des forces en présence avant affrontement. Ceci dit, depuis Hard Candy, Slade s’est un peu amélioré… il filme beaucoup moins comme un clippeur… la longue focale est un peu moins son dada, et il cherche à être un peu plus près de ses acteurs. Mais d’un film à l’autre, on est obligé de se rendre à l’évidence : ce réal ne pense pas une seconde à son montage lorsqu’il tourne son film. Il ne doit pas visualiser son film, mais tourner en se disant qu’il s’arrangera au montage…  Mais un monteur, même génial, ne peut pas faire de miracles.

Ainsi, le réalisateur n’hésite pas à nous faire subir une longue série d’ellipses temporelles toutes plus mal gérées les unes que les autres. La toute première était osée, ceci dit : elle m’a donné l’impression pendant une bonne dizaine de minutes qu’une bobine avait été omise par le projectionniste… on se serait cru dans Grindhouse… Les autres ellipses sont amenées maladroitement, sans fil conducteur, sans aucune habileté narrative, sans art du raccord… elles sont envoyées à la face du spectateur avec l’aide systématique d’un petit carton qui indique combien de jours sont passés depuis que la nuit est tombée.

Autre belle boulette de montage : vers la fin du film, (ATTENTION SPOILERS !!!) alors que presque tout le monde est mort et que les derniers survivants essaient de rejoindre la centrale électrique en passant sous les maisons… les personnages font le guet au bord de la rue principale du bled, et se mettent à discuter, et puis au bout d’une longue série de tirades, ils se rendent compte… qu’il y a un gamin au milieu de la rue ! oh ben ça alors ! oh ben ça ! Moi qui ais très peur de me faire bouffer par des vampires super puissants et super discrets depuis trois semaines, je suis même pas assez attentif pour voir un gamin marcher jusqu'au milieu de la rue ! Chuis con, quand même ! Ben ouais. C’est exactement ce qu’on pense à ce moment du film.

Les personnages ont des réactions complètement ridicules, juste nécessaires à leur élimination (je pense à ce grand-père qui veut absolument sortir de la maison dans laquelle il est réfugié pendant tout le film, qui finit par sortir à la fin, entraînant son fils dans son sillage. Son fils, qui ne peut pas moralement laisser son vieux mourir dans le froid ou mangé par des méchants vampires, ne trouve pas d’autre moyen pour chercher son pater dans le blizzard que de crier son nom, alors que ça fait au moins vingt jours qu’il est planqué dans un grenier à éviter de marcher, de parler ou de péter pour ne pas attirer l’attention ! Je veux bien qu’on se fasse du mouron pour son père, mais être con à ce point, c’est pas flatteur pour le scénariste.)  (FIN DES SPOILERS). Ce ne sont que deux des nombreux exemples d’absurdité scénaristique qui parsèment le métrage… et qui lassent sérieusement le spectateur.

Du coup, j’ai relu le papier de MadMovies… je pensais avoir mal interprété leurs propos, mais non ! Pour eux, c’est vraiment un chef d’œuvre et un film digne de Carpenter ! Heureusement qu’il n’est pas mort, parce qu’il se retournerait dans sa tombe, le pauvre !

Ceci dit, il y a un tas de bonnes idées, dans ce film : le sacrifice shakespearien final, la petite ville plongée dans la neige, des vampires monstrueux, très éloignés de tout le romantisme dont on les charge habituellement, et… ces 30 jours de nuit. Si seulement ils avaient refilé le film à un vrai réalisateur ! Ç’aurait été un chef-d’œuvre. Au lieu de ça, c’est un tout petit film. Et c’est rageant. Mais comme l’explique bien Desert-cult, si le film m’a tant déçu, c’est parce qu’il créait des attentes. Et il est vrai que j’ai été moins déçu par Aliens vs Predator 2, juste parce j’ai eu droit à la grosse daube que je m’attendais à voir.

J’aurai probablement une opinion moins radicale lorsque je reverrai le film en vidéo…

 

Rendez vous donc pour la revanche de la critique… bientôt !

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Un Destin tout tracé  (Bousillages d'autres genres) posté le mercredi 16 avril 2008 11:42

(Cet article a été originellement écrit dans le cadre des "points d'actu" du portail internet de la bibliothèque Part-Dieu. Vous pouvez le retrouver ici.)

Harold Crick est un inspecteur des impôts dont la vie est réglée au nombre de coups de brosse à dents près. Il connaît par exemple par cœur le nombre de pas qui séparent sa porte d’entrée de l’arrêt de bus le plus proche. Son quotidien monotone est seulement ponctué par les micro-évènements de son lieu de travail. Un jour, sans raison particulière, il commence à entendre une voix intérieure, qui n’est autre que la voix de la narratrice de son existence. Stupéfait, Harold enquête et découvre qu’il est le héros d’un roman écrit par cette narratrice, et qu’il est condamné à mourir à la fin de l’ouvrage. Déstabilisé par la découverte de sa mortalité imminente, il commence à faire des choses auxquelles il n’est pas habitué. De fil en aiguille, il finit par avoir une vie intéressante, qu’il se refuse à abandonner. Il se met en quête de l’auteur de son existence pour négocier un délai.

A travers cet étrange destin, c’est de la condition humaine que le film parle. Et surtout de l’attitude de l’Homme face à elle : Harold se découvre mortel, et comme n’importe qui à ce moment là, il cherche à donner un sens à une existence jusqu’alors insignifiante. Il le trouve dans la recherche du bonheur, mais sa mortalité le rattrape, puisqu’elle est inexorable.

Tout se joue alors dans la recherche de son créateur. Il le trouve en consultant une sorte de gourou de la littérature, et découvre rapidement que son existence n’aura de sens réel  -c’est à dire valeur exemplaire- que s’il accepte sa mortalité. Harold renonce donc à négocier du temps de vie supplémentaire, et consent donc au sacrifice, conscient maintenant de l’importance de son existence.

C’est donc à une histoire imprégnée des valeurs de la morale chrétienne que nous assistons, même s’il n’est jamais iconiquement fait allusion à une quelconque religion dans tout le film. Elle transpire tout de même lorsque l’étrange destin d’Harold se révèle être de représenter l’humain dans toutes ses carences, mais aussi dans sa capacité à se sublimer. Il est voué à chercher à sauver ses semblables en devenant un exemple, et à travers cet acte à se sauver lui-même.

Mark Forster a la délicatesse de ne pas marteler l’esprit du spectateur avec des convictions religieuses, et nous livre l’air de rien une jolie réflexion existentielle sous l’apparence d’une comédie. La parabole religieuse ne prend de sens que dans la mesure où Harold ne parvient pas, sans se trouver un créateur, à trouver une signification à son existence. Par certains côtés d’ailleurs, la quête du personnage fait penser à celle des réplicants en cavale dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982). Servie par des acteurs au diapason, et notamment un Will Ferrell très sobre, à des années lumières de ses personnages baroques habituels, l'incroyable destin de Harold Crick mérite mieux que l’indifférence polie qui lui avait été réservée lors de sa sortie en 2005.

 

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La brigade surprise  (Monocritiques explosives) posté le jeudi 10 avril 2008 21:30

(Cet article a été originellement écrit dans le cadre des "points d'actu" du portail internet de la bibliothèque de la Part-Dieu. Vous pouvez le trouver ici)

La stratégie promotionnelle des Brigades du tigre faisait un peu peur, avec notamment l’emblème du film, cette tête de tigre crinière au vent en métal argenté. Ça sentait le film concept à plein nez, façon Independance day et son « ID4 », ou du Le guide du voyageur galactique et son « H2G2 ».  D’autant que Jérôme Cornuau n’avait jusqu'à lors aucun bon film à son actif. Mais l’exception confirme la règle, et avec son dernier film, le réalisateur a enfanté une petite perle.

Contre toute attente, il nous a livré un film extrêmement sobre, dont la mise en scène s’efface intelligemment derrière le scénario, et dont l’interprétation, délivrée par un casting hétéroclite, est solide à tous les niveaux.

La première moitié des Brigades du Tigre est une prouesse scénaristique, qu’il fallait avoir l’intelligence de reconnaître pour la mettre en valeur. Plus qu’une reconstitution historique, le scénariste a fait le choix indiscutablement malin de retranscrire sous forme de condensé la situation historico-politique du début du 20e Siècle. Les progrès technologiques s’accélèrent, et certaines nouveautés majeures commencent à pointer le bout de leur nez, comme l’automobile, les pistolets automatiques. La police de l’époque commence à s’adapter à une nouvelle forme de criminalité organisée, en se structurant elle-même en brigades. Les tensions politiques, les accords financiers, les alliances internationales comme la triple entente sont en cours de négociation. Dans ce contexte agité qui mènera inexorablement à l’éclatement de la première guerre mondiale naît la fameuse Brigade du Tigre, dont on voit les premiers membres se faire recruter par le personnage de Clovis Cornillac. Alors que l’équipe se constitue et commence à s’entraîner, le contexte social et politique est brossé avec la même agilité scénaristique que celle déployée par Steven Zaillan et Jay Cocks sur Gangs of New York (Martin Scorsese, 2002). Un savant mélange entre la petite histoire et la grande, qui mixe en les romançant la chasse de la Bande à Bonnot et la corruption liée aux emprunts Russes, tout en développant des intrigues secondaires racontant les histoires personnelles de chaque personnage.

Le pivot dramatique central marque, et c’est dommage, la fin de cet impressionnant foisonnement d’informations. Mais il le fait de manière magistrale, puisqu’il met en abyme le principe du film : mélanger la réalité historique et la fiction pour en démultiplier la puissance dramatique. Cornuau met ainsi en scène une reconstitution de l’arrestation-exécution de la bande à Bonnot entièrement basée sur la bande d’actualité filmée à l’époque par un opérateur. Or, dans la fiction, un caméraman filme également l’évènement, qui se trouve diffusé dans la séquence suivante au grand public, comme l’avait été la bande d’actualité de l’époque. Lorsqu’on regarde le film original (que l’on peut trouver dans  La grande aventure de la presse filmée , édité en DVD chez GTV/Pathé), on peut vite constater que Jérôme Cornuau a brodé autour de l’évènement réel pour en tirer une histoire dramatiquement viable, sans avoir besoin de s’éloigner radicalement de son matériau de départ.

Après ce climax un peu prématuré, le film met une bonne dizaine de minutes à remettre sa narration sur les rails. La fin reste intéressante, mais une fois que tous les enjeux ont étés posés, l’histoire n’a plus qu’à filer droit, ce qu’elle fait, sans plus jamais en dévier. Malgré tout, le visionnage des Brigades du tigre survit facilement à une fin assez conventionnelle grâce à un premier acte étourdissant de maîtrise.

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Doomsmax 1997 - This is the end of a cycle!!!  (Carnages critiques trilogiques) posté le mercredi 09 avril 2008 13:55

1- Un nouvel espoir critique (6 mars 2008)

Dans le cinéma d’action, il y a des monuments absolument indétrônables. New York 1997 et Mad Max 2 en font partie. Que dire alors d’un film qui se revendique comme ouvertement influencé par ces deux films au point que l’on en retrouve sans aucune ambiguïté toute l’essence dans la bande annonce ? La première chose, c’est qu’il faut du courage et être un peu fou pour s’attaquer à de tels piliers de la cinéphilie geek, et la deuxième, que les influences sont sacrément bien choisies !

Un sentiment mélangé, donc, comme celui que j’ai ressenti en voyant la bande annonce de Doomsday. C’est grandiose de voir un film rendre hommage de manière aussi ouverte et décomplexée à Escape from New York et The Road Warrior. On n’avait pas vu ça depuis les Bis Italien des années 80. Mais c’est terriblement risqué aussi. Oh, je sais, ce n’est pas un remake (du moins ça n’en a pas l’air, et ce n’est pas revendiqué comme tel), mais il y a quand même de bonnes chances que l’on ne voit plus que l’influence et plus du tout le film, pour peu qu’il tente d’être un peu original.

En tout cas, Rhona Mitra a l’air bien plus burnée que cette pauvre Angelina Jolie dans les deux Tomb Raider de triste mémoire (donnez ce genre de film à faire à des réalisateurs réellement efficaces, et vous verrez le résultat !), et les Keupons (comme dirait Emilien sur son site hautement intéressant, Desert-cult, à voir ici), les punks pour les vieux cons comme moi, ont l’air au moins aussi sauvages que dans Mad Max2 !

N’espérons pas de ce film une histoire à se retourner le cerveau tellement-elle-est-bien-amenée-et-tellement-elle-est-trop-originale, mais plutôt une ambiance bien posée, un peu glauque et inquiétante, qui ferait éclater par contraste toutes les scènes d’actions… dont on espère qu’elles seront bien troussées. Neil Marshall, le réal, nous a offert précédemment Dog Soldier, un film de loups-garous assez ridicule (les attaques du monstre n’étaient constituées que d’inserts et de gros plans), puis the Descent (que certains déclarent de manière un peu emphatique être « le meilleur film d’horreur de ces dix dernières années »). En ce qui concerne The descent, je dois reconnaître l’habileté narrative et technique, et la réelle angoisse diffusée par les deux premiers tiers du film. Cela laisse d’ailleurs augurer du meilleur quant à l’ambiance de Doomsday. Par contre, dans le dernier tiers, l’attaque des monstres est hystérique, et n’exploite pas la peur du noir et les promesses du début du film. Dommage, mais c'est un film très intéressant quand même. Marshall apprend à chacun de ses films, alors nous sommes en droit de nous dire que Doomsday a des chances d’être un monument geek. Ou une grosse merde. Parce que desert-cult a quand-même bien raison de craindre que le film se transforme en grosse pub pour une marque de bagnole, comme ce fut le cas pour feu I, robot...

 

2-L’attaque de la critique (9 avril 2008)

Dans un article qui n’avait pas grand chose à voir avec Doomsday, je supposait que ce film serait intéressant s’il n’était pas uniquement un « hommage à », mais qu’il se contentait d’être « inspiré de ». Après l’avoir vu une première fois, il est difficile de dire ce qu’est  exactement ce film : une folie, un caprice, un « fantasme sur pellicule », comme disait Mad Movies le mois dernier ? C’est un raout cinématographique, un authentique mélange entre New York 1997, Mad Max2 et Braveheart, avec quelques pincées d’Aliens, Highlander, 28 jours/semaines plus tard, Indiana Jones et tout un tas de films cultes eighties. Un mélange totalement revendiqué, car absolument jamais dissimulé, au point qu’il ressemble à un collage : un peu de tel film ici, un peu de celui-là par là, et puis tiens, un peu de ç’ui-là par ici. Au bout du compte, Doomsday est tout simplement un OVNI cinématographique, tour à tour jouissif et énervant, avec d’indéniables habiletés narratives et quelques grosses lacunes filmiques.

Mais avant tout, Doomsday est une œuvre cryptique, un mausolée signant la fin de la boucle, celle que le geek biberonné aux œuvres déviantes des eighties a toujours redoutée. Celle du cycle de vie du film d’action.

C’est bien simple : TOUTES les scènes de Doomsday sont tirées d’un autre film. Neil Marshall fait preuve d’une véritable sincérité en fabriquant son film de cette manière, car paradoxalement, personne ne peut lui reprocher de faire du plagiat : son film n’est qu’une longue déclaration d’amour à un cinéma révolu. Avec une grande dextérité scénaristique, il opère des transitions entre les univers et les films sans que cela ne fasse jamais obstacle à sa narration ni au rythme de l’œuvre, ni –et c’est une performance, à la cohérence de la diégèse. Et pourtant, certaines transitions n’étaient pas de tout repos. Par exemple, lorsqu’au début du film le commando entre dans le laboratoire de Kane, on est en plein revival d’Aliens : le décor désaffecté, la menace hors champ, le commando surarmé. Lorsque le commando se fait attaquer, on est dans la scène de New York 1997 où les crazies surgissent dans un magasin, obligeant Plissken à fuir par l’arrière de l’immeuble. Plus loin, les protagonistes traversent une montagne grâce à un tunnel, et se retrouvent en pleine forêt. De là, le film devient médiéval, et les allusions à Braveheart, Excalibur, et même Highlander pleuvent régulièrement.

Evidemment, tout ça manque un peu de personnalité, mais contrairement aux apparences, Doomsday n’est pas moins dépourvu d’âme qu’un Die Hard 4. Il en est même bien plus chargé, car à travers le puzzle pointe tout l’amour que Marshall porte aux films dont il s’inspire. Ce qui n’est pas toujours le cas du film de Len Wiseman.

Armé de son budget moyen, de son talent moyen et de ses décors moyennement conformes à ceux des films originaux, Neil Marshall fait dans l’hommage humble, mais systématique. Non seulement il reprend en entier des scènes cultes d’autres films, mais il transpose aussi les moments forts de ces scènes. Avec ses moyens plus réduits, tant en budget qu’en talent, qu’un Carpenter, Miller, Cameron, ou Gibson, il fait quand même preuve d’inventivité pour maintenir la sensation de familiarité jusque dans ces moments forts. Ainsi, dans Mad Max 2, lors de la poursuite finale, le camion fait demi-tour pour semer la confusion parmi ses poursuivants ? Et bien dans la poursuite finale de Doomsday, Eden Sinclair fait une simple marche arrière « rentre dedans » qui a le même résultat.Plissken doit se battre contre un colosse dans une arène dans New York 1997 ? Sinclair le fera également, dans un château écossais. Elle se battra contre un gigantesque chevalier en armure, qui convoque à la fois le Master Blaster de Mad Max 3, les chevaliers d’Excalibur, et même... (j’y ai pensé plusieurs fois !) le duel surréaliste de Sacré Graal à base de membres coupés.

De même, Marshall pose régulièrement des repères, reconnaissables entre mille, le genre de petits détails qui rendent l’univers particulièrement familier aux malades comme moi, qui ont vu Mad Max 2 et New York 1997 des dizaines de fois. Les épaves de voitures qui obligent les poursuivants à zigzaguer, les types attachés les bras en croix à des véhicules, les punks,  le chef des punks dans un pick-up trafiqué, etc. Si je me souviens bien, on nous gratifie même d’un raccord trompeur entre le chef punk énervé et l’ouverture d’un coffret dans lequel se trouve une arme de collection et quelques balles, nous faisant croire à un revival supplémentaire de The road warrior, mais au bout du compte, l’arme n’est même pas dans l’enceinte de Glasgow, mais à Londres. C’est le premier ministre qui s’apprête à se suicider.  L’héroïne en justaucorps, son attitude badass et silencieuse, le fait qu’elle soit borgne, qu’elle se fasse systématiquement emprisonner et humilier pour avancer dans son enquête, les éclairages de toutes les scènes du début, certains plans sur les murs d’enceinte de la zone interdite, le leitmotiv de la clope,  le fait qu’elle reste plantée les bras croisés en attendant le « bras armé de Kane » (le chevalier colossal), et surtout-surtout-surtout, la musique, qui parfois nous plonge extrêmement profondément dans l’ambiance de Escape from New York (New York 1997).

Le sentiment de familiarité est ainsi permanent. Une impression constante de déjà-vu, mais… en différent.

Difficile de dire comment Marshall est parvenu à se livrer sans casse à ce tour d’alchimiste. Nous faire sourire, voire exulter, devant ce que, dans un autre film et venant d’un autre réalisateur, on aurait pris pour du plagiat. Une seule explication : il est sur la même longueur d’onde que nous autres, geeks des eighties !

L’expérience est donc ultime, dans ce sens où on nous permet de revisiter nos films préférés confortablement installés dans les oripeaux d’un nouveau film ; ultime aussi parce que l’on ne peut pas ressentir autre chose que le plaisir du revécu -donc la nostalgie, dans un univers à ce point balisé par des codes hérités d’autres films. On est tourné vers le passé et le souvenir,  jamais vers l’avenir et l’attente. Difficile à ce moment là de créer un suspense, car on sait comment chaque séquence va se terminer, à peine a-t-elle commencé. Forcément, on la connaît déjà ! Vous me direz, dans n’importe quel film d’action standard, le plaisir ne vient pas de l’histoire -qui est toujours la même- mais du talent de conteur et les petites nuances dans le déroulement imprimées par le réalisateur. Et, évidemment, la manière dont est filmée l’action : sa puissance, son inventivité, sa lisibilité.

Et c’est là que le bât blesse. Car les qualités de Marshall en tant que réalisateur virtuose sont encore à prouver. Et il faut dire qu’il se frotte à des films dont les réalisateurs étaient au faîte de leur carrière au moment où ils les ont réalisé (autant Carpenter que Miller ou Gibson). Et c’est loin d’être le cas de Marshall. Il y a toujours quelque chose de poussif dans les scènes transposées de Doomsday. Des lourdeurs, comme ces punchlines placées parce qu’il fallait en mettre, ces scènes d’action réalisées dans la joie de revivre de grands moments de cinéphilie mais sans se préoccuper de leur esthétisme ou de leur lisibilité…

Ce doit être un défaut de Marshall : il a les yeux plus grands que le ventre. Déjà, dans The descent, il gérait de main de maître une ambiance claustrophobe extrême pendant les deux premiers tiers du film, pour la faire lamentablement échouer dans le dernier tiers en se vautrant dans la surenchère. Au lieu de rester modeste et de ne confronter ses héroïnes qu’à un monstre ou deux, il choisissait d’en mettre tout un tas, qu’il était incapable de gérer. Son sens de l’espace devenait brouillon, le film sombrait dans le massacre, et n’était sauvé que par son dernier plan hallucinant. Marshall reproduit la même erreur sur Doomsday : il en fait trop, et ne maîtrise plus sa matière. A force de vouloir rendre hommage à tous les films qui ont bercé son enfance, il finit par avoir trop de choses à faire, et bâcle le boulot. Les poursuites en voiture sont surdécoupées au point que les empoignades en deviennent totalement illisibles, les bastons sont incompréhensibles. Et surtout, les personnages, nombreux, ne sont définis qu’à partir des traits dominants des héros mythiques dont ils sont inspirés (Sinclair, qui joue les rebelles de manière un peu forcée, ne manifeste ses sentiments qu’une seule fois pendant sa mission : quand le chef du commando se fait tuer devant elle, comme Plissken le rebelle ne manifestait un sentiment qu’une seule fois dans son film, lors du sacrifice de Maggie). Peu de place est accordée à une créativité nouvelle. Est-ce pour cela qu’on se souvient si bien de l’œil amovible de l’héroïne ? Parce que c’est la seule idée un tant soit peu originale du film ? Possible.

Doomsday est un musée. On parcourt ce film comme l’on se promènerait dans les allées d’un établissement commémorant la « grande époque des eighties ». Les vieux de la vieille, qui  ont vu ces films au cinéma, poussent régulièrement des « oh » et des « ah ! » joyeux et empreints de nostalgie. Le film d’action à l’ancienne est bien mort, comme je le redoutais. Doomsday est son enterrement grand luxe.

 

Le film de Marshall marque aussi une étape importante dans l’ère de la fanboy attitude. Cette tendance, née au début des années 90 avec Tarantino, a dominé le cinéma jusqu’à aujourd’hui. Elle est symptomatique d’une génération élevée à la vidéo, qui pouvait revoir mille fois un film qu’elle adorait, contrairement à la génération précédente qui devait patiemment attendre un passage à la télé ou une ressortie cinéma. Les fanboys des années 80 sont devenus grands, et lorsqu’ils ont commencé à faire des films, ils ont eu tendance à régurgiter avec grand plaisir les monuments de leur cinéphilie. Tarantino est arrivé en 92 avec son Reservoir Dogs aux relents de film noir et de polar HongKongais hardcore, et a été le premier d’une longue série de réalisateurs à construire sa carrière sur l’hommage aux films de son enfance. Rodriguez, Soderbergh, les frères Waschowski et d’autres, font partie de ce courant esthétique qui dominera la dernière décennie du XXe Siècle, et qui s’applique à faire dans la citation des classiques. Soderbergh et Clooney pousseront le bouchon jusqu’à faire des films « à la manière de » (The good german), qui cherche à copier jusque dans le jeu désincarné des acteurs et l’ambiance des films des années 40-50, Leatherheads (Jeux de dupes – à sortir) celle des screwball comedies de la même époque.

Parallèlement à cette vague de films-hommages et d’auteurs-fanboys s’est développé un style de film plus outré mais très représentatif d’une époque qui regarde surtout derrière elle en matière de cinéma : le spoof movie (initié par les ZAZ : y’a-t-il un flic…, y’a-t-il un pilotehot spot 1 & 2), qui a dominé sans faiblir le marché du rire jusqu’à il y a peu. On a ainsi eu droit à une myriade de Scary movies faisant allusion à Scream, aux films d’ado et aux succès récents (Matrix, etc.), à Big movie, Date movie, Sexy movie, jusqu’aux récents Meet the spartans (spartatouille) et Superhero movie. Les deux derniers films n’ayant pas obtenu le succès escompté, on peut penser que la tendance est peut-être en train de s’inverser.

Logiquement s’est développée aussi la vague du remake. De rares et risibles au début, ils sont progressivement devenus courants, et sont maintenant totalement rentrés dans les mœurs, au point que la majorité des gros films américains sortant actuellement sont des remakes. Si au début, ces remakes étaient la plupart du temps fait par Hollywood parce que les américains ne supportaient pas les doublages et se refusaient à voir les originaux en VOST, ce prétexte foireux a fait place à la véritable raison commerciale : un remake avec des yankees dedans, ça fait recette partout, même dans le pays du film original ! Le banco total !  Le sommet de cette vague de remakes a été atteint par Gus Van Sant en 1998 avec Psycho, remake plan pour plan de Psychose, avec quelques inserts et la couleur en plus.

Et c’est à un Autrichien, Michael Haneke, que revient l'honneur de pousser cette année le principe du remake jusqu’à l’absurde avec Funny games US, remake plan pour plan, sans la moindre différence avec l’original sinon les acteurs de son film de 1997. Un film sensé s’adresser directement aux personnes auxquelles le film original était adressé, sans succès : les américains.

Est-ce une coïncidence si cette année sortent Funny Game US, les premiers spoof movies échouant au box office, le premier échec cuisant de Tarantino (Boulevard de la mort – Death Proof), et Doomsday ? La tendance à faire dans l’hommage systématique est-elle en train de disparaître ? Les spectateurs commencent-ils à réclamer des histoires originales, sans aucun appui visible sur leurs ancêtres ?

Dans son article « Désirs de grandeur » (Les cahiers du cinéma n°632), Stéphane Delorme constatait l’échec de la nouvelle génération de cinéaste américains pour s’imposer artistiquement en rappelant que « les mêmes noms apparus dans les années 1960 et 1970 continuaient de dominer la scène ». Tant par la qualité de leurs films que dans les hommages permanents dont ils font l’objet dans les films de la génération suivante. L’échec était cuisant dans l’incapacité de la génération 1990 à s’affirmer en tant qu’artistes inventeur de formes (« ce cinéma de copiste, hyper-référencé, produit au pire des opus dévitalisés, au mieux les gestes jouissifs de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez »). Au final,  « l’attirance pour le pastiche se fait mortifère ». L’article dérive ensuite vers la mauvaise foi lorsque les Cahiers… se félicitent de ne pas avoir soutenu même les bons films de cette génération « excepté Tarantino », parce que le résultat est là : « peu de recul sur l’Histoire et l’histoire des formes. Des astuces de mise en scène mais beaucoup d’épate (…) au pire, ils étaient traités de petits malins, au mieux de faiseurs brillants, ce qui est toujours un peu méchant ».

Cette extraordinaire preuve de mauvaise foi mise à part, il faut reconnaître que depuis presque 20 ans, le cinéma Hollywoodien n’existe qu’à travers l’hommage et la référence à ses prédécesseurs.

On peut imaginer que par son jusqu’auboutisme,  Doomsday est le point d’orgue de cette tendance héritée des années 90, et qu’en ce sens, il clôt symboliquement le cycle.

C’est l’ultime film de fan. Le pivot vers quelque chose de nouveau.

Peut-être.

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3h10 pour le western  (Carnages critiques trilogiques) posté le dimanche 06 avril 2008 01:20

1- un nouvel espoir critique (06 mars 2008)

Un western ! Au cinéma ! Bientôt ! Et c’est pas une blague !

3h10 pour Yuma est en effet le premier western alléchant à sortir depuis Open range de Costner, c'est à dire depuis 2003. Et attention le casting : Christian Bale, Russell Crowe et Ben Forster ! whaow !

C’est un remake. L’original ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, loin s’en faut. Je me souviens juste de l’incroyable charisme de Glenn Ford en bandit, et de l’incroyable absence de charisme du personnage du gentil sensé rétablir la morale. Le déséquilibre était si flagrant que l’intérêt du film s’en voyait diminué de moitié. Il semblerait que cet écueil de casting ait été évité. Russell Crowe est au moins aussi charismatique que Glenn Ford, et Christian Bale ne fera pas pâle figure face à lui. Quant au scénario, ma foi… je n’en ai que peu de souvenirs, sinon que c’était une représentation de l’opposition entre la séduction du banditisme et la droiture, voire la raideur de l’honnêteté. L’ambiguité du thème était intéressante, mais le film pas très marquant. Gageons que ce remake, réalisé par James Mangold, un homme très loin d’être manchot derrière sa caméra, puisqu’il a commencé avec Heavy, une jolie petite chronique de banlieue sans concession, et a poursuivi avec les gigantesques Copland et Identity. Je n’ai pas vu son  Kate et Leopold , mais j’ose imaginer que le film va au-delà de la simple comédie romantique. Voila encore un film susceptible de subir une critique trilogique !

Nous sommes en droit d’attendre de grands numéros d’acteurs (des deux acteurs principaux, évidemment, mais aussi de Ben Forster, un immense jeune acteur qui, s’il ne raidit pas son jeu en devenant adulte, sera un de ces comédiens capables de faire suinter l’ambiguité et la folie dans chacun de ses rôles : voyez Six Feet under, Otages ou 30 jours de nuit pour vous en convaincre). Je n'ai pas souvenir de duels ou d'affrontements aux flingues particulièrement gratinés dans l'original, mais j'ose espérer que les scénaristes du remake auront eu la bonne idée d'en introduire quelques uns, histoire de... dynamiser l'ensemble, et de contenter les nostalgiques du bon vieux western à l'ancienne, dont je suis!

 

2- l'attaque de la critique (04 avril 2008)

Alors, que dire du chef-d’œuvre ? D’abord que ce n’est pas un chef d’œuvre, mais que c’est un bon petit western à l’ancienne. C’est plutôt agréable de voir que le réalisateur (James Mangold) cherche à échapper à cette mode du « nouveau western » qui consiste à moderniser les règles du genre pour qu’il corresponde mieux à notre époque. L’intention est louable ceci dit, mais j’ai toujours un problème avec cette volonté scénaristique suspecte consistant à mettre en avant une héroïne ruant dans les brancards, qui finit par prendre les armes et se battre aux côtés des hommes, si elle ne fait pas le sale boulot à leur place. C’est rigolo, mais j’aime mieux quand les western restent embourbés dans leur ambiance supermacho : les femmes au foyer, les hommes au charbon. C’est comme ça que tout le monde pensait à l’époque, et j’ai du mal à croire qu’il y ait eu un tas d’amazones traitées à égalité avec les hommes à la fin du dix-neuvième, au fin fond de l’Arizona.

Autrement dit, 3h10 pour Yuma est un bon vieux film supermacho : les femmes au foyer, les hommes au charbon. Toute une ambiance, dans laquelle on est immédiatement plongé. Les bandits, les fermiers, les représentants de la loi, tout y est. Il ne manque plus que Kevin Costner.

J’ai revu le film original de Delmer Daves (1957) dans la foulée, et j’ai été surpris de constater à quel point le scénario du remake est resté fidèle à l’original. Toutes les scènes y sont : l’attaque de la diligence, la scène de séduction de la serveuse, Evans qui gagne du temps pour permettre l’arrestation  de Evans, la scène dans l’hôtel, le cas de conscience final, tout. Mais avec quelques petits ajouts qui font la différence. Le film original était sec, expéditif. Il durait 1h20, l’histoire était carrée et pliée rapidement. Mangold, scénariste et réalisateur du remake, amoureux de l’original (dont le Copland était déjà un remake déguisé) a choisi de reprendre à son compte toutes les scènes en les creusant. Non seulement il les rallonge, mais il confronte systématiquement ses personnages -et donc ses acteurs- à plus de cas de conscience, plus de détails qui permettent de révéler un peu plus les différents aspects de leur personnalité. Le film original était déjà un film très ambigu au milieu de la production extrêmement manichéenne de l’époque, mais le remake profite des années 2000 et en rajoute dans les petits détails qui font mouche et qui situent chaque personnage dans un monde bien moins manichéen qu’il n’y paraît : les méchants sont méchants parce qu’on les perçoit directement comme tels, mais si on compare les histoires individuelles de chacun, certains « gentils » sont plus dignes de séjourner en enfer que certains méchants. De même, les courageux ne sont pas ceux qui se sont illustrés par le passé, et les pétochards furent de grands courageux.

Car James Mangold a fait de son western une longue réflexion sur l’individu, sa place dans la société, et la perception que l’on s’en fait. Et systématiquement, il nous donne les instruments pour briser les premières impressions que l'on se fait d'un personnage. Il utilise pour cela le regard du fils de Evans, qui voit le monde du haut de ses quatorze ans, et qui est incapable de recul. Son père sait que les apparences sont trompeuses, il essaie de lutter contre elles pendant tout le film, mais ce n’est qu’en s’alliant avec un homme qui passe sa vie à jouer avec les apparences pour mieux obtenir ce qu’il veut (Wade-Crowe) qu’il brisera le carcan dans lequel il a été enfermé. Un peu comme dans Lost, série expérimentale s’il en est, le scénario s’attache à placer une scène pour chacun des personnages où sa nature de courageux, pétochard, gentil ou méchant est totalement démentie.

3h10 pour Yuma est un bon film. Les personnages étant bien plus creusés que dans l’original, l’interprétation, délivrée par d’absolus virtuoses, est à la hauteur : Russell Crowe, mielleux, impénétrable, gouailleur et dangereux, continue d’impressionner la pellicule de son jeu spontané, comme personne. Christian Bale est un immense acteur. Ce type est Batman, le Dark Knight, qui sortira dans 6 mois, et en attendant il fait un petit western. Résultat, il joue son personnage de Dan Evans  avec une capacité à la nuance qui fait presque peur tellement elle semble illimitée. Il faut voir Bale jouer la peur dans la scène ou, accompagné de ses deux fils, il croise la route de Ben Wade pour la première fois. Il ne joue pas simplement la peur ; mais le type qui essaie de dissimuler sa peur. De même, lorsqu’il retient Wade dans le bar en le faisant parler, ce qui mène à son arrestation, la fixité de son regard, la raideur de sa nuque et le coup d’œil unique qu’il parvient à lancer à la dérobée à la fenêtre pour voir où en sont les autres est très représentative de sa technique : toute en sobriété. De toute façon, si vous avez besoin de vous convaincre de ses qualités d’acteur, voyez Equilibrium : une petite série B d’action, qui n’a pas eu le succès escompté à l’époque, mais dans laquelle Bale s’est totalement immergé. Jamais vous ne verrez qui que ce soit dans le métier s’impliquer autant pour une production d’action de si petite envergure, croyez moi. Pas la moindre distance ironique, il joue son personnage comme s’il devait avoir une chance de gagner un oscar avec. Ce type commence d’ailleurs à avoir une aura très particulière, et jouit d’un respect impressionnant auprès des fans et des critiques, à tel point qu’il donne une légitimité à tous les projets auxquels il participe : Bale dans Terminator 4 ? Avant son arrivée sur le projet, on rigolait à l’idée d’un quatrième épisode. Avec Bale dedans, on a envie de voir. On est curieux de voir. On n’avais encore jamais vu ça. Harrison Ford lui-même ne jouissait pas d’un tel respect. Pour en revenir au western qui nous concerne, il faut évoquer aussi Ben Forster, dont tout le monde fait ses gorges chaudes (y compris le réalisateur, qui déclare à qui veut l’entendre que Forster est le meilleur acteur de toute la distribution), se contente de faire son numéro habituel de chien fou psychopathe. Il est très bon, comme d’habitude, mais il ne nous donne rien de nouveau par rapport à ce qu’on a pu voir de lui dans Otages ou 30 jours de nuit.

Le bilan est plutôt bon, jusqu’ici… Mais là où le bât blesse, selon moi (mais ne l’oublions pas, je suis un gros bourrin), c’est dans les sous intrigues, et notamment l’une d’elle : le gosse de 14 ans. Je sais bien, il a une utilité narrative indéniable, et on en a déjà parlé. Mais que les raisons d’agir de Evans-Bale reposent exclusivement sur l’idée qu’il faut donner bonne impression à son gosse idiot de 14 ans m’énerve profondément. Que le gosse de 14 ans sauve la mise à l’escorte de son père lors des différentes tentatives d’évasion de Wade m’énerve encore plus, et que le film entier repose sur l’idée qu’il faut être un héros pour son gosse de 14 ans me désespère. En fait, parce que je suis un gros bourrin, j’aurais voulu que d’un type relativement normal mais droit dans ses bottes, Evans deviennent un vrai héros westernien, par sa force de caractère seule et non pas pour se racheter une image auprès de son fils idiot (de 14 ans)… mais je l’ai déjà dit deux fois, je suis un gros bourrin. Et l’époque n’est plus vraiment au bourrinage, mais à la réflexion sur la violence, l’héroïsme, la sexualité, la paix, le sida et la faim dans le monde. Ah, j’oubliais aussi la censure et les répressions policières en Chine.

Bref, j’ai du mal avec ce concept. Dans le film original, l’auteur avait eu l'inspiration de ne faire qu’esquisser cette idée, puis de se laisser aller au bon vieux machisme de base propre au western (« femme, toi rester maison et faire bouffe et ménage, moi escorter méchant dans grands espaces avec fusil dans main. Peut-être je reviendrai, peut-être pas. Mais toi pas oublier faire à bouffer »). Mais ici, un gosse idiot de 14 ans qui rêve d’héroïsme est le principal moteur de l’action, et ça me désole. J’ai vraiment le sentiment que les auteurs ont ajouté cet aspect dans l’histoire pour attirer le chaland adolescent et faire plus d’entrées. Mais c’est vraiment uniquement pour rassurer les investisseurs, qui n’y connaissent rien, d’ailleurs. Car quel est l’ado qui s’identifie à un ado dans un film, quand il a d’autres héros bien plus intéressants et moins lisses à sa disposition ? Dans  Indiana Jones et le temple maudit, jamais gamin je ne me suis identifié à demi-lune, mais toujours à Indiana Jones ! Mais je suis bizarre…  gamin, je l’étais sûrement déjà.

Ceci dit, il faut rendre hommage à la volonté de James Mangold de rendre épique un film qui à l’origine était plutôt intimiste. Les ajouts de ce type (la mine, le long voyage vers Bisbee) sont tous très bien amenés et gérés, et ils permettent bien mieux que l’original de laisser aux personnages la possibilité de se développer.

Au final, 3h10 pour Yuma est un bon film, mais pas un chef-d’œuvre. Je ne supporte pas l’idée que le gosse du héros soit plus héroïque que lui. C’est donc un point de vue tout à fait personnel, qui pourrait d’ailleurs changer lorsque je reverrai le film en vidéo… mais nous verrons ça dans six mois !

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