Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Largo Winch: une illustration comme une autre de la pauvreté imaginaire du cinéma populaire français  (Monocritiques explosives) posté le mercredi 24 décembre 2008 09:52

anthony zimmer, doug liman, jason bourne, jean van hamme, jérome salle, largo winch, marc foster, matt damon, mémoire, mort, paul greengrass, peau, quantum of solace, tarantino, tomer sisley, vengeance, xiii

Le manque de moyens (surtout en comparaison des budget colossaux des films américains) est un prétexte pratique pour justifier le désintérêt total de la plupart des productions populaires françaises en comparaison avec celles d’Hollywood. Largo Winch (LW), le dernier fleuron des fières productions hexagonales, fait partie des exemples les plus criants de l’échec du poids d’un budget devant l’absence d’idées d’un scénario. 

Comme James Bond, comme XIII (mini-série en passe de devenir culte et en cours de production-diffusion sur canal +), comme beaucoup de films d’actions contemporains, le Largo Winch de Jérôme Salle lorgne avec ostentation vers la saga des Bourne. Normal, c’est la mode en ce moment, c’est ce qui marche le mieux, c’est la hype du moment. Ça a beau m’énerver un peu, étant un grand fan des Bourne, je n’ai rien contre l’idée d’en voir un autre, même s’il n’est pas de sang pur. J’ai par exemple adoré voir Quantum of Solace, même si les similitudes avec the Bourne Ultimatum y étaient tellement criardes que ça en devenait presque honteux. 

Je ne cracherai jamais sur l’idée de voir un nouveau Bourne, c’est sûr. Mais faut pas pousser non plus : Jérôme Salle n’est pas Marc Forster, et il est encore moins Paul Greengrass. C’est le mec qui n’a qu’un pauvre Anthony Zimmer à son actif, autrement dit pas grand-chose d’intéressant filmiquement. Dans la grande tradition des faiseurs-suiveurs, il se contente de reproduire les gimmicks scénaristiques et de mise en scène de ses œuvres de référence, sans être capable d’y introduire une âme. Le résultat est malheureusement abyssalement vide. 

En premier lieu, LW reprend le concept de la recherche d’identité si chère à Bourne. D’aucuns avanceront que c’est une quête que l’on trouve déjà dans la BD et les bouquins, à l’origine du personnage. Mais Van Hamme, l’auteur des deux, n’a jamais caché son obsession pour la saga des Bourne, qui sous-tend l’ensemble de son œuvre (action, secrets, recherche d’identité, jolies pépées, que l’on retrouve dans LW et dans XIII). Alors, même si le pompage de l’idée est indirect, cela reste du pompage. 

En second lieu, Salle a décidé de « faire du Bourne », autrement dit sortir sa caméra à l’épaule et la secouer allègrement pendant que les acteurs se foutent sur la gueule, et de s’arranger au montage après. A priori, si on se contente de regarder superficiellement les épisodes de Bourne, c’est effectivement comme ça que ça fonctionne. Mais en fait, ô surprise : NON ! C’est un peu plus finaud que ça ! Liman, puis Greengrass, ont travaillé dans une seule et même direction : rendre l’action viscérale. Faire en sorte que la caméra ne sache jamais à l’avance ce qui va se dérouler devant elle de manière à devoir chercher son cadre dans des conditions de pur reportage. Développer (et c’est bien là le plus difficile dans ce genre de film) toutes les étapes de la construction des prémisses de l’action avant qu’elle n’éclate, plutôt que de se contenter de placer des ellipses bien pratiques pour s’éviter trop de complications… une démarche qui paraît simple lorsque c’est un roi de la mise en scène comme Greengrass qui est aux commandes, mais qui n’est pas si facile à reproduire lorsqu’on est un simple tâcheron. Pour résumer, Salle n’a retenu qu’une chose de la mise en scène des Bourne : la caméra à l’épaule.  Il filme donc ses combats comme il aurait filmé n’importe quel autre combat, sans chercher à créer la sensation d’inattendu, sans créer d’urgence, sans prendre la peine ni le temps de construire en détail son action. Mais attention : il REMUE LA CAMERA ! Alors on est content. On ne comprend pas la moitié de ce qui se passe quand Largo se bat, c’est illisible, et tout ça sans autre but que « donner la pêche » à des images somme toute très classiques. Excusez si je m’ennuie devant un truc pareil. 

La troisième erreur fondamentale des créateurs de LW sur ce film est le casting. Le casting, le casting, le casting. Oui, Tomer Sisley il est beau, oui, Tomer Sisley il a du charisme, oui, Tomer Sisley il était super bien pendant sa minute et demie de présence à l’écran dans Truands (ça reste d’ailleurs plus ou moins mon unique souvenir de ce très mauvais film). Mais Tomer Sisley, quelqu’un l’a-t-il remarqué, NE SAIT PAS JOUER ! Il ne sait même pas marcher sur une plage sans avoir l’air de se la péter, c’est pathétique ! Regarder ce pauvre simili acteur rouler des mécaniques en essayant de se donner l’air modeste pendant deux heures a vraiment été l’épreuve la plus difficile à supporter au visionnage de Largo Winch. Les créateurs du film se vantent partout d’avoir trouvé un acteur qui ne corresponde pas physiquement au personnage de la BD, mais qui correspond intrinsèquement au personnage, et bla-bla-bla, mais ils ont oublié de vérifier si leur bonhomme était capable de porter un film entier sur ses épaules. Dommage, quand même ! 

Largo Winch, je dois l’avouer, n’est pas une déception, puisque je n’en attendais rien. C’est un héros qui ne m’a jamais intéressé, je trouvais la BD ennuyeuse, la série TV indigente, et je n’ai jamais lu les romans. Je me disais même que de transformer un concept aussi chiant en film d’action pourrait éventuellement ajouter quelques ingrédients intéressants à une recette profondément ennuyeuse. J’avais tort, ça reste profondément chiant. D’autant que suivre pendant deux heures les tribulations d’un personnage qui cherche à retrouver les traces de ses milliards perdus a quelque chose d’indécent dans le contexte économique actuel. (Ceci dit, je trouvais déjà ça indécent dans la BD, bien avant la crise). 

Ne nous faisons pas d’illusions, les financiers n’ont probablement accepté de lâcher le pognon pour LW qu’à cause des grosses similitudes que la note d’intention entretient avec un certain Bourne au succès cinématographique stratosphérique. Le résultat est faux, mal joué, et profondément idiot. Ça me rappelle les multiples tentatives de « faire du Tarantino » qui se sont multipliées dans les années 90, qui se sont toutes soldées par de cuisants échecs : les films n’avaient pas une once de l’âme de l’original, et en plus ils étaient mal foutus. 

C’est le triste sort que partage avec eux ce Largo Winch.

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.111) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Largo Winch: une illustration comme une autre de la pauvreté imaginaire du cinéma populaire français

  • el ryu

    jeu 25 déc 2008 10:55

    alors si LW n'atteind pas le niveau d'un bourne, ) que j'ai déjà trouvé tôp merdique ça promet !!! j'ai (vu que le premier mais ça m'a suffit. Par contre les 2 derniers bond sont bien ça c'est vrai.