Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Bousillages d'autres genres

La critique c'est facile...  (Bousillages d'autres genres) posté le vendredi 18 juillet 2008 00:27

Etat de siège (Costa-Gavras, 1973)

Ce film très politique détaille de manière très minutieuse le basculement d’une République -qui n’est déjà plus démocratique que par le nom- en une dictature militaire. Par son emploi d’acteurs aux physiques communs (dont beaucoup ont fait carrière depuis, assez en tout cas pour que nous reconnaissions quelques têtes), d’un style de mise en scène documentaire (utilisation d’une voix off, caméra très mobile suivant de très près toutes les forces en présence), Costa-Gavras nous immerge volontairement dans un monde qui ressemble en tout point à notre quotidien. L’effroi n’en est que plus grand de voir à quel point les institutions peuvent être manipulées et retournées pour en arriver à un système fascisant. Costa-Gavras nous offre par ailleurs une leçon de mise en scène magistrale, notamment dans la mise en image : tout le long du film, il nous prouve par l’exemple qu’une mise en scène peut « faire » documentaire et être extrêmement dynamique sans avoir à constamment porter la caméra à l’épaule et à la secouer dans tous les sens. Il suffit de savoir jouer des mouvements de la caméra, des cadrages et des mouvements à l’intérieur de l’image. On n’échappe pas aux effets de zoom très à la mode dans les années 70, mais beaucoup de réalisateurs actuels auraient beaucoup à apprendre à revoir les films de Costa-Gavras, ne serais-ce qu’au niveau technique.

 

Coup d’éclat (After the sunset, Brett Ratner, 2005)

Ce film est extrêmement représentatif des limites de Ratner en tant que metteur en scène, mais aussi en tant qu’être humain. Je ne déteste pas tous ces films, et je lui reconnais suffisamment de capacités techniques pour pondre des films moyens. Car tout est moyen dans ce film : la lumière est souvent immonde, parfois pas mal, les acteurs sont en roue libre, s’amusent à cabotiner dans des registres qu’ils connaissent par cœur, et le réal s’amuse à nous concocter un véritable festival Salma Hayek : Salma Hayek  en maillot de bain, Salma Hayek  en T-shirt moulant, Salma Hayek  en robe de soirée, Salma Hayek  qui bricole un moteur de voiture et se penche bien bas pour nous montrer son décolleté, Salma Hayek  qui porte un petit haut à dos nus… L’humour est systématiquement ras les pâquerettes, pas au sens où seul un gros con peut vraiment s’amuser, mais au sens où les blagues sont moyennement marrantes, et moyennement assumées. Un malentendu sur l’homosexualité des deux personnages masculins principaux n’est par exemple traité ni de manière jusqu’au boutiste, ni de manière politiquement correcte. Il traite le gag de manière à ne choquer personne, tout en étant incapable de faire une blague un peu fine. On se retrouve donc avec un gag qui ne fait que vaguement sourire. A chaque fois pourtant, on comprend que les acteurs aient pu accepter de se prêter à ces gags sans rechigner… car tout est tellement innocent dans ce film : tout ce qui aurait pu être politiquement incorrect n’est pas soudain devenu politiquement incorrect, c’est entre les deux. Ce qui devait être légèrement provocateur ne l’est pas vraiment, ou les gags bassement idiot ne le sont pas. C’est très curieux de voir à quel point Ratner n’ose rien dans ce film, tout en se persuadant probablement qu’il ose un tas de trucs dingues. Coup d’éclat est un film de braquage à l’esprit Disney dont l’esprit serait un peu mal tourné. Du MacDonald’s filmique pur. Jamais provocateur, mais jamais intelligent non plus. Le vide. Un film moyen, donc, dans tous les sens du terme. Mais je suis obligé de reconnaître qu’à ce degré de légèreté, le film se laisse encore voir d’un œil. Ratner doit rester dans ce genre de projet, les Rush Hour et autres comédies d’action innocentes (apparemment, il va faire un Flic de Berverly Hills 4). C’est son créneau, et tant qu’il fait ça, il ne fera pas le remake de New York 1997 !

 

Les égarés (André Téchiné, 2003)

Avec Alice et Martin (1999), les égarés fait partie des films réputés mineurs de Téchiné. Reste qu’un film mineur de Téchiné est quand même bien plus intéressant à voir qu’un film majeur de Fabien Onteniente ! Dans cette histoire simple se déroulant pendant la deuxième guerre mondiale, Emmanuelle Béart incarne une maman en fuite cachant ses traumatismes derrière son agressivité, qui fait la rencontre d’un jeune homme cachant les siennes en étant toujours en mouvement. Incroyable de voir comme l’orfèvre Téchiné est capable de tresser une intrigue et des rapports entre des personnages à partir de rien. Un très joli film.

 

…Et Dieu créa la femme (Roger Vadim, 55)

Un film de facture très classique (chaque séquence se termine sagement par un fondu au noir, et les ellipses sont gentiment marquées par des fondus enchaînés), et je suis du coup très surpris de voir que certains font de ce film un précurseur de la nouvelle vague. Ceci dit, toute la luminosité sulfureuse de Brigitte Bardot éclate au long des séquences du métrage, et on comprend qu’elle soit instantanément devenue un sex-symbol international dès ce film. Il se veut un plaidoyer pour la liberté des femmes, mais il rentre quand même bien sagement dans les rangs à la fin. Ceci dit, un film de 1956 où dans la moitié des séquences on voit la culotte de l’héroïne, ça ne court pas les rues. Ce choix de mise en scène (dans ce film, c’en est un) montre tout l’aspect provocateur de l’entreprise à l’époque. Un film effectivement en avance sur son temps, à la fois sur la forme et le fond, mais dans les deux cas finalement un peu timidement. Probable que le contexte moral de l’époque ne permettait pas d’en faire plus.

 

Le promeneur du champ de Mars (Robert Guédiguian, 2005)

Film intéressant sur les derniers jours de Présidence de François Mitterrand, qui échange des points de vue sur sa vie politique avec son biographe. Le réalisateur retranscrit avec beaucoup de finesse l’art politique propre à tous les hommes du métier, à savoir éviter avec habileté de parler des sujets qui fâchent. Et Mitterrand, même à l’article de la mort, ne voulait pas évoquer l’épisode Bousquet malgré l’insistance de son Biographe. A travers ces discussions, Guédiguian dresse un portrait tout en nuance d’un monarque autorevendiqué, d’un homme qui a passé plus de quarante ans de sa vie à ne faire que conquérir le pouvoir, jusqu’à sa mort. Pour autant, le réalisateur fait preuve de nuance, et modère son propos dans un sens comme dans l’autre, se gardant bien d’être partisan ou opposant. Son film ressemble à un constat, mené de main de maître. Michel Bouquet est magistral comme d’habitude, et parfois fait peur, tant son autorité et son aura ressemblent à celles de Mitterrand. Jalil Lespert est très fade, comme d’habitude, on a envie de lui mettre des baffes pour qu’il se réveille. Mais le contraste entre les deux personnalités en est d’autant plus saisissant.

 

Ponette (Jacques Doillon, 1996)

Le film français évènement de 96, entièrement centré autour d’une petite fille de 4 ans, n’est pas la bombe d’émotions espérée. Oui, la gamine est souvent très spontanée. Oui, le film fait pleurer dans les chaumières. Mais finalement, pas tant que ça. Sa maman vient de mourir, et Ponette ne l’admet pas. Elle continue à lui parler malgré un entourage qui essaie de lui maintenir les pieds sur terre. Voilà le pitch. Doillon, obsédé par la sobriété de son film, fait en sorte de ne pas fabriquer un tire-larme putassier. C’est tout à son honneur. Cependant, il a tendance à s’enfoncer lourdement dans des interrogations religieuses qui n’en finissent pas, et qui, bien que légitimes, finissent par être redondantes. L’Athée que je suis n’a pas pu s’empêcher de voir chez cette petite fille l’allégorie de l’Homme qui ne peut pas faire autrement que d’entrer en religion pour ne pas avoir à affronter le vide de son existence devant sa mortalité. Ainsi, la mort expliquée aux enfants / humains en détresse devant la mort devient : « Jésus est mort, on a fermé sa tombe, mais malgré ça, et bien quand des gens son venus voir sa tombe, elle était ouverte parce qu’il était ressuscité. Il est revenu avec son corps, et tout. Un jour, tous les gens reviendront comme Jésus. Mais ça, on ne peut pas le décider nous même, c’est Dieu qui décide quand. » Discours rassurant, mais pour qui ? C’est un peu la question soulevée par le film, qui gagne en réflexion ce qu’il n’a finalement pas tant que ça en émotions.

 

lien permanent

Diary of the dead - la retraite approche à grands pas  (Bousillages d'autres genres) posté le mardi 08 juillet 2008 08:48

Romero le disait dans une interview récente : Diary of the dead est l’occasion pour lui de redémarrer une franchise sur laquelle il aurait l’intégralité des droits, contrairement à sa quadrilogie des morts-vivants, dont la gestion des droits est devenue si complexe que ceux de la nuit des morts-vivants sont détenus par tout un tas de gens différents (on nous pond d'ailleurs une nouvelle édition de night of the living dead chaque année! la version colorisée, la version recadrée, la version soi-disant longue, la version uniquement en VF... il m'a fallu en acheter trois exemplaires différents avant d'en trouver une relativement fidèle à la version diffusée sur Arte il y a de cela une dizaine d'années). De là à penser que Diary of the dead n’est qu’une entreprise mercantile visant à assurer à son auteur une retraite confortable, il n’y a qu’un pas. Je ne le franchirai pas allègrement, mais force est de reconnaître que Diary of the dead est loin d’être un film intéressant. « film de bobines récupérées » ou « film youtube », à ce niveau de médiocrité, le genre du film n’a plus beaucoup d’importance. On a de toute façon encore et toujours les mêmes figures esthétiques qui reviennent éternellement, comme cette maudite shaky cam, la caméra « qu’il faut éteindre » mais qui reste allumée, etc.  Le réalisateur a quand même eu le bon goût de nous épargner les scènes filmées en infrarouge. Rien que pour ça, merci George !

Romero, comme à son habitude, approfondit son propos en mettant cette fois en abyme l’obsession et la superficialité du traitement de l’image dans notre société. L’intention est louable, mais Romero a quand même chaussé de très très gros sabots pour ce faire, et on l’entend venir de loin. L’histoire n’ayant aucune originalité (c’est le sempiternel « début d’épidémie », qu’on a dû revoir dix fois depuis trois ans), on espérait – j’espérais que Romero nous livre quelques séquences bien métaphoriques. Mais à part le passage de relais de l’obsession pour l’image et quelques savoureux moments où les caméramen se filment les uns les autres et filment des écrans de surveillance parce qu’ils n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent –mettant ainsi en abyme leur dépendance vis-à-vis de l’image, Diary of the dead ne titille pas beaucoup les neurones. Dommage.

Pensez en ce que vous voulez, mais cette mode récente du « film de bobines récupérées » semble de plus en plus un joli prétexte pour faire des films à petit budget dont l’image et les cadrages sont absolument dégueulasses, mais où c’est justifié parce que ce sont des conditions de reportage. Ça coûte moins cher (une prise ratée EST une prise réussie !), et ça fait immersif. En ce qui me concerne, ça ne marche plus depuis belle lurette, et ça commence sérieusement à me gonfler.

 

lien permanent

Critiquons en choeur, mes frères! (façon de parler)  (Bousillages d'autres genres) posté le samedi 28 juin 2008 01:55

Le temple d’or (Firewalker, Jack Lee Thompson, 1986)

Le grand Chuck Norris dans ses basses œuvres. Le temple d’or est un sous Allan Quatermain et les mines du roi Salomon, qui est lui-même un sous Indiana Jones. Filmé n’importe comment, il nous donne droit à un alignement ridicule de scènes idiotes. Pas la moindre punchline Norrissienne provocatrice à se mettre sous la dent, la blonde de service est plus maligne que les deux acolytes héros du film (Chuck et Louis Gossets Jr.) Même les bastons sont molles, c’est dire !

Même pas drôle, l’ennui prévaut. Je passe.

 

Superman III (Richard Lester, 83)

Je ne suis pas très fan de Superman dans tous les cas : je le trouve falot et chiant, et puis je n’arrive pas à admettre que ce type puisse changer d’identité –et surtout ne pas être reconnu- en se contentant de chausser des lunettes. Le troisième opus de la série originelle avait une sale réputation, la faute à des producteurs sans scrupules qui avaient récupéré les droits et fait un film à moindre coût pour s’en mettre plein les fouilles… et force est de reconnaître que ce film est encore plus ridicule que les précédents. Les situations sont abracadabrantes et les effets spéciaux à vomir. Ceci dit, pris au 8000e degré, c’est assez savoureux (il faut voir le sérieux de Christopher Reeves, volant le bras tendu en avant sur fond de matte-paintings foireuses !) Mais à tout prendre, il vaut mieux voir autre chose.

 

Truands (Frédéric Schoendorffer, 2007)

C’est cruel de revenir sur ce ratage complet, dont on dirait qu’il a été réalisé par un étudiant qui n’aurait pas écouté ses cours de cinéma. D’autant que les deux premiers longs du réalisateur étaient plutôt exceptionnels. Dans celui-là, rien à sauver : le jeu des acteurs est ridicule (le pompon absolu à Philippe Caubère, l’homme pour qui les termes surjeu et cabotinage ont été inventés), les rares scènes d’action sont filmées en pensant à autre chose, les transitions sont d’une maladresse à faire peur, et la conduite du récit est, au mieux, totalement à côté de la plaque. Et encore, mon jugement n’est pas dicté par la déception car je n’attendais rien de ce film, vu les critiques assassines qui l’avaient accueilli à sa sortie.

 

A sound of thunder (Peter Hyams, 2003)

Probablement le film le plus maudit du début de ce siècle. Dès l’étape de la pré-production, il a eu du mal à se monter : des retards, des désistements, Pierce Brosnan qui devait avoir le rôle principal, puis qui s’est désisté. Probablement la décision la plus sage de toute sa carrière. Une fois filmée avec Edward Burns à la place, l’ « œuvre » a eu encore un tas de problèmes, des coupes dans  le budget, d’autres retards, qui ont fait que tout le monde a préféré le mettre au placard plutôt que de le sortir. Le studio a fini par nous le donner en pâture en direct-to-video, et on en comprend la raison : les effets spéciaux ne sont pas terminés ! Les trois quarts du film contiennent des effets numériques, et ils ne les ont pas finalisés ! Il arrive souvent qu’on ait d’ailleurs l’impression qu’ils ont laissé les images de prévisualisation dans le montage… ce film est une bérézina complète, et pourtant, en le voyant, je me suis dit que s’il avait pu être terminé, il aurait pu être pas mal… le scénario, bien que très tiré par les cheveux (c’est de la SF à base de voyage dans le temps, ça peut pas être rationnel de toute façon !) est équilibré, les personnages sont assez intéressants, et les péripéties bien réalisées, si on ne tient pas compte des effets spéciaux complètement restés au stade embryonnaires. Dommage, au fond.

 

Quatre étoiles (Christian Vincent, 2006)

Une comédie romantique, Française de surcroît, ce n’est pas un film vers lequel on se dirige avec facilité. On s’attend à voir surgir la réflexion sociale à tous les coins de plan… Mais ô miracle ! Que voilà une histoire rondement menée, avec peu de rôles différents, mais tous savoureux et très-très bien incarnés par leurs acteurs respectifs. Isabelle carré, abonnée aux rôles de jeunes filles éthérées et névrosées, s’éclate dans celui d’une jeune femme lumineuse décidant de faire fi des conventions sociales le temps de profiter d’un petit héritage en claquant tout son fric sur la côte d’Azur. Là-bas, elle croise un homme dont le comportement exubérant l’intrigue et l’attire irrésistiblement. Elle entreprend de le séduire par tous les moyens, quand bien même il ne montre pas le moindre signe d’attirance pour elle. José Garcia est lui dans un registre qu’il connaît par cœur, et fait des merveilles en parvenant à donner chair à un personnage d'escroc sans passé et sans avenir, qui vit et n’existe qu’au jour le jour.

 

Seuls two (Eric & Ramzy, 2008)

Pas très marrant. Un peu chiant. Filmé comme un téléfilm France 3. Si peu d’enjeux dans l’histoire que la tension a tendance à s’évanouir très vite, ne laissant place qu’à un joli concert de bâillements. La liste des défauts est longue. Celle des points positifs l'est moins: oui, les images de Paris totalement vides sont impressionnantes, oui c’est rigolo de voir Eric et Ramzy cabotiner en jouant avec le mobilier. Cinq minutes. L’histoire commence vraiment-vraiment très tard à pointer le bout de son nez, et les paupières sont déjà très lourdes à ce moment-là. Tous les acteurs sont mauvais, et les principaux aussi : ils ne jouent pas, ils jouent à jouer. C’est tout le problème de leur humour infantilisant : on ne peut pas construire de personnages crédibles dessus. Un peu de distance, c’est marrant, trop, c’est chiant.

Et là, comme dans leurs autres films, c’est chiant. Mais je n’ai pas encore vu Steak.

 

 

 

lien permanent

Deux jours -hilarants- de massacre  (Bousillages d'autres genres) posté le mardi 17 juin 2008 20:14

Qui a aimé Kennedy et moi (Sam Karmann, 1999) ou Le mouton enragé de Michel Deville (1974) aimera le dernier film de Jean Becker, car le plaisir cathartique du visionnage est exactement le même. Dans Le mouton enragé, Jean-Louis Trintignant incarnait un personnage qui décidait du jour au lendemain de mettre de côté sa conscience, et commençait à faire tout ce qu’il n’osait pas faire jusqu’alors… il devenait une véritable bombe sociale, explosant toutes les strates de la petite société qui l’entourait. Un film absolument jouissif, autant que peut l’être Deux jours à tuer, où cette fois, c’est le personnage incarné par Albert Dupontel, qui pète un câble sans raison apparente, et pendant deux longues journées envoie joyeusement balader toutes les attaches sociales qu’il avait patiemment construites du haut de ses quarante deux ans. C’est peu de dire que l’effet est cathartique de voir Dupontel balayer son emploi et sa boîte d’un revers de la main, foutre en l’air son couple, cracher à la gueule de ses amis… voilà un film qui vous empêchera de taper sur le premier automobiliste venu qui vous aura tendu un doigt bien haut pour une raison quelconque. Il ne se limite cependant pas seulement à un alignement de scènes « comiques » (j’ai mis des guillemets parce que la teneur comique des séquences de destruction sociale sont probablement une question de point de vue). La grande réussite de Deux jours à tuer réside dans le talent du réalisateur à nous faire subir la douche écossaise : autant on rigole dans la première moitié du film, autant on pleure dans la deuxième partie. En découvrant lentement les raisons profondes du mal-être du personnage, Becker s’autorise quelques fausses pistes bien amenées, qui échelonnent les révélations et permettent d’entrer plus profond dans la psyché blessée de Dupontel, et provoquant une empathie bienvenue. La chute finale relativise peut-être un peu trop la révolte du personnage, mais on n’en a cure : ce film fait du bien. Il est d’ailleurs porté par un bon bouche à oreille, espérons qu’il fera un bon nombre d’entrées.

Pour finir, une remarque sur la mise en scène : Becker a abandonné ce qui faisait jusqu’à maintenant sa marque : un filmage extrêmement classique, pour ne pas dire parfois poussif (même s’il fonctionnait finalement très bien sur Les enfants du marais et Effroyables jardins), pour s’essayer à la caméra à l’épaule et une image pas toujours très nette. Plus dynamique, le film paraît du coup moins enfermé dans un écrin de mouvements de caméra parfaits comme ça avait pu être le cas dans certains de ses précédents films.

lien permanent

Petites critiques au coin du feu  (Bousillages d'autres genres) posté le mercredi 11 juin 2008 18:59

L’ange exterminateur (Luis Buñuel, 1962)

Je ne suis pas familier de Buñuel. Pour une raison inconnue, j’hésite toujours à voir ses films… et pourtant, à chaque fois, quelle claque ! Celui-ci ne déroge pas à la règle, en nous montrant à travers son regard aiguisé la déchéance de la société par ses institutions les plus établies. Un film ancré dans son époque, celle de la lutte des classes, qui nous montre une bande de bourgeois incapables de sortir de la pièce où se déroule une réception. Pour une raison inconnue, ils ne peuvent pas sortir, et personne ne peut venir les aider. L’obstacle est psychologiquement insurmontable. Isolés, les bourgeois tentent un moment de maintenir les apparences avant de sombrer dans les pires bassesses individualistes. Métaphore intrigante, portrait au vitriol, surréalisme rampant, le film instaure un climat reconnaissable entre mille : c’est un film de Buñuel.

 

Raisons d’Etat (Robert de Niro, 2007)

Chef d’œuvre ! Pour sa deuxième réalisation, De Niro a fait un de ces films définitifs que beaucoup de réalisateurs de profession sont totalement incapables de pondre. Toute la grandeur de ce long-métrage est de prendre son temps, d’installer ses ambiances, ses personnages, et de les enliser petit à petit dans leur mode de vie secret. Raisons d’Etat est un film long (2h40), et il ne pouvait pas être plus court : pour dessiner le portrait d’un personnage qui épousera les combats secrets de son pays pendant 25 ans, il fallait prendre son temps. De Niro a la réputation de se couvrir énormément pendant ses tournage (ce qui lui fait prendre en général beaucoup de retard), et cela donne une identité filmique assez neutre à son métrage : on n’y sent pas une personnalité de réalisateur particulièrement affirmée. Cependant, le film reste un chef d’œuvre, car lorsque le générique défile, on a le sentiment que c’était la meilleure façon de raconter cette histoire. Car l’apparente neutralité de la mise en scène fait écho à l’apparente neutralité du personnage principal, et finit par participer de l’étrange impression d’étouffement qui prévaut à la fin de l’histoire.

 

Michael Clayton (Tony Gilroy, 2007)

Bof bof ! Devenu réalisateur, le scénariste des trois Bourne s’emmêle un peu les pieds dans son intrigue à tiroir, et oublie de dynamiser le récit de cet avocat surdoué (George Clooney), qui se voit confronté à un cas de conscience pour la première fois de sa carrière de redresseur de situations louches. La plus grande réussite de ce film est le personnage de la méchante, incarnée par Tilda Swinton, qui est très loin du bad guy caricatural faisant le mal parce qu’il est naturellement mauvais. La décrire comme une accro du boulot qui en arrive à prendre des décisions extrêmes pour préserver la cohérence de son œuvre au sein de sa boîte est une très bonne idée. Sinon, les décisionnaires sur ce film ont apparemment voulu rester « en deçà », c'est-à-dire ne mettre aucune information au dessus d’une autre afin d’accroître l’impression de réalisme, voire la confusion du spectateur. C’est la grande limite du film, qui entretient très difficilement son suspense. Dommage !

 

Universal soldier 2, le combat absolu (Mic Rogers, 1999)

Probablement la plus grosse bouse jamais tournée par Jean-Claude Van Damme. Et pour le coup, on passe un bon moment à regarder au vingt-cinquième degré cet espèce d’OVNI vidéo où tout le monde joue si faux qu’on croirait qu’ils font un concours de la plus grosse endive. L’action est atroce, le budget riquiqui, et Van Damme n’était visiblement pas encore sorti de ses problèmes de drogue. Très amusant.

 

REC (Paco Plaza, Jaume Balaguero, 2007)

J’ignore pourquoi tout le monde crie au chef-d’œuvre en parlant de ce film espagnol. Il y a des fulgurances de mise en scène, c’est sûr, mais les réalisateurs n’exploitent pas si bien que ça leur credo « film entièrement subjectif ». Ils ont trop souvent recours à des trucs éculés de films d’horreur (le gros sons pour appuyer les surprises, par exemple). Et puis on commence à avoir fait le tour de toutes les figures imaginables dans le cadre des films de « bobines récupérées » : la caméra posée par terre, l’opérateur à qui on demande d’éteindre la caméra mais qui ne l’éteint pas et filme des jambes qui parlent, les séquences en infrarouge…

Au final, REC est un film pas mal, sans plus. Il souffre du même problème qu’un Cloverfield (voir cet article) : il n’y a pas de mise en scène autre que celle cherchant à faire croire que la caméra est effectivement portée par ses personnages pendant tout le film. Un peu léger. J’attends quand même Diary of the dead de Romero, parce qu’avec un peu de chance, lui s’essaiera à la mise en scène dans ce genre très codifié qu’est le film de « bobine récupérée ».

 

Les parrains (Frédéric Forestier, 2005)

Voilà ce que devrait viser l’industrie du divertissement française ! (Encore que vu les scores du film au box office, je doute qu’ils aient envie de reproduire l’expérience). Et c’est dommage, car on retrouve dans ce film tout ce qui fait que le spectateur français va généralement plus facilement vers une comédie américaine que vers un film français. Un scénario malin et bien structuré, des personnages très bien définis, des acteurs au cordeau, et un filmage énergique. Cette histoire d’anciens braqueurs qui se retrouvent vingt ans plus tard pour organiser un nouveau braquage de bras cassé est un très bon film de divertissement à la française, pour peu qu’il en existe encore. Pas prétentieux pour un sou, mais pas désespérément con non plus. Un bon compromis.

lien permanent