Pas de malentendu: MR73 est un film intéressant, sincère et viscéral. Un bon film, un film de genre français, un film qui fait du bien. Mais qui souffre quand même de défauts, notamment dans sa stylisation. Je n’ai rien contre l’icônisation du flic, à l’américaine avec manteaux en cuir long avec écrit « police » en gros sur le dos, les gros flingues dans le coffre, mais parfois, l’Olivier Marchal, il pousse un peu le bouchon… J'ai du mal avec des flics roulant dans des voitures de sport et d'énormes bagnoles toutes neuves. C'est totalement artificiel dans l'univers décrit dans le film, qui se veut réaliste et glauque. Le pompon est atteint avec le GIGN qui débarque au volant de gros Hummers dans la scène du détournement de bus ! Des Hummers tout neufs, face à un bus tellement vieux qu'il n'est plus en circulation depuis (au moins), le début des années 80!
M’enfin passons. C'est un film de genre, je vais pas cracher dessus, chuis déjà bien content qu'il y en ait un (bon), et bien de chez nous, en plus ! Je me répète, mais ça fait plaisir. Je chipote, là. Mais qui aime bien châtie bien, alors je poursuis.
L’autre outrance stylistique qui me gêne un peu, c’est l’utilisation des décors. La prison dans laquelle Subra est incarcéré est un fantôme de prison ! c’est une ruine, un bâtiment administratif visiblement abandonné que les décorateur ont eu la bonne idée d’utiliser, mais que Marchal leur a demandé de n’absolument pas modifier ! On se retrouve donc avec une série de séquences qui se déroulent dans un décor moisi, avec la peinture toute décollée sur les murs, des traces d'inondations et de dégâts des eaux permanents... et là surgit le sentiment du faux. Ce sentiment que l’on a lorsque l’on regarde un court-métrage tourné pour 500 euros dans une cave abandonnée. L’impression qu’il n’y avait pas de chef déco sur le projet. C’est d’autant plus dommage cette recette est aussi appliquée pour représenter le commissariat et l’appartement de Louis (Daniel Auteuil). Tout est atrocement glauque, et pas aidé par une lumière privilégiant les très forts contrastes. Le glauque assumé c’est bien, mais le glauque stylisé, ça devient vite artificiel ! (Voyez pour preuve la décadence progressive de la série des Saw... et puis tout le monde n'est pas David Fincher: Seven n'est pas à la portée du premier venu). Je sais, ces décors suintants sont un reflet direct de la subjectivité et de la mentalité des personnages qui y évoluent... et le personnage d'Auteuil a vraiment la tête dans le caniveau... mais franchement, à ce niveau là, je n'arrive plus à y croire. Et pourtant, je suis très tolérant en matière de stylisation.
Ceci dit, le film était pas mal. Auteuil est possédé par son rôle ; et même s’il force un peu le trait, ce n’est pas évident d’inviter un spectateur à suivre avec enthousiasme pendant deux heures une épave humaine. Il parvient pourtant à le faire. Grosse-grosse performance, donc.
De même, le scénario fait assez fort dans la prise de risque, puisqu’à mi film, il clôt la problématique initiale du film pour partir dans une autre direction. Beaucoup de films ont tenté le changement radical, mais se sont plantés, car ce n’est pas évident de maintenir une tension lorsque les plus gros enjeux y sont résolus tôt. Et pourtant, ils l’ont fait. Et jusqu’au bout de son chemin de croix, on accompagne ce flic déchu. Certains ont la présomption de comparer ce film au Bad Lieutenant de Ferrara. N’exagérons pas, il est difficile, voire impossible d’égaler le degré de folie du métrage datant de 1992. Marchal est plus malin que ça : il ne s’y frotte pas, il ne fait pas dans la référence. Il reste dans son domaine, le polar noir hardboiled. Inutile d’aller chercher une métaphore, une parabole, ou un message autre que celui, très émouvant, sur les séquelles qu’il a pu garder de sa propre expérience de flic (et d'une enquête comparable, qu'il a eu à mener). La fin du film est sujette à caution, évidemment, surtout pour les tenants du sacro-saint ordre moral politiquement correct que je conchie tant depuis le début des années 90, mais c’est toute l’essence de ce film d’envoyer tous les tenants de la juste pensée se faire foutre. De la même manière qu’il va un peu trop loin dans le glauque lorsqu’il décrit le quotidien des flics et des taulards, il va peut-être un peu trop dans le romantisme sur la fin.
Mais il est comme ça, Olivier Marchal : extrêmement sincère. Ses films ne sont pas voués à être pensés, ils sont voués à être ressentis. Et dans ses excès, Marchal me fait un peu penser à John Woo… colombes et chorégraphies en moins (ce qui n’est pas forcément un mal).


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