Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Bousillages d'autres genres

Marchal Régente le 73  (Bousillages d'autres genres) posté le lundi 24 mars 2008 12:00

Pas de malentendu: MR73  est un film intéressant, sincère et viscéral. Un bon film, un film de genre français, un film qui fait du bien. Mais qui souffre quand même de défauts, notamment dans sa stylisation. Je n’ai rien contre l’icônisation du flic, à l’américaine avec manteaux en cuir long avec écrit « police » en gros sur le dos, les gros flingues dans le coffre, mais parfois, l’Olivier Marchal, il pousse un peu le bouchon… J'ai du mal avec des flics roulant dans des voitures de sport et d'énormes bagnoles toutes neuves. C'est totalement artificiel dans l'univers décrit dans le film, qui se veut réaliste et glauque. Le pompon est atteint avec le GIGN qui débarque au volant de gros Hummers dans la scène du détournement de bus ! Des Hummers tout neufs, face à un bus tellement vieux qu'il n'est plus en circulation depuis (au moins), le début des années 80!

M’enfin passons. C'est un film de genre, je vais pas cracher dessus, chuis déjà bien content qu'il y en ait un (bon), et bien de chez nous, en plus ! Je me répète, mais ça fait plaisir. Je chipote, là. Mais qui aime bien châtie bien, alors je poursuis.

L’autre outrance stylistique qui me gêne un peu, c’est l’utilisation des décors. La prison dans laquelle Subra est incarcéré est un fantôme de prison ! c’est une ruine, un bâtiment administratif visiblement abandonné que les décorateur ont eu la bonne idée d’utiliser, mais que Marchal leur a demandé de n’absolument pas modifier ! On se retrouve donc avec une série de séquences qui se déroulent dans un décor moisi, avec la peinture toute décollée sur les murs, des traces d'inondations et de dégâts des eaux permanents... et là surgit le sentiment du faux. Ce sentiment que l’on a lorsque l’on regarde un court-métrage tourné pour 500 euros dans une cave abandonnée. L’impression qu’il n’y avait pas de chef déco sur le projet. C’est d’autant plus dommage cette recette est aussi appliquée pour représenter le commissariat et l’appartement de Louis (Daniel Auteuil). Tout est atrocement glauque, et pas aidé par une lumière privilégiant les très forts contrastes. Le glauque assumé c’est bien, mais le glauque stylisé, ça devient vite artificiel ! (Voyez pour preuve la décadence progressive de la série des Saw... et puis tout le monde n'est pas David Fincher: Seven n'est pas à la portée du premier venu). Je sais, ces décors suintants sont un reflet direct de la subjectivité et de la mentalité des personnages qui y évoluent... et le personnage d'Auteuil a vraiment la tête dans le caniveau... mais franchement, à ce niveau là, je n'arrive plus à y croire. Et pourtant, je suis très tolérant en matière de stylisation.

Ceci dit, le film était pas mal. Auteuil est possédé par son rôle ; et même s’il force un peu le trait, ce n’est pas évident d’inviter un spectateur à suivre avec enthousiasme pendant deux heures une épave humaine. Il parvient pourtant à le faire. Grosse-grosse performance, donc.

De même, le scénario fait assez fort dans la prise de risque, puisqu’à mi film, il clôt la problématique initiale du film pour partir dans une autre direction. Beaucoup de films ont tenté le changement radical, mais se sont plantés, car ce n’est pas évident de maintenir une tension lorsque les plus gros enjeux y sont résolus tôt. Et pourtant, ils l’ont fait. Et jusqu’au bout de son chemin de croix, on accompagne ce flic déchu. Certains ont la présomption de comparer ce film au Bad Lieutenant de Ferrara. N’exagérons pas, il est difficile, voire impossible d’égaler le degré de folie du métrage datant de 1992.  Marchal est plus malin que ça : il ne s’y frotte pas, il ne fait pas dans la référence. Il reste dans son domaine, le polar noir hardboiled. Inutile d’aller chercher une métaphore, une parabole, ou un message autre que celui, très émouvant, sur les séquelles qu’il a pu garder de sa propre expérience de flic (et d'une enquête comparable, qu'il a eu à mener). La fin du film est sujette à caution, évidemment, surtout pour les tenants du sacro-saint ordre moral politiquement correct que je conchie tant depuis le début des années 90, mais c’est toute l’essence de ce film d’envoyer tous les tenants de la juste pensée se faire foutre. De la même manière qu’il va un peu trop loin dans le glauque lorsqu’il décrit le quotidien des flics et des taulards, il va peut-être un peu trop dans le romantisme sur la fin.

Mais il est comme ça, Olivier Marchal : extrêmement sincère. Ses films ne sont pas voués à être pensés, ils sont voués à être ressentis. Et dans ses excès, Marchal me fait un peu penser à John Woo… colombes et chorégraphies en moins (ce qui n’est pas forcément un mal).

 

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Very Dante things  (Bousillages d'autres genres) posté le vendredi 25 janvier 2008 11:29

Dante 01 (dont vous trouverez la bande annonce ici) est un film maladroit, que j’aurai adoré aimé, mais qui se trouve être au final quand même bien ennuyeux. Les personnages y sont trop peu définis, ou trop caricaturaux. Les situations tombent comme des cheveux sur la soupe et au bout de quelques cheveux, on a envie de jeter la soupe.

Ceci dit, les effets spéciaux sont à la hauteur ; il n’y a rien à dire à ce niveau. Le problème reste qu’avec des personnages aussi pauvres, le déroulement de l’histoire n’intéresse personne. La tension principale créée par le scénario consiste à nous faire nous interroger sur la raison d’être de ce fameux St-George. On ne comprendra pas avant la toute dernière image du film, mais il vient un moment où ça ne nous intéresse plus, juste parce que l’instant du dévoilement est trop souvent repoussé. Comme aucune des sous-intrigues ne nous accroche à notre siège (une molle tentative d’évasion, une femme médecin aux mœurs suspectes jouée de manière très raide par Linh Dan Pham), l’attention se fait a-tension puis léthargie, et on attend placidement que le récit se termine pour enfin connaître le fin mot de l’histoire et sortir de la salle.

C’est dommage, parce que j’aurais adoré aimer ce film. De la part de Caro, on pouvait s’attendre à une débauche d’idée de science-fiction efficaces, et on y a droit. On pouvait s’attendre à des effets spéciaux maîtrisés, on y a droit. On pouvait s’attendre à de bonnes grosses gueules cassées, on y a droit. On pouvait s’attendre à une histoire entraînante et bien ficelée, mais là, on n’y a pas droit.

En voyant ce film et à la lumière des films solo de Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles), on voit bien qui a fait quoi dans les films de Caro et Jeunet. Caro a de très grands mérites, mais ce n’est pas un grand conteur, ni un grand directeur d’acteurs, malheureusement.

 
Etrangement cependant, un jour après, ce film me hante encore. Pourquoi ? Tout simplement parce que Dante 01 était un petit peu plus qu’un simple film de science-fiction. Son récit, outre parler de taulards sur lesquels on fait des expériences scientifiques qui tentent de s’évader, cherche à développer une thématique mystique.

Y’a pas à dire, un film qui ne se contente pas seulement d’être un divertissement, mais qui cherche à avoir un sous-texte, même grossier, même caricatural, laisse une trace. Chaque fois que je vois un film comme ça, j’ai l’impression de l’avoir vu en trois dimensions. Les deux dimensions classiques de l’image, longueur-largeur, et une troisième, « intellectuelle » (je mets des guillemets parce qu’il faut remettre chacun à sa place, on n’est pas chez Antonioni non plus). Une profondeur qui ne se lit qu’entre les lignes. J’en parle au sujet de Dante 01 parce que c’est un bon exemple : l’histoire et le récit de cet histoire manquant en toute objectivité d’intérêt, ce n’est pas à eux auxquels on pense le lendemain en se levant, mais à la métaphore.

Je sais, quiconque un tant soit peu athée ayant vu le film poussera des cris d’orfraie en voyant la métaphore chrétienne bien lourde que contient ce film. Je suis moi-même complètement athée, mais ça ne m’empêche pas d’apprécier les films de Mel Gibson… et cette idée, ultra-naïve, qui conclut le film de Caro. Un ami m’a fait remarquer que Dante 01 était quasiment un film créationniste. C’est une excellente manière de l’interpréter, pour sûr. Que le monde soit une sorte d’enfer originel sauvé par un être absorbant le mal qu’il contient, que ce type soit arrivé d’on ne sait où sur une station spatiale en forme de croix orbitant autour de ce monde, ça ressemble effectivement à du créationnisme (voire du raëlisme!). Sûr qu’en zoomant à fond avec leur super matériel, les personnages pourraient apercevoir Adam et Eve se disputer la pomme dans le jardin d’Eden.

Je rigoles, je rigoles, mais le film de Caro me fait fortement penser à Sunshine de Danny Boyle. Tout simplement parce les deux films ont pas mal de similitudes, à commencer par leur ambition artistique, qui va bien au-delà du simple film de divertissement. Boyle a réussi partout où Caro a échoué, à commencer par la définition  des personnages et la relation entre eux. Tout le reste est extrêmement bien raconté, les SFX sont réussis, et même si la dernière partie est un peu étrange et jure avec le reste du métrage, c’est un excellent film, qui porte bien plus sur la condition humaine que sur un simple voyage intersidéral. Le genre de film en trois dimensions, le genre de film auquel on pense encore en se levant le lendemain matin.

Dante 01 a beau être loupé, il avait des ambitions. Il sera toujours moins loupé qu’un simple film de divertissement qui aurait raté sa cible.

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