Je me suis longtemps demandé quel
était l’intérêt de mettre les bandes
annonces des films dans les bonus de DVD. La plupart du temps, je
ne les regarde pas (les BA).
Et puis, récemment, je me suis souvenu
de la sensation de joie intense et l’impatience insoutenable
qui avait suivi lorsque j’ai vu pour la première fois
la bande annonce de
Waterworld sur Canal + dans le journal
du cinéma, en 94 ou 95. Les types ne s’étaient
pas beaucoup fatigués, ils avaient assemblé quelques
scènes d’action sur le Carmina Burana de Carl Orff.
Mais ça faisait son petit effet. Cette première
impression m’a conduit à voir le film malgré
les critiques, et malgré les gens autour de moi
–heureusement. Je n’ai jamais revu cette bande-annonce
par la suite, mais elle est restée gravée dans ma
mémoire. J’avoue maintenant que lorsque je la
revisionne sur le DVD, je revois à travers elle tous les
sentiments mixés qui en découlaient.
Il y a peu de bandes annonces capables de
créer une attente de cet ordre. Mais quand elles y arrivent,
elles créent un tel plaisir de visionnage qu’il
pourrait presque leur donner leur indépendance
vis-à-vis du film dont elles font la promotion. Du coup, il
m’arrive souvent de les revisionner après avoir revu
le film dont elles sont tirées, lorsqu’elles
m’ont marqué.
Pêle-mêle, en ce qui me concerne,
les plus marquantes restent celle de
Die Hard 3
(l’étrange souplesse des images, les punchlines
décontractées de Willis), le teaser de Terminator 2 (filmé
spécialement pour l’occasion, où l’on
voyait une chaîne de fabrication de terminators, et qui se
concluait sur Schwarzenegger sortant d’un moule), le teaser
de
L’attaque des clones (bruits de
respiration de Darth Vador sur fondus au noir qui
révèlent quelques images du film), le teaser des
Rivières
pourpres (une idée marketing
risquée, mais grandiose ; extrêmement
représentative de l’esprit du film). Ou la bande
annonce de
Sunshine, dont transpire tout
l’aspect mystique du film (ah, la musique de Clint
Mansell !). Celle de V pour Vendetta (en V.O.,
évidemment, avec son emblématique
« Remember, remember, the fifth of november »
qui me donne encore le frisson). Celle des
Fils de
l’homme également, qui
retransmettait si fidèlement cet état d’esprit
désespéré d’une civilisation au bord du
gouffre qui sous-tend tout le film. Je sais aussi que je reverrai
celle de
I am Legend dès que
j’aurai le DVD entre les mains (ah, la musique de
Mansell !). Et il y en a un tas d’autres :
Alien3, Constantine,
Payback, Gangs of New
York… une bonne bande annonce, c’est une
petite œuvre d’art. Avec ses images, sa musique, et ses
promesses.
Il y a par contre des bandes-annonce
qu’il faut surmonter pour aller voir le film. Elles ne sont
pas représentatives du film, et n’en donnent pas un
aperçu attirant. La dernière d’entre elles fut
celle d’Apocalypto de Mel Gibson.
L’action avait l’air d’y être filmée
maladroitement, la patine vidéo faisait peur, et
l’ensemble ressemblait à un vague documentaire sur les
Mayas. Mais connaissant la propension de Gibson à faire dans
le viscéral, je suis allé voir le film malgré
sa bande-annonce. Et je n’ai pas été
déçu. Mais combien de gens ne sont pas allé le
voir parce que le trailer les en a
découragé ?
Et puis il y a les bandes-annonces
mensongères. Celles qui vous montrent des morceaux de film
que vous ne verrez jamais montés. La première bande
annonce de
Mr & Mrs
Smith était de celles-là. Au beau
milieu, on y voyait Brad Pitt et Angelina Jolie dans la
scène du désert (celle où Brad explose au
bazooka la cabane dans laquelle se planque Jolie). Dans le
résumé, il nous était montré
clairement que les deux se reconnaissaient
à ce moment en se voyant avec leurs jumelles. C’est un
ressort dramatique important du film et il est regrettable de le
montrer dans la bande-annonce, mais ok. Au bout du compte, dans le
métrage, ils ne se reconnaissent pas du tout à ce
moment, mais bien plus tard dans l’intrigue. Encore
aujourd’hui, quand je revois le film, je me souviens de cette
fausse idée véhiculée par le trailer, et
ça me perturbe.
Pour attirer le chaland, il faut arriver
à mettre assez de moments marquants dans le trailer, sans
pour autant gâcher le spectacle au moment où il verra
le film. Mais tout reste une question de réception du
spectateur. Personnellement, lorsque j’ai déjà
vu un gag dans la bande annonce, le plaisir m’est
complètement retiré s’il n’y a rien de
nouveau dans le film. Or, combien de fois ai-je vu ou entendu des
gens exulter en disant à leur voisin « j’ai
déjà vu ça ! » ou
« ah je sais ! » à un moment
où se profilait l’un de ces moments
gâchés ?
Beaucoup, il faut avouer. Autrement dit,
beaucoup de gens ne sont pas gênés par le fait de
connaître déjà des moments-clés du film.
Ils sont même contents de les voir arriver ! Les
décideurs du marketing cinéma savent ce qu’ils
font : ils ont dû faire de grosses études
marketo-psychologiques, dont il est certainement ressorti
qu’il y avait un camp majoritaire, et un camp minoritaire.
Visiblement, la majorité aime savoir ce qui se passe dans un
film. Donc, les bandes annonces se contentent la plupart du temps
d’être de bêtes résumés du film, un
peu plats, avec une musique empruntée à un autre film
du même état d’esprit.
Mais il y en a des créatives, qui
cherchent à représenter le film et son état
d’esprit non pas en le résumant, mais en créant
quelque chose de nouveau à partir des images glanées
dans le film. Outre mes bande-annonces cultes citées plus
haut, je pense à une bande-annonce qui m’avait
marqué en son temps, parce qu’elle me donnait envie de
voir le film alors que je savais très bien qu’il ne me
plairait pas : il s’agit de la bande-annonce teaser de
Taxi, premier du nom. Je ne suis pas fan de
l’outrance comique à la française, façon
De Funès ou Clavier dans ses basses œuvres, donc je
n’ai effectivement pas aimé le film. Mais la
bande-annonce était un petit chef-d’œuvre. Il y
avait une accroche très calme, les flics au bord de
l’autoroute, avec leur radar posé sur pied devant la
voiture. Plusieurs véhicules se succédaient, tous
plus lents les uns que les autres, puis passe le fameux taxi, si
vite que le radar est soufflé et se casse la figure.
S’ensuivait alors une série de cascades en musique, et
il faut reconnaître, il y avait un certain humour
derrière tout ça. C’est d’ailleurs une
recette qui est devenue gimmick pour toute la série des
Taxi.
La seconde bande annonce était plus
représentative du film et de son humour outrancier, et elle
m’amusait déjà beaucoup moins. Mais je suis
allé voir le film à cause de la première !
Comme quoi, la première
impression…
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