ATTENTION CET ARTICLE EST REMPLI DE SPOILERS
– QUICONQUE TIENT A VOIR LE FILM SANS TROP EN CONNAÎTRE
LES DETAILS DEVRAIT ATTENDRE D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE
S’Y PLONGER
1) Un nouvel espoir critique
(24 février 2008)
Indiana Jones !
Cette fois c’est vrai, ce n’est plus une rumeur, on ne
peut plus en douter : un quatrième film est en
post-production ! La preuve : des bouts du prochain
Indiana Jones sont diffusés sur le net en guise de teaser !
Quiconque, comme moi, a grandi avec le docteur Jones sait ce que
ça signifie. Star Wars,
c’était bien, d’accord, mais le héros, le
vrai, l’unique, le seul, le chapeauté,
c’était Indy. Faire un nouvel Indy
après 20 ans, c’était quand même
osé. Ceci dit, Stallone a fait la
même chose avec ses deux héros fétiche, et il a
super bien réussi. Donc pourquoi pas ? Harrison
Ford presque grabataire à 65 balais qui fait des
cascades encore plus virtuoses qu’au moment de sa splendeur
dans les années 80 ? M’en fous, je prends !
Et la première bande annonce est terrible à ce
niveau. Je ne l’ai vue qu’une fois,
c’était un pauvre screener tremblant, filmé en
biais sur un écran lointain, mais ce que j’y ai vu a
suffi pour me rassurer. Ça va être une bombe !
Des machineries encore plus tordues que dans
« les aventuriers… »
des méchants encore plus machiavéliques et
typés que dans « …le temple
maudit », des cascades épiques, et des
relations entre les personnages aussi fouillées que dans
« …la dernière
croisade » ? Voilà mon espoir.
Sera-t-il exaucé ou Indy sera-t-il la seconde victime
cristallisée par le revival 80’s après
John McLane ? Nous le saurons le 21 mai. Ce
qui est sûr, c’est que je ne verrai plus une seule
bande annonce avant la sortie du film. Pour une fois, je veux me
garder l’émerveillement de la surprise.
La bande-annonce ici!
2)
L’attaque de la critique (23 mai
2008)
ATTENTION SPOILERS SUR TOUT LE RESTE DE
L'ARTICLE!!!
Décidément, plus on tente de
faire revivre les vieilles icônes 80’s, plus on se rend
compte qu’elles font partie d’un passé
révolu… finalement, parmi tous ces n°4 qui
déferlent depuis quelques temps, seul Rambo
s’en sera sorti avec les honneurs (en attendant le
cinquième, qui risque du coup de devenir une purge sans nom,
déplaçant le problème de quelques
années).
Si j’ai l’air
désespéré après ma séance
d’Indy 4, c’est parce que j’ai
le sentiment que Spielberg n’a plus tellement le cœur
à l’ouvrage. Plusieurs fois pendant le film, il semble
en effet être complètement à cours
d’idées pour mettre en scène ses personnages.
C’est une première pour le metteur en scène, et
c’est triste que cela lui arrive pendant le tournage du
nouvel Indiana Jones. A moins que ce ne soit le symptôme
d’un changement radical d’état d’esprit,
celui d’un homme passé au stade mature de sa
créativité pendant les années 90, et qui ne
peut plus totalement revenir en arrière, et régresser
au stade d’entertainer génial - et
peut-être un peu creux - qu’il était pendant les
années 80. Il l’a dit lui-même en interview, il
lui a fallu se replonger dans l’état d’esprit
qui le guidait lorsqu’il faisait les premiers Indy dans les
années 80 pour effectuer ce tournage. Autrement dit, il
n’était plus impliqué corps et âme dans
l’aventure, mais il était dans la distance.
Et cela se sent, assez souvent dans le film,
malheureusement.
Les premières critiques ont
stigmatisé beaucoup de choses sur Indy 4, et bien que
j’ai essayé d’en lire le minimum, j’ai eu
vent du rejet par certains de la thématique
« années 50 », du nœud de
l’intrigue reposant sur des extraterrestres, du trop plein
d’action, ou au contraire pour d’autres du trop peu
d’action. J’étais prêt pour tout, je
m’attendais à tout, et de toutes façons,
concernant Indy, j’étais plus
où moins prêt à accepter toutes les aberrations
scénaristiques possibles sans ciller. Mais je ne
m’attendais pas, surtout de la part de Spielberg, à ce
que le problème vienne de la réalisation.
Comme je le disais, au bout du compte, je
n’ai rien contre la thématique années 50. Bien
au contraire : Indy a vieilli, il a bourlingué dans
tous les sens, et il est maintenant un vieux monsieur avec un
passé écrasant. L’ambiance parano des
années de guerre froide est dépeinte plutôt
malicieusement, et ça rend un peu nostalgique de voir ce bon
vieil archéologue n’être plus qu’un pion
jetable dans la société américaine.
Par ailleurs, que l’intrigue tourne
autour d’une relique extraterrestre en a choqué plus
d’un, mais je l’accepte aussi bien volontiers, car
l’intrication recherches archéologiques /
découverte des extraterrestres est suffisamment bien
amenée pour la rendre crédible dans le contexte de
l’histoire.
Il y a aussi ce petit côté
« Indiana Jones et sa petite famille
partent à l’aventure » qui crispe pas mal
de gens, ce que je comprends car on y perd beaucoup de
l’aspect héroïque pur du personnage, mais qui ne
me pose pas plus de problème que ça.
Ce qui me gêne beaucoup dans ce film par
contre, c’est que la suspension
d’incrédulité, qui a toujours été
violemment mise à contribution par les
précédents opus, est complètement mise
à mal, et cela plusieurs fois, dans ce dernier film. Je suis
peut-être pointilleux, mais l’épisode du frigo
qui vole, rebondit mille fois et permet à Indy de survivre
à l’explosion nucléaire m’a vraiment
refroidi au début du film.
Puis vint la fin de cette séquence en
voitures – sur laquelle je reviendrai plus tard –
où Marion, qui conduit, choisit volontairement et contre
l’avis d’Indy, de balancer le
véhicule du haut d’une falaise directement sur un
arbre, qui se courbe sous le poids de l’engin et les
dépose délicatement dans l’eau. Ce moment,
comme l’épisode du frigo, m’a choqué.
Tout bêtement parce que j’ai beau accepter des
milliards de choses fantaisistes dans un film comme
celui-là, je ne crois pas une seconde que Marion puisse
poser volontairement sa voiture sur un arbre. A la limite, si
ça avait été involontaire…
Ajoutons aussi ce moment où Mutt,
poussé en dehors du véhicule pendant la poursuite en
bagnole, se retrouve instantanément à jouer à
la perfection au tarzan, au point d’arriver, volontairement,
à finir sa course sur le véhicule des méchants
et de sauver ses amis in extremis. C’est trop facile,
ça sonne faux. Ils ont vraiment l’air d’avoir
bâclé ce moment…
Quiconque lit ce papier sans être fan
d’Indiana Jones doit me croire fou de pinailler sur des chose
pareilles, mais la saga était parfaite de ce point de vue
depuis le début : il n’y avait jusqu’alors
jamais eu de faute de goût de ce genre. Et c’est
décevant d’en voir plusieurs dans le numéro
4.
L’autre grande déception,
c’est que pour la première fois aussi, on
s’ennuie un peu pendant certaines scènes. Notamment
durant ces longs couloirs dialogués dans les sous-sol du
cimetière où Indy et Mutt trouvent le crâne de
cristal. Toutes ces explications plan-plan, qu’est-ce que
c’est chiant ! Et on enchaîne immédiatement
sur les scènes où Indy est attaché à
une chaise, et où trois ou quatre personnages
défilent les uns après les autres pour pratiquement
expliquer leur fonction dans l’histoire ! Quelle
platitude ! Spielberg, même dans ses pires films,
n’a absolument jamais commis ce genre d’erreur de
débutant.
Mais on connaît aussi
Spielberg pour sa capacité à
utiliser les effets spéciaux avec une habileté qui
frise le génie, et nous étions en droit
d’attendre de lui de nouvelles prouesses dans ce nouvel Indy.
Loin s’en faut, encore ! Si tout va bien sur le
début du film, les effets se dégradent petit à
petit, et deviennent carrément ridicules à plusieurs
reprises durant la poursuite en voiture. Comme traditionnellement,
il arrive tout un tas de trucs les plus surréaliste aux
personnages, et c’est souvent enlevé et marrant, mais
il y a quantité de plans dans cette scène dont les
surimpressions en arrière-plan sont carrément
ri-di-cules ! Ces effets sont moins biens foutus que ceux qui
furent utilisés pour la poursuite en wagon de la fin du
temple maudit en 84, c’est dire ! Et c’est triste.
Et ne parlons pas des scènes finales, totalement
réalisées sur fond vert, à tel point
qu’on se croirait dans l’un des nouveaux
épidodes de Star Wars, voire parfois
(horreur !) dans le Van Helsing de
Stephen Sommers.
Ce film a des défauts, donc.
C’est indéniable, c’est pas si grave pour
certains, mais c’est le premier de la saga à en
accuser d’aussi visibles, et ça fait franchement mal
à la fibre du fan…
Ceci dit, Shia Laboeuf -
Mutt Williams incarne un rebelle en carton assez
génial, et c’est dommage qu’il soit
réduit à faire tapisserie sur toute la fin du
film.
Les scènes de début, dans
l’entrepôt et tous les efforts faits pour
décrire le changement radical d’ambiance dû
à la guerre froide, sont très savoureuses… si
seulement l’épisode du frigo avait été
plus finement amené !
Et pour finir, le personnage
d’Irina Spalko, la méchante
principale, est très creux, ce qui est plutôt triste
pour un film de cette trempe.
J’arrête là ma diatribe.
Mon article n’est qu’une liste des défauts que
j’ai pu relever au fil du visionnage… et le film n'est
pas une purge, loin de là! C'est un film enlevé,
bourré de péripéties, qui respecte son credo
consistant à rendre hommage aux serials des années 40
jusque dans son utilisation foireuse des effets spéciaux,
avec de vraies fulgurances de réalisation (tout le
début en est bourré, et la série
d'énigmes à résoudre à la toute fin est
assez bonne également). Mais il déboulonne aussi mon
mythe Spielberg, et ça, ça fait un peu mal.
Spielberg est devenu un réalisateur
dont le film le plus commercial de ces dernières
années est un film de science fiction pessimiste, radical et
métaphorique (la guerre des mondes)…
revenir soudainement à une forme de cinéma uniquement
vouée à l’entertainment a visiblement
été un exercice difficile, et la réadaptation
ne s’est pas faite sans mal. Le plus grand mérite de
Spielberg jusqu’à ce jour a été de
parvenir, grâce au génie de sa mise en scène,
à donner une assise réaliste à toutes les
situations les plus insensées que l’on puisse
imaginer. A ce jeu, même dans ses films les plus faibles,
comme Always ou Hook, il restait
un maître absolu. Pour la toute première fois de sa
carrière, dans Indiana Jones et le royaume du
crâne de cristal, il échoue dans ce
domaine.
Spielberg aurait il perdu la main, comme
certains se le demandent ?
J’espère que non. Mais pour la
toute première fois à son sujet, j’ai peur pour
la suite.
L’article est négatif, la
déception est là, il a bien fallu que j’analyse
d’où elle venait, mais je ne peux pas
m’empêcher de l’aimer quand même, ce film.
Car c’est un Indiana Jones, quoi qu’on
en dise ! Il est juste moins parfait que les trois autres.
Nous verrons si je change
d’opinion en revoyant le film en vidéo. Rendez-vous
dans six mois pour la revanche de la
critique !
Commentaires