Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Carnages critiques trilogiques

The incredible monstre vert  (Carnages critiques trilogiques) posté le jeudi 13 mars 2008 12:28

Je ne fais pas partie de ceux qui vomissent sur le Hulk de Ang Lee. La mise en place était un peu longue, mais la mise en scène était particulièrement soignée. Il fallait oser pousser à ce point le principe des split-screens sur toute la longueur du film… j’avoue d’ailleurs avoir détesté le film la première fois que je l’ai vu... obtus que je fus!  Ce n’est qu’en le revoyant que j’ai saisi l’ampleur expérimentale du film (il aurait bien mérité une critique trilogique, celui-là !).

Beaucoup de gens ont reproché au film d’avoir exagéré les pouvoirs de Hulk (des gens dont la culture n’était que télévisuelle, qui ne connaissaient du superhéros que la série télé, et n’avaient jamais lu une seule BD).

Beaucoup ont aussi reproché à ce premier Hulk une patine trop synthétique ; en clair, il n’était constitué que d’images de synthèse, ce qui le rendait trop artificiel. Je trouvais de mon côté que le boulot avait été plutôt bien abattu. Ang Lee s’était fixé des défis techniques très osés, comme « la peau verte de Hulk mouillée », « Hulk qui grandit », « Hulk qui rétrécit et redevient Bruce Banner », qui auraient pus être évités pour plus de simplicité. Ces défis ont été la plupart du temps relevés avec talent, voire poésie (Hulk redevenant Bruce Banner). Mais il faut reconnaître que l’histoire avait tendance à se traîner beaucoup avant qu’on ne puisse réellement voir enfin le monstre vert en action.

Le film a eu un succès mitigé, qui a conduit les grands pontes d’Universal à d’abord abandonner la franchise, puis à se dire qu’il fallait peut-être la reprendre de zéro, en mieux. Il faut dire que le film de Lee était tellement expérimental que beaucoup, beaucoup de gens l’ont détesté. Ils ont apparemment (et judicieusement) décidé de se contenter de donner suite à l’histoire originale plutôt que d’opter pour un reboot (ouf, cinq ans après ç’aurait été idiot de se retaper la même histoire), et ils ont mis sur le coup un petit franchouillard, Louis Leterrier, réalisateur-faiseur talentueux (les deux premiers Transporteurs, Danny the dog).

Tous les gens oeuvrant sur cet opus ont clamé partout que l’objectif de ce deuxième film était de rebooster l’action, de montrer un Hulk bourrin et plus réaliste ( ?), autrement dit pas grand comme un immeuble, et avec moins d’utilisation des images de synthèse. Apparemment sa capacité à grandir au fur et à mesure de la montée de sa rage lui a été aussi enlevée. A défaut d’être plus réaliste (re-?), le nouveau Hulk sera plus compréhensible par le chaland de base : c’est un type qui, quand il s’énerve, et ben il se transforme en gros monstre vert et il casse tout. Au moins, c’est simple.

La bande annonce de The incredible Hulk vient de sortir… et elle est moyennement enthousiasmante. Premièrement, la qualité des effets spéciaux numériques ne semble pas s’être améliorée depuis 5 ans, puisque le Hulk semble avoir les mêmes textures qu’à ses débuts chez Ang Lee. Y’en a qui seront déçus, je me contente de ça : je trouvais la qualité plutôt bonne à l’époque. Ce qui est un peu gênant, c’est  l’impression de se retaper la même histoire : ils nous résument tout pareil que dans le premier film: vas-y que je t’explique que je me suis fait irradier par des rayons gamma, que je découvre que je me transforme en méchant tout vert… où est la baston, merde !? Le premier Hulk a-t-il été vu par si peu de gens ?

La baston intervient (enfin) dans les dernières secondes de la bande annonce… et à part quelques plans d’hélicoptère pas terrible, dont la chute de Banner est le pompon ridicule, ça sent le film pas fin qui va bourriner. C’est tout ce qu’on peut souhaiter d’une histoire racontant le destin d’un type qui devient littéralement vert quand il s’énerve, hein ?

Ben oui.

Espérons une bonne grosse série B. Si les ambitions du film vont au-delà, par contre, inquiétons nous.

Nous verrons cela dans l’attaque de la critique !

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Je suis un gros bourrin  (Carnages critiques trilogiques) posté le mercredi 27 février 2008 19:00

  1- Un nouvel espoir critique (19 janvier 2008)

Je l’admets. J’en suis un (gros bourrin). Je l’assume. J’ai vu il y a peu la toute première bande annonce d’une des dernières productions Besson, Taken, avec Liam Neeson.

On y voit une petite famille vivre sa vie, une jeune fille commencer à vouloir prendre son indépendance et sortir du cocon familial, et son père refuser de la voir s’éloigner. Puis il cède, la fille part à Paris et s’y fait kidnapper. Le père (Neeson) est un ex-agent de quelque chose, et dans une conversation  téléphonique anthologique, il explique presque calmement aux kidnappeurs que s’ils ne lui rendent pas sa fille immédiatement, il va les soigner à l’arme lourde (" i have some special skills for you"). ça promet du bien bourrin sans aucun second degré... le paradis, quoi ! C’est peu de dire que j’ai littéralement exulté en la voyant. Aucune scène d'action dans cette bande, mais Pierre Morel sait y faire (Banlieue13 en tant que réal, et Le Transporteur comme Chef op'). J’ignore si ce film sera à la hauteur des attentes qu’il crée chez moi, mais je vais compter sur la capacité de l’écurie Besson à faire des films d’action efficaces (oui, je le pense : les productions Besson, en matière d’action du moins, sont largement à la hauteur des bon gros B américains, tout ce qu'elles prétendent être), et je vais aller voir ce film en courant le jour de sa sortie ! (Le 27 février) 

 

 2 - L'attaque de la critique (27 février 2008)

Autant vous le dire tout de suite, Taken est très exactement ce qu’on attend d’une série B d’action. L’écurie Besson commence à être bien rôdée à ce petit jeu, et la machine tourne bien. Après les Transporteur, Baiser mortel du dragon, B13 et Danny the dog, le film de Pierre Morel avec Liam Neeson ajoute une pierre à l’immense édifice du cinéma d’action. Comme d’habitude, on ne fait pas dans la dentelle : l’exposition est un peu caricaturale, la baston est bien violente, et le personnage ne s’embarrasse pas de sentiments quand il s’agit d’éclater des têtes de méchants. Mais qui a dit qu’on voulait un gentil good guy, qui respecte tout le monde, se contente de les assommer plutôt que de les massacrer, ne dit pas un gros mot et trouve la solution à son problème avec son cerveau plutôt qu’avec ses poings ? Personne, car heureusement, on n’est plus dans les années 90. Le politiquement correct est un arrière plan culturel, et les artistes posent en défonçant cet arrière plan. Youpi, donc !

La bande-annonce promettait de la baston sanglante et décomplexée, et on y a droit : le personnage de Liam Neeson n’a absolument aucun scrupule à torturer et tuer pour atteindre ses objectifs. Il n’a aucune pitié, et dans ce domaine, il fait volontiers penser à un Snake Plissken réaliste. Il se comporte en rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage, et ça fait terriblement plaisir à voir ! 

L’air de rien, Europacorp fait preuve d’une intelligence de production assez époustouflante : depuis une dizaine d’année, Besson se spécialise dans l’internationalisation de petites prods malines, moyennement friquées, sans grosses stars (quoique Jet Li… c’était un joli coup. Deux fois !), mais avec des acteurs bien charismatiques. Elles se vendent partout, durent 1h20 -1h30 max, on ne s’ennuie pas en les voyant, et le scénario ressemble à n’importe quelle production d’action américaine des années 80. Sauf que plus personne ne fait des films comme ça. Le marché est ouvert ! Besson a eu l’intelligence de le voir, et d’en profiter. Qui l’en blâmera ? Pas moi, parce qu’il comble ainsi un manque terrible ! 

Taken est donc fortement recommandé à toute personne qui aime les films de baston, de vengeance, et les petites séries B sans prétention.

 

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Le grand jump?  (Carnages critiques trilogiques) posté le vendredi 22 février 2008 12:00

1-Un nouvel espoir critique (19 février 2008)

Jumper (la bande annonce ici) a un gros paquet de handicaps à surmonter. Le premier d’entre eux étant sa star, Hayden Christensen, qui se traîne une réputation d’acteur de merde depuis qu’il a fait la plus récente trilogie Star wars. Pourtant, il n’y est pas si mauvais. Le gamin de l’épisode 1 était suprêmement mauvais, et Hayden Christensen n’était franchement pas très à l’aise dans l’épisode 2, Ok. Mais dans le troisième, il était très bien : torturé, puissant, égotique, parfait. Et puis il est très bon dans « Père et flic », même si le film n’est pas terrible. Je pense qu’on lui fait porter une partie du chapeau de la soi-disant trahison de Lucas vis-à-vis des fans de la première (et surestimée) trilogie. L’autre handicap majeur du film est son réalisateur. Il n’a pas fait une seule merde jusqu’à présent, vous me direz ? Peut-être, mais il a la réputation de travailler dans le chaos artistique le plus total, et il viendra bien un moment où le résultat s’en ressentira. La mémoire dans la peau et  Mr et mrs smith  s’en sont bien tirés, mais qui dit que Jumper n’est pas le premier faux pas de Doug Liman, que tout le monde, apparemment, attend ? Les critiques américaines sont assez unanimes sur la qualité du film : « belles scènes d’action, mais pas l’ombre d’un scénario, et Christensen joue comme un cageot ». Ok. Jusque là, où est la différence avec un Rambo ? Et pourtant, la critique a plutôt encensé le dernier opus de Stallone.

En tout cas, s’il y a action, baston, explosions, c’est un film destiné à être chroniqué dans ce blog… Personnellement, j’attends du film un plaisir du dépaysement, au sens fantastique du terme. Le fantastique n’est autre que l’irruption du surnaturel dans la vie quotidienne. Et la bande annonce est plutôt prolixe en images de ce genre : ancrées dans une réalité quotidienne (les choix d’étalonnage et de filmage rappellent ceux que Liman avaient déjà employé avec le succès que l’on sait sur « la mémoire dans la peau », et les effets spéciaux ne cherchent visiblement pas à prendre toute la place dans les plans et dans l’histoire.

Je suis franchement curieux de voir ce film, qui sort demain. Gamin, j’ai rêvé de téléportation après avoir lu une nouvelle de Stephen King sur le thème qui m’avait terrorisé. C'est bizarre que personne n'ait réellement fait un blockbuster sur ce thème avant... quoi de plus concept que cette idée?

 

2- l’attaque de la critique (22 février 2008)

Alors, quid de jumper ?

Et ben c’est pas si mal. C’est pas si bien non plus, mais c’est un film agréable à voir. 

Christensen joue mieux qu’un cageot, même si parfois un cageot exprimerait certaines émotions de manière plus efficace. On sent la technique pointer dans son interprétation. Gamin, il était spontané, il vivait son rôle plutôt que de le jouer, et maintenant… et ben il plaque des techniques persos, des recettes, à chaque émotion qu’il doit exprimer. Ça n’est pas très spontané, c’est parfois efficace, c’est parfois très mauvais. Je dirais qu’il vaut bien un Orlando Bloom. Le vrai cageot de ce film, c’est Rachel Bilson, mais nous y reviendrons plus tard. 

Quid des choix esthétiques de Liman ? Ce réal m’impressionne. Sa manière de filmer est un pompage éhonté de ce qu’a inventé McTiernan sur son Die Hard3 : filmage à l’épaule, mais pas trop mouvementé, couleurs désaturées mais sans trop d’exagération… on est pile à mi-chemin entre le style raide mais hautement esthétique du cinéma hollywoodien, et l’immense souplesse parfois un peu inconfortable du cinéma documentaire. Et ce depuis au moins « la mémoire dans la peau » (je n’ai pas vu ses deux premiers films). Liman a trouvé la recette miracle, et l’applique à chacun de ces films sans dévier. Encore une fois, je dois reconnaître que c’est un style hautement efficace. Ainsi, le réalisateur promène sans gêne sa caméra dans tout un tas de pays différents, non pas reconstitués en studio, mais filmés « on location ». Le dépaysement est donc véritable. 

Mais c’est aussi dans cette idée du dépaysement que tient tout le problème de ce film, ou plutôt dans la variante que l’on était en droit d’attendre : le fantastique. Prendre le temps de décrire une vie tout ce qu’il y a de quotidien et y ajouter une touche de surnaturel, voilà qui dépayse un max. Et ça marche bien, au début, lorsqu’on voit ce gamin qui se découvre des superpouvoirs qu’il ne maîtrise pas. On se dit que s’il s’habitue si vite à l’idée, c’est qu’il s’est toujours douté qu’il en avait la capacité, et on oublie. Là où le bât blesse, c’est quand la petite amie intervient…

Rachel bilson  n’a pas l’air particulièrement estomaquée de voir que son copain est capable de se téléporter. Pour sa décharge, Bilson a probablement trop cru sa mère qui lui répétait certainement tous les jours qu’elle était une immense actrice. Mais sa mère est un cageot, et les cageots ne font pas des commodes Louis XIV. Bref, elle joue super mal. Ok. Mais il y a aussi un problème de réalisation de la scène : Liman ne cherche pas plus que ça à montrer qu’elle est dépassée par les évènements. Alors si la téléportation n’est pas particulièrement surprenante, qu’est-ce qui va rendre le film surprenant ? Généralement, et même si c’est un cliché, le plaisir du spectateur passe par l’avance qu’il a sur les personnages secondaires, qui découvrent l’aspect fantastique du film. Ils sont le relais de notre incrédulité, et nous aident à accepter le postulat fantastique de l’histoire. Le principal problème de ce film, c’est que le postulat est un peu mollement rejeté, puis mollement accepté. 

Ceci dit, nous ne sommes pas dans Xmen. Liman cherche à faire de son personnage un type normal qui se découvre des super pouvoirs, un peu à la Incassable de Shymalan, mais perdu dans une tempête de scènes d’action. Et les scènes d’action sont réussies, c’est sûr. On a pu voir des mutants se téléporter dans Xmen, mais ils faisaient plus ou moins partie du paysage (même dans l’opus n°2, le diable n’est que secondaire, voire tertiaire à l’histoire). Exploiter toutes les possibilités de ce pouvoir dans le cadre d’un film qui lui est entièrement consacré, c’est la bonne idée de Jumper. 

D’autant que ce super pouvoir est très représentatif de l’évolution actuelle de notre perception du monde : pouvoir être instantanément partout, de manière de plus en plus fidèle, vivre les choses de manière morcelées, ne faire qu’une exploitation facile de ce pouvoir d’ubiquité… il y a un tas de pistes de réflexion intéressantes disséminées dans le film. Toutes ne sont pas exploitées, mais ont le mérite de maintenir éveillé l’esprit d’analyse.

Le moment qui m’a le plus marqué dans le film se trouve dans la séquence romaine. La jeune fille, qui rêvait de parcourir le monde et qui s’est retrouvée coincée dans son patelin est émerveillée de pouvoir réaliser son rêve. Elle est avide de tout voir, mais Christensen ne s’y intéresse pas : tout voir et ne plus rien voir au bout du compte, c’est la rançon de l’opulence… et comme tout le monde, il en reste de toute façon aux clichés de chaque destination : le colisée, le sphinx, Big Ben. Au fond, il en reste à l’aspect superficiel du monde, comme il reste à l’aspect superficiel de son pouvoir. 

D’autant que le personnage est bâti sur un canevas à priori intéressant : il fuit ses problèmes, sa lâcheté, il se fuit lui-même. Son super pouvoir est une sorte d’extension à sa personnalité, mais à part quelques pistes de réflexion à ce sujet qui nous sont données en pâture au début du métrage, on n’entend plus parler de cette problématique. C’est dommage, parce que ça aurait pu donner un superbe film, profond et divertissant. Malheureusement, le film ne nous livre que le divertissement.

Le strict minimum, mais c’est mieux que rien !

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Raaaaaahmbo!  (Carnages critiques trilogiques) posté le lundi 11 février 2008 23:00

1-Un nouvel espoir critique (27 janvier 2008)

Rambo 4 (la bande annonce ici) est sorti ce week-end aux USA, et sortira le mois prochain dans notre contrée. La bande annonce qui nous a été offerte en pâture il y a déjà quelques mois fait baver, mais avec prudence. Ça a l’air de barouder, de se bricoler des armes, et surtout de tuer à tour de bras... tout ce qu’on peut attendre d’un opus ramboesque, youpi donc. Mais il y a une mise en place de l’intrigue, qui risque, si elle prend trop de place, de gâcher complètement l’aspect viscéral du film.

First Blood coupait très court dans les scènes d’exposition ; juste assez pour mettre le spectateur dans l’ambiance, puis le protagoniste commençait à se battre pour pratiquement ne plus s’arrêter avant la fin du film.

Je crains un peu que pour justifier la boucherie qui, semble-t-il, jonche le métrage sur toute sa longueur, Stallone (pour la première fois réalisateur d’un film de la franchise) se laisse aller à une série de scènes d’expositions lentes et hors contexte. Reconnaissez que comme accroche, on fait difficilement plus politiquement correct que l’histoire d’une mission humanitaire prise en otage par des méchants birmans, qu’un Rambo retiré des massacres viendra sauver couteau à la main…

Au bout du compte, c’est le genre de film qui devient suspect lorsque l’on en justifie la violence. Au pire, si la violence est gratuite, on peut se planquer derrière l’aspect bande dessinée du film.

Mais nous verrons bien. Je place de grands espoirs dans ce film ; après tout, Stallone n’a-t-il pas été capable de boucler miraculeusement sa saga des Rocky ? Je n’en attends pas autant de ce film, car le personnage de Rambo est quand même bien moins complexe humainement que ne l’est Rocky. J’espère cependant un peu de panache…et des tripes à l'air!

Et puis l’affiche est superbe !

 

2-l'attaque de la critique (11 février 2008)

Y’a pas à dire, Stallone est impressionnant. Pas seulement parce qu’il a les plus grandes paluches du monde (Brigitte Nielsen a du croire qu’elle se prenait des tonneaux dans la gueule quand il lui mettait des claques), mais parce qu’il est l’essence même de l’Amérique, "dans ce qu’elle a de pire et de meilleur" (dixit Christophe Chabert du petit bulletin). Sa carrière aura épousé les  pics et les vallées du genre « action », les périodes fastes et celles en creux, et il est dorénavant un mythe américain. Qui mieux que lui illustre les mythes fondateurs et clichés des Etats-Unis dont on nous rebat les oreilles à longueur de films bien pensants, comme celui du rêve américain,  du self-made man ou celui de la seconde chance ?

Même Schwarzenegger couvre un panel moins large de ces mythes. Stallone a connu les bas les plus bas et les hauts les plus hauts que l’on puisse imaginer dans une carrière cinématographique ; on l’aura porté aux nues et roulé dans la boue, on l’aura couvert de pognon de manière indécente ou on lui aura refusé pendant quinze ans le financement de certains de ses projets. Le dernier en date, John Rambo, n’était attendu par personne, sauf par quelques exécutifs hollywoodiens nostalgiques, croyant possible de refaire de Stallone une machine à rapporter des ronds, à l’ancienne.

Mais Sly en a vu des vertes et des pas mûres depuis 15 ans, et il a bien compris que les années 80 étaient bel et bien terminées depuis un bail. Qu’on le veuille ou non, seuls les nostalgiques ou les férus d’histoire du ciné se rappellent de la glorieuse carrière de Rambo. Tout ce qui va le plus au cinéma de nos jours aux états unis, pantalon serré et crête star ac’ sur le crâne, est né après le règne de la machine de guerre ramboesque. Et le film d’action à l’ancienne ne l’intéressera pas à priori. Comme pour Rocky, Stallone a donc fait profil bas : il a choisi de prendre en compte l’âge et l’histoire de son héros, et de la faire aboutir à quelque chose qui donne un sens à l’ensemble.

Rocky était l’illustration du rêve américain, dans son scénario et dans sa fabrication, puisque Stallone vivait en réalité ce que son alter ego traversait dans chacun de ses films : découverte, confirmation, égocentrisme, mégalomanie, retour de bâton, rédemption, résurrection, succession. Le tout en faisant un portrait de l’idéologie sociale et économique de son pays qui évolue au gré des époques. Rambo faisait un portrait de la conception de sa politique extérieure par les américains : elle passait de consciente à complètement aveuglée par la propagande manichéenne reaganienne, pour redevenir finalement tristement consciente de la géopolitique mondiale. A travers son personnage torturé, guerrier triomphant mais jamais victorieux sur un plan purement personnel, l’Amérique exhibait ses cicatrices. Le 4e Rambo remet les pendules à l’heure et fait de la guerre un enjeu humain pour son héros. Sa vie entière aura été un déchaînement de violence, il aura besoin de se justifier tout ça à pour faire la paix avec lui-même.

 

Et pour donner du sens à tout ça, il va sombrer dans le pire déchaînement de violence jamais vu depuis le soldat Ryan, il y a déjà dix ans.

Je disais dans le nouvel espoir critique que je craignais une introduction gnangnan et lente pour justifier toute cette violence. John Rambo commence en effet assez lentement, et les missionnaires sont effectivement gnangnan… mais c’est finalement une force du film. C’est en faisant contraster cet état d’esprit non violent et moraliste chrétien des missionnaires avec le cynisme et l’ultra sauvagerie de la guerre appliquée par Rambo que le film prend tout son sens. De même, le fort contraste de rythme entre le début et la fin joue en la faveur du film, donc mes craintes étaient infondées, et j’en suis bien content. J’ai eu droit à un festival d’explosion de barbaque, une démonstration de mépris pour la vie humaine assez réjouissante. Le politiquement correct en matière de violence n’a pas droit de cité dans ce film, et c’est sa plus grande qualité. Stallone clame partout que c’est un choix destiné à dégoûter le spectateur « de toutes les guerres », histoire de justifier la boucherie auprès tous les censeurs élevés au biberon politiquement correct des funestes années 90. Mais le vrai geek qui voit ce film sait pourquoi les têtes et les membres sautent dans des gerbes de sang : c’est la définition nihiliste du héros d’action américain à l’ancienne qui nous est montrée là : torturé, en recherche de sa rédemption, et dont la compétence la plus visible est dans l’application de la violence la plus crue. Martin Riggs, John McLane, Jason Bourne, John Rambo, Snake Plissken, tous des nihilistes, du moins au départ, au moment où a commencé leur mythe. L’aspect graphique de la violence ne fait que nous renvoyer au bordel qui règne dans son crâne et à la rage qui l’anime.

 Je défends ce film, mais il n’est pas pour autant exempt de défauts. La plupart des rôles secondaires sont inexistants et la nuance n’est pas la principale caractéristique du film. L’utilisation de la voix off notamment, qui en jetait dans la bande annonce, frise le ridicule dans le film. Sans parler d’un flash-back central jouant maladroitement le raccord avec le reste de la saga… Mais voyons les choses avec un peu de recul : ce dernier opus est de toute façon bien plus nuancé, et sa mise en scène bien plus efficace que celle des deux précédentes séquelles.

Donc, vous voulez savoir si le film tient ses promesses ? Oh oui ! Si le film a des défauts ? Oh oui ! Si j’ai eu l’œil humide à l’écoute du thème musical ou à la vision du plan final ? Oh oui ! Est-ce que ce film vaut la peine d’être vu en salle ? Mille fois oui ! Même en VF si, comme dans ma ville, qui n’est pourtant pas un trou perdu, il est impossible de le voir en VOST ? Vouivouivoui ! offrez vous ce plaisir rétrograde, parce que comme le dit Stallone en interview, « c’est la dernière fois qu’on fait un film de cette manière ».

 
Rambo a créé le cinéma d’action, et avec ce film Stallone clôt son propre cycle dans le genre, comme Eastwood avait clôt successivement sa carrière dans le western avec « impitoyable » et dans le polar avec « créance de sang ». Mais il y a quelque chose d’émouvant à voir ce personnage tirer sa révérence : avec lui, c’est toute une époque qui se termine !

Mine de rien, Stallone aura eu un parcours exceptionnel dans le cinéma américain. On se souviendra de lui non pas à cause d’un ou deux films supérieurs aux dizaines de purges auxquelles il a participé, mais parce qu’il a vécu les tressautements idéologiques de son pays de manière plus intime que n’importe quel autres acteur, et il les a littéralement retranscrits sur l’écran à chaque étape de ses deux sagas fétiche.

La plupart de mes films préférés sont des lectures plus ou moins directes de la condition humaine : Stalker, Sunshine, La ligne rouge, 2001…, la trilogie Matrix… désormais, il y aura une carrière dans le lot : la double saga Rocky / Rambo, avec ses qualités et ses défauts. Plus qu’être intéressante au niveau cinématographique, la carrière de Stallone vue à travers ces deux sagas fait de lui une illustration « live » de la condition humaine... à l'échelle américaine.

 

Rendez-vous dans six mois pour la troisième partie de cette critique trilogique, « le retour de la critique ». Nous verrons si, en revoyant le film en vidéo, je conserve la même opinion sur lui... débarrassé de la nostalgie et de la surprise de la découverte.

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L'introduction fatale de la rubrique  (Carnages critiques trilogiques) posté le vendredi 18 janvier 2008 09:14

Qui n’a pas changé d’avis en revoyant un film ? Pas moi, en tout cas. Pas les cahiers du cinéma non plus, ni aucun des magazines de cinéma que l’on connaît (allez voir la chronique de Rafik Djoumi sur la perception de Predator à l’époque de sa sortie pour vous le prouver : Compagnon Geek / Un réalisateur incompris). Il m’est arrivé très souvent de changer radicalement d’avis en revoyant un film en vidéo. Il peut y avoir un tas de raisons à ça, et en tout premier lieu trône l’attente que suscite le film. Elle conduit à anticiper son ambiance, quelques uns de ses rebondissements et la direction générale que prendra l’histoire. Alors lorsqu’on a trop d’imagination, on laisse un peu déborder tout ça, et le premier visionnage du film devient décevant.

Puis le temps passe, le film sort en vidéo mais on se refuse à revoir cette grosse daube qui nous a fait perdre deux heures d’une journée qui s’annonçait pourtant si bien.

Le temps passe encore, et on se dit qu’il faut le revoir, pour être sûr… et là, c’est la révélation, et le verdict retombe : « c’est un chef-d’œuvre ! » (ça me l’a fait pour La ligne rouge, Bram Stoker’s Dracula, Payback… ) ou « c’est pas une si grosse merde, ça se laisse bien voir ! » (je l'ai vécu pour un milliard de films, comme le Transporteur, Da Vinci Code, Pirates des caraïbes, Man on fire…) ou « c’est moins bien que quand je l’ai vu la première fois ! » (Die Hard 4, The inside man, ….). J’oubliais la dernière : « ce film reste une daube innommable » : (Event Horizon, Nous étions Soldats, Blueberry…)

Le deuxième visionnage est quand même bien plus objectif que le premier, parce qu’il n’est pas obscurci par toutes les attentes ou les préjugés que l’on pourrait avoir.

Sur la base de cette constatation, j’ai créé cette rubrique en trois parties qui permettra de montrer, à terme, l’évolution de l’opinion entre la première impression liée à la promo et l’attente du film, et l’opinion finale (en tout cas qui n’évoluera plus beaucoup), après qu’une deuxième chance ait été donnée au métrage.

Un nouvel espoir critique portera sur un film à sortir qui me fait saliver d’avance

L’attaque de la critique fera un constat à chaud après le premier visionnage du film

La vidéo contre-critique donnera une seconde chance au film.

 
La première partie de la première critique trilogique arrive très bientôt !

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