Accueil Date de création : 05/01/08 Dernière mise à jour : 26/10/09 13:29 / 52 articles publiés

Monocritiques explosives

Chuck fait son arme secrète!  (Monocritiques explosives) posté le samedi 14 juin 2008 19:32

L’arme Secrete (The Hitman, Aaron Norris, 91) fut l'un des derniers films de Chuck Norris à sortir au cinéma. Il fut un tel four qu’il condamna presque notre bourrin préféré aux direct-to-video. Mais il faut voir le morceau, quand-même : on se croirait dans une production Golan-Globus du début des années 80, alors que le film est sorti la même année que Terminator 2 ! Cela permet de mesurer la distance entre ce qu’attendait le public d’un film d’action et ce que Norris était capable de délivrer à l’époque !

Le gros mulet ridicule sur la tête, le gros imper sombre sur l’épaule, Chuck nous offre son festival habituel de bastons décomplexées en tout genre… mais commence à mettre un peu d’eau dans son vin. Dès le début du film en effet, alors qu’il est devenu un homme de main mafieux, il rencontre le gamin de sa voisine et entreprend de lui apprendre un ou deux mouvement de karaté, parce qu’on sait jamais, des fois que ça serve… et vous vous en doutez, ça finit par servir. Le voisin d’en face est un gros con, il a un fils aussi con que lui, et forcément vient un moment où les deux gamins s’affrontent. C’est évidemment le petit protégé de Chuck qui gagne, et Chuck se sent obligé aller expliquer au père du perdant qu’il est vraiment très con à coups de tatane…

Sinon, la trame du film est plus ou moins policière, plus ou moins mafieuse… mais on s’en fout, parce qu’on veut de la baston ! Le problème, c'est qu'il n'y ’en a pas beaucoup. Et puis aussi, quand c'est Chuck le héros, on sait aussi qu'à un moment il va se lâcher et nous balancer quelques phrases inoubliables de derrière les fagots. Là encore, L'arme secrète nous livre le minimum syndical. Une seule fois, notre Chuck international repasse les bornes du politiquement incorrect cher à ses années de gloire en lançant quelques punchlines racistes aux propriétaires d’un bar à chicha qu’il vient de dévaster, mais c’est bien là le seul moment du film qui nous sort de notre torpeur. Car on se rend compte à quel point les mœurs ont évolué depuis : même au cinquantième degré, un film qui prendrait les mêmes libertés de nos jours serait au centre d’un énorme scandale…

A part ça, rien à signaler: des bastons au ralenti, des mulets qui virevoltent, et puis... un Chuck qui, bien qu'absolument invicible, commence quand même à vieillir un peu, et lève la jambe avec quelques difficultés. Ceci dit, si vous regardez bien, Norris n'a jamais été un immense leveur de jambe, quand-même...

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Rescue Dawn down  (Monocritiques explosives) posté le mercredi 21 mai 2008 13:16

Le nouveau Werner Herzog avec Christian Bale faisait baver…sur le papier. Pour ce film, Bale, fidèle à sa légende naissante d'acteur entièrement voué à son art, a encore perdu un gros paquet de kilos pour coller au parcours de ce pilote d’avion fait prisonnier au Laos qui  cherche à s’évader du camp où il est interné. Malgré l’inanité de la carrière de Werner Herzog depuis 15 ans, on pouvait s’attendre à une conjugaison de talents et à des étincelles, mais malheureusement l’acteur et le réalisateur ne se sont pas croisés pour le meilleur. L’absence de distribution cinéma du film aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais les distributeurs ne sont pas toujours les garants de l’absence de qualité des films qu’ils refusent de diffuser (voir cet article). L’espoir était encore permis.

Autant j’ai pu adorer l’utilisation du grand angle dans des films tels que Aguirre, la colère de Dieu ou Fitzcarraldo, (il plonge les personnages dans le décor, illustrant l’idée que l’homme perdu dans la nature, qui commet l’Hybris de se croire à la hauteur des dieux, est remis à sa place dans une punition que l’on peut qualifier de divine, mais qui n’est provoquée que par ses propres excès), autant dans Rescue Dawn, le grand angle systématique instaure une distance mal venue avec le personnage. En effet, ce film n’est pas, comme la plupart des films d’Herzog des années 80, une parabole sur la condition humaine, mais tout simplement l’histoire vraie d’un homme contraint à la survie, physique et mentale. Le grand angle fait étrangement exister la caméra à un point qu’il devient vite impossible de ne pas y penser. Le film n’étant pas un documentaire, il est difficile de ne pas se dire que ça n'est qu'un procédé pour « faire » documentaire. A cela s’ajoute le jeu étrangement désincarné de Bale, qui semble penser à autre chose pendant tout le film (à sa femme, restée en occident pendant la durée du film, peut-être ?). En tout cas, même s'il fait de splendides efforts pour manger de manière naturelle des vers de terre dans une scène située vers les deux tiers du film, mais ça ne prend pas vraiment. Car là encore, on sent le procédé, la « scène choc », le sacrifice de l’acteur à son art. C’est dommage, car c’est bien la première fois que j’ai l’impression de voir Christian Bale mal jouer dans un film. Espérons que ce sera la dernière fois.

Mais il y a quelques bons moments dans ce film, notamment la description de la (sur)vie quotidienne des personnages dans leur camp d’internement, et leurs relations. Ceci dit, dans ses interviews au moment de la pseudo-sortie ciné du film, Herzog expliquait que l’idée de ce film lui était venue tout naturellement alors qu’il tournait un documentaire (que je n’ai pas vu) sur le vrai Dieter Dengler. Dans l’interview, il racontait un tas d’anecdotes extrêmes sur la vie quotidienne des personnages comme le niveau de haine qu’ils pouvaient atteindre les uns pour les autres lorsqu’ils étaient attachés très longtemps ensemble, au point de vouloir s’entretuer. Herzog expliquait que Dengler était très pudique sur ces détails de son histoire, et il refusait d’en parler on camera. Le réalisateur disait vouloir rétablir ce pan de vérité en réalisant un film de fiction. Malheureusement, dans Rescue Dawn, point de moments extrêmes de ce genre. Et c’est probablement l’aspect le plus décevant du film : il ressemble au bout du compte à n’importe quel film où le héros se retrouve à un moment donné prisonnier dans un camp en Asie, à ceci près que le film entier y est consacré. On aurait aimé voir les situations limites se développer un peu plus que ce qu’on a déjà vu dans Rambo 4.

Rescue Dawn n’est pas un ratage, mais ce n’est pas un film réussi. Je suis le premier à le regretter. Apparemment, Herzog a maintenant pour projet de réaliser un remake de Bad Lieutenant, avec Nicolas Cage. On s’attend évidemment à ce que le film soit moins extrême que l’original ; il n’y a plus qu’à espérer qu’il ne soit pas timoré, comme l’est Rescue Dawn.

 

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Le début de la fin  (Monocritiques explosives) posté le samedi 03 mai 2008 23:47

Cet article a été rédigé à l'origine dans le cadres des "points d'actu" de la bibliothèque de la Part-Dieu. Vous le trouverez ici.

La première séquence d’ Apocalypto résume clairement le propos du film : on y voit un tapir échapper à plusieurs reprises à ses chasseurs ; la première fois, il échappe à une tentative de saisie à mains nues, la seconde fois à un filet rudimentaire. C’est finalement un piège mécanique qui aura raison de lui, de la plus abominable des manières : en l’empalant sauvagement. Ce piège est une forme de technologie rudimentaire, donc le fruit de la civilisation.  L’idée est là : le bad guy du film n’est pas n’est pas un homme, ni même le diable. C’est la civilisation.

Apocalypto raconte comment les membres d’un petit village tribal sans histoire vivant en forêt seront victimes de ladite civilisation. Personnalisée par une expédition Maya issue de la ville voisine, la civilisation viendra les prélever directement dans leur berceau naturel et les traîner jusqu’à la ville, attachés en grappes.

Patte de Jaguar voit ainsi son village éradiqué, ses amis tués, et le reste du village, lui compris, est déporté vers la ville. Il parvient à s’échapper et à rejoindre la forêt voisine. S’ensuit une poursuite haletante au cours de laquelle le héros recouvre ses moyens et fait face à ses poursuivants.

Impressionnante parabole sur les méfaits de la civilisation et de la superstition sur les populations indigènes, ce film est réalisé avec les tripes, comme chacun des films de Mel Gibson (Braveheart, 1995, La passion du Christ, 2003).

Apocalypto nous offre quelques unes des images les plus fortes du cinéma contemporain : il oppose une représentation de l’existence digne du paradis perdu que n’aurait pas reniée Terrence Malick,  à une vision hallucinée de la décadence d’une civilisation. Gibson fait  ainsi de la ville Maya un lieu maléfique, tentaculaire, en croissance permanente, absorbant aveuglément  tout ce qui l’entoure : la nature, les hommes, leurs croyances, leur âme.

La dernière scène, magistrale, met toute la thèse du film en perspective, (ATTENTION SPOILER) en faisant croiser au héros le chemin d’une espèce dont le niveau de civilisation aura raison de tout son continent : le blanc. (fin du spoiler)

On peut avoir quelques réticences quant à l’utilisation de la caméra HD, qui donne parfois une impression désagréable de patine vidéo, ou quant à morale du film –surtout quand on connaît les dérapages récents du réalisateurs-, mais on ne peut lui reprocher sa violence graphique, totalement en adéquation avec le sujet. La mise en scène consiste en effet à nous faire ressentir au plus près des personnages leurs souffrances successives. La représentation de la violence y contribue, de même qu’elle ancre la fiction dans une réalité physique tangible. La volonté de réalisme est d’ailleurs telle qu’à la fin du film, on a l’impression de sortir physiquement de la forêt (ce qui est aussi une preuve de la grande qualité de la mise en scène). Gibson nous décrit un monde dont les déchirements ne font que commencer, qui retentissent jusque dans sa sève : sa terre et ses hommes. « La terre saigne », dit l’un des villageois prisonniers lorsqu’ils arrivent près de la ville Maya. Comme les hommes, qui sont promis, semble dire Apocalypto, à un destin funeste.

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La brigade surprise  (Monocritiques explosives) posté le jeudi 10 avril 2008 21:30

(Cet article a été originellement écrit dans le cadre des "points d'actu" du portail internet de la bibliothèque de la Part-Dieu. Vous pouvez le trouver ici)

La stratégie promotionnelle des Brigades du tigre faisait un peu peur, avec notamment l’emblème du film, cette tête de tigre crinière au vent en métal argenté. Ça sentait le film concept à plein nez, façon Independance day et son « ID4 », ou du Le guide du voyageur galactique et son « H2G2 ».  D’autant que Jérôme Cornuau n’avait jusqu'à lors aucun bon film à son actif. Mais l’exception confirme la règle, et avec son dernier film, le réalisateur a enfanté une petite perle.

Contre toute attente, il nous a livré un film extrêmement sobre, dont la mise en scène s’efface intelligemment derrière le scénario, et dont l’interprétation, délivrée par un casting hétéroclite, est solide à tous les niveaux.

La première moitié des Brigades du Tigre est une prouesse scénaristique, qu’il fallait avoir l’intelligence de reconnaître pour la mettre en valeur. Plus qu’une reconstitution historique, le scénariste a fait le choix indiscutablement malin de retranscrire sous forme de condensé la situation historico-politique du début du 20e Siècle. Les progrès technologiques s’accélèrent, et certaines nouveautés majeures commencent à pointer le bout de leur nez, comme l’automobile, les pistolets automatiques. La police de l’époque commence à s’adapter à une nouvelle forme de criminalité organisée, en se structurant elle-même en brigades. Les tensions politiques, les accords financiers, les alliances internationales comme la triple entente sont en cours de négociation. Dans ce contexte agité qui mènera inexorablement à l’éclatement de la première guerre mondiale naît la fameuse Brigade du Tigre, dont on voit les premiers membres se faire recruter par le personnage de Clovis Cornillac. Alors que l’équipe se constitue et commence à s’entraîner, le contexte social et politique est brossé avec la même agilité scénaristique que celle déployée par Steven Zaillan et Jay Cocks sur Gangs of New York (Martin Scorsese, 2002). Un savant mélange entre la petite histoire et la grande, qui mixe en les romançant la chasse de la Bande à Bonnot et la corruption liée aux emprunts Russes, tout en développant des intrigues secondaires racontant les histoires personnelles de chaque personnage.

Le pivot dramatique central marque, et c’est dommage, la fin de cet impressionnant foisonnement d’informations. Mais il le fait de manière magistrale, puisqu’il met en abyme le principe du film : mélanger la réalité historique et la fiction pour en démultiplier la puissance dramatique. Cornuau met ainsi en scène une reconstitution de l’arrestation-exécution de la bande à Bonnot entièrement basée sur la bande d’actualité filmée à l’époque par un opérateur. Or, dans la fiction, un caméraman filme également l’évènement, qui se trouve diffusé dans la séquence suivante au grand public, comme l’avait été la bande d’actualité de l’époque. Lorsqu’on regarde le film original (que l’on peut trouver dans  La grande aventure de la presse filmée , édité en DVD chez GTV/Pathé), on peut vite constater que Jérôme Cornuau a brodé autour de l’évènement réel pour en tirer une histoire dramatiquement viable, sans avoir besoin de s’éloigner radicalement de son matériau de départ.

Après ce climax un peu prématuré, le film met une bonne dizaine de minutes à remettre sa narration sur les rails. La fin reste intéressante, mais une fois que tous les enjeux ont étés posés, l’histoire n’a plus qu’à filer droit, ce qu’elle fait, sans plus jamais en dévier. Malgré tout, le visionnage des Brigades du tigre survit facilement à une fin assez conventionnelle grâce à un premier acte étourdissant de maîtrise.

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Angles cathartiques  (Monocritiques explosives) posté le mardi 25 mars 2008 20:30

Angles d’attaque est un cas vraiment intéressant. Sa structure, consistant à nous montrer le même évènement (un attentat contre le président des Etats-Unis à Alicante – en Espagne) sous plusieurs angles n’est pas toute nouvelle, mais efficace. Comme à l’époque de Basic, les exécutifs hollywoodiens ont sûrement eu l’impression d’inventer une nouvelle forme de narration, sans savoir que ça existait depuis Rashomon, c'est-à-dire 1950 (Voir à ce sujet l’interview sarcastique de John McTiernan dans les bonus de Basic). Ainsi, nous pouvons revoir pendant les trois quarts du film la même scène, ressassée encore et encore. Ce procédé narratif est intellectuellement stimulant, puisque nous sommes en permanence en recherche d’indices qui pourraient ajouter à notre compréhension de l’événement. Mais il est spectatoriellement très frustrant (les spectateurs autour de moi avaient les réactions de plus en plus agacées et bruyantes à chaque retour en arrière). Mais c’était pour mieux nous en faire apprécier le final…

Le film suit alternativement les points de vue d’une réalisatrice TV, d’un policier espagnol, d’un touriste américain, du terroriste en chef, du président des Etats-Unis, d’un de ses gardes du corps, etc. A chaque fois, nous apprenons de nouveaux petits détails sur la mise en place de l’attentat, ce qui ne fait qu’augmenter notre sympathie pour Dennis Quaid, présenté comme un héros dès le début de l’histoire. Car nous prenons conscience en même temps que lui de l’aspect extrêmement tentaculaire de l’organisation de l’attentat, tout en ne parvenant pas plus que lui à en saisir l’ensemble.

Or, à chaque nouveau point de vue adopté, on accompagne un nouveau personnage. Passé la distanciation initiale (un nouveau personnage, il faut s’y habituer), on finit toujours par en arriver à épouser totalement son point de vue et à être totalement dans les rails de l’histoire, lorsque soudain… elle s’arrête et nous oblige à repartir en arrière.

Par conséquent, en même temps que grandit la frustration de ne pas connaître tous les tenants et les aboutissants de cet attentat, une autre frustration, presque physique, vient décupler les effets de la première : celle de toujours voir le récit s’interrompre systématiquement au moment où il devient intéressant.

Ce processus éprouvant devient limpide lorsque enfin, dans les dernières vingt minutes du film, l’histoire brise ses amarres et se poursuit, épousant le point de vue de son héros. La poursuite en bagnole finale, extrêmement dynamique, est la récompense ultime ; une sorte de pur moment de catharsis, où l’on exulte, tremble, se retient de hurler de joie ou des choses gentilles comme « vas-y, chope le, crève le, écartèle le, fais le souffrir, fais-lui bouffer ses yeux » et autres délicates attentions. Rarement au cinéma j’ai exulté comme ça sur un film unique. En général, pour en arriver à ce degré de soutien, il faut que j’accompagne les péripéties du personnage depuis déjà longtemps. Dans La vengeance dans la peau, lorsque, traqué depuis deux films déjà, Bourne retrouvait pleine possession de ses moyens et promettait au frère de Marie (sa petite amie assassinée) de « trouver les coupables », mon exaltation était la même... mais nous en étions au troisième film, qui plus est centré sur le même personnage. Angles d’attaque réalise cette performance de nous faire suradhérer aux actes d’un personnage que l’on a finalement très peu vu depuis le début du film, uniquement en gérant –de main de maître-, notre frustration.

Vantage point (le titre original) est donc un bon film, doublé d’une expérience. Je ne suis pas sûr qu’il résiste à un second visionnage (une fois les surprises éventées et le principe de frustration déjà vécu, que reste-t-il ?), mais il vaut définitivement la chandelle.

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